Le féminisme et les religions

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Message par haroun 6259 le Lun 10 Juil - 17:54

Les religions ont souvent mauvaise presse auprès des féministes, qui voient en elles la racine de la misogynie. Aussi les combats féministes se sont -ils, la plupart du temps, construits contre les religions et leurs dogmes jugés inégalitaires. Qu'en est-il réellement ?
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Message par haroun 6259 le Lun 10 Juil - 18:01

Commençons par le christianisme .
Ci-dessous un article écrit par Lucetta Scarafia qui, après un parcours spirituel mouvementé, a créé un supplément mensuel féminin à l'Osservatore Romano :


Lucetta Scaraffia : « Les Évangiles sont des livres féministes ! »


Propos recueillis par Bénédicte Lutaud - publié le 27/06/2017

Dans Du dernier rang. Les femmes et l'Église, Lucetta Scaraffia soulève ce paradoxe : si le christianisme des origines défendait l'émancipation des femmes, l'Église catholique, au fil des siècles, n'a cessé de les marginaliser. 


Dans votre livre, vous reprochez à l'Église d'avoir « perdu la mémoire ». L'ouverture aux femmes, écrivez-vous, n'est qu'un « accomplissement des origines, du message évangélique ». Le christianisme aurait-il des origines « féministes » ?

Les Évangiles sont les livres les plus féministes que je connaisse ! Jésus comprenait les femmes dans une société où elles n'avaient pas la parole. L'importance qu'il leur donne est exceptionnelle. Il leur reconnaît une capacité d'amour que les hommes n'ont pas. Dans les Évangiles, à plusieurs reprises, au lieu d'accuser une femme d'avoir péché (la prostituée, la Samaritaine, par exemple), Jésus reconnaît dans son comportement une « soif d'amour ». Quand on pense que les Évangiles ont été écrits par des hommes d'une société très patriarcale, on doit se dire qu'en réalité, les femmes avec lesquelles Jésus parlait devaient être encore plus nombreuses. D'ailleurs, il y avait aussi des femmes parmi les disciples qui suivaient Jésus.

Vous puisez un autre exemple dans les Évangiles : le principe d'indissolubilité du mariage chrétien. Selon vous, il visait en réalité à protéger la femme de la répudiation. En quoi était-ce révolutionnaire pour l'époque ?

Il n'y avait pas de divorce dans la société juive. En revanche, le mari pouvait répudier son épouse, en général quand elle était stérile. Dire que le mari ne peut répudier sa femme, comme l'a affirmé Jésus, c'est la considérer comme une personne humaine au même titre que son mari. Ainsi, elle n'a pas de valeur uniquement si elle « fabrique » des enfants ! C'est pour cela que l'indissolubilité fut très importante pour les femmes. Ensuite, l'institution du mariage chrétien comme sacrement lors du Concile de Trente, au XVIe siècle, prévoit les mêmes droits et devoirs pour les hommes et les femmes. Que cela n'ait pas été ainsi dans la pratique, c'est une autre chose...

Vous insistez aussi sur cette spécificité du christianisme : « l'égalité spirituelle ». Les femmes peuvent, comme les hommes, embrasser la vie monastique...

Oui, les femmes peuvent se dédier à Dieu et ainsi ne pas se contenter d'être mères. Dans la société antique où la mortalité infantile et maternelle étaient très hautes, et où les femmes étaient obligées de faire des enfants continuellement, le christianisme vint introduire cette alternative. Les Évangiles ont été si explicites sur l'importance des femmes qu'elles ont eu la possibilité d'embrasser la vie monastique, comme les hommes. En outre, aux premiers siècles du christianisme, les femmes étaient beaucoup plus nombreuses que les hommes à se convertir. Justement parce qu'elles voyaient dans le christianisme cette possibilité !

Cette lecture « féministe » des Évangiles a été permise, ces dernières années, par l'oeuvre de nombreuses théologiennes et exégètes. Pourquoi ce travail, généralisé après le concile Vatican II (1962-1965) et l'accès des femmes aux facultés de théologie, n'a-t-il jamais été pris en considération ?

Avant Vatican II, quelques femmes avaient déjà fait ce travail : Adrienne Von Speyr, Edith Stein par exemple, ont donné une contribution intellectuelle très importante. On peut aussi citer sainte Thérèse d'Avila, grande interprète du christianisme, et Catherine de Sienne (voir p. 33). Mais cela restait des exceptions. Après le concile, beaucoup plus de femmes ont pu accomplir ce travail. On peut citer la Française Anne-Marie Pelletier [auteure de la préface du livre de Lucetta Scaraffia, ndlr] ou l'Allemande Hanna-Barbara Gerl-Falkovitz. Il y a aussi des historiennes, comme l'Italienne Gabrielle Azzari qui a étudié le monachisme à l'époque moderne. Pourtant, leur travaux ne sont jamais cités dans les documents du « canon des études », c'est-à-dire ce qui est étudié dans les séminaires, les facultés de théologie, les facultés pontificales, etc. Il y a longtemps eu l'idée que la contribution des femmes était marginale. On continue d'avoir peur que cette lecture soit seulement revendicatrice. On n'a pas compris que le travail des exégètes et la théologie des femmes servait à toute l'Église ! Cela s'explique aussi parce le fait que certains prêtres, évêques ou cardinaux ne sont pas si intéressés par les Évangiles. Les documents qu'ils écrivent sont souvent remplis de citations des documents précédents. C'est une Église fermée sur elle-même, qui se cite elle-même !

Plus que l'individualisme des sociétés occidentales, c'est l'émancipation des femmes et la révolution sexuelle qui sont, selon vous, à l'origine de la crise de la famille. Pourquoi l'Église n'a-t-elle pas su réagir de manière adéquate à ces changements ?

L'Église - comme hiérarchie ecclésiale - n'a jamais pensé que les femmes avaient vraiment quelque chose à dire. Elle continue de ne pas les voir. C'est si vrai qu'au Synode sur la famille en 2015, où les femmes constituaient pourtant le centre du discours, personne n'a jamais parlé d'elles ! La révolution féministe n'a même pas été citée ! Comme si elle n'avait pas eu d'influence sur la famille... L'Église s'est limitée à critiquer les aspects selon moi « erronés » du féminisme - comme la séparation entre identité féminine et maternité - sans accueillir ses aspects positifs. Mais c'est aussi un problème des femmes catholiques : ou bien elles ont adhéré sans aucun recul au féminisme en cherchant à l'appliquer à l'Église, ou bien elles l'ont complètement rejeté. Elles n'ont pas compris qu'on pouvait faire un travail de traduction, de médiation entre le féminisme et l'Église.

Quelle réponse le christianisme et les féministes chrétiennes peuvent-ils apporter aujourd'hui aux nouveaux débats de société ?

Le féminisme a identifié le droit à l'avortement comme sa bataille fondamentale. Cela a été une erreur cruciale. Pour moi, l'avortement doit être dépénalisé, mais il ne peut devenir un droit : cela voudrait dire que la liberté de la femme ne pourrait s'affirmer qu'en empêchant un être humain de vivre. Le féminisme a décidé d'abolir totalement la maternité, en la considérant comme l'origine de l'esclavage des femmes. L'émancipation féminine est possible, non pas en faisant en sorte que les femmes deviennent comme les hommes, mais que la société reconnaisse la valeur des femmes, dans leur spécificité. Aujourd'hui, le christianisme pourrait encourager la conception d'une émancipation de la femme qui maintienne la spécificité féminine. Mais il ne le fait pas, il ne sait que dire « non », c'est tout ! |

À lire

Du dernier rang. Les femmes et l'Église (Salvator, 2016)

LUCETTA SCARAFFIA

Journaliste et historienne, elle a créé en 2012 le supplément mensuel féminin de L'Osservatore Romano, le quotidien du Saint-Siège. Intitulé Donne Chiesa Mondo (Femme Église Monde), il donne la parole aux femmes engagées dans l'Église et évoque de grandes figures féminines de l'histoire du christianisme. En octobre 2015, elle fut l'une des rares femmes à s'exprimer devant les évêques et le pape François lors du Synode sur la famille. Voir également son portrait p. 44. En dialoguant publiquement avec des femmes, Jésus transgressait les règles sociales.
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Message par haroun 6259 le Lun 10 Juil - 18:06

Continuons avec Henri Tincq :



Monothéismes. Dieu est-il misogyne ?


Par Henri Tincq - publié le 27/06/2017

Et Dieu créa la femme... pour ensuite la mépriser ? Pas si simple. Si les textes sacrés ont certes fait le lit de l'hégémonie masculine et de la misogynie organisée, les femmes occupent également une place centrale dans les récits monothéistes. 


A la porte du Paradis se trouvent deux files d'attente. La plus longue compte des millions d'hommes - pas une seule femme - qui se présentent ainsi à Dieu : « Nous sommes des hommes qui, toute leur vie, ont été menés par le bout du nez par leur femme... ». Dans l'autre file, un seul homme, à qui Dieu demande ce qu'il fait là. Réponse : « Je n'en sais rien. C'est ma femme qui m'a dit de me mettre là » Dans tout le monde juif, on rit encore de cette vieille blague qui en dit long sur la prétendue supériorité de l'homme sur la femme ! L'humour et la dérision seraient-ils les derniers moyens de lutter contre le sexisme des religions monothéistes ? Un siècle d'indignation féministe n'a pas suffi. Le juif orthodoxe récite toujours sa bénédiction du matin : « Seigneur, loué sois-tu de ne m'avoir pas fait femme » ! En effet, l'homme a la « chance » de pouvoir appliquer l'intégralité des 613 mitsvot (commandements) du judaïsme, alors que la femme bénéficie de « dispenses ». Pourtant, quelle hypocrisie ! Toute l'histoire montre que ces dispenses ont, en fait, débouché sur des interdits féminins comme celui de prendre la parole dans la liturgie synagogale. Cet interdit ne vient pas d'une prescription de la halakha (la Loi juive), dit la talmudiste Liliane Vana, mais bien d'une vision juive « machiste et sexiste » qui exclut la femme de la sphère publique. Fait-on beaucoup mieux dans le monde catholique ? On se souvient de la stupéfaction feinte - « Mais où est ici la moitié de l'humanité ? » - d'un cardinal belge à Saint-Pierre de Rome devant les rangées exclusivement masculines qui, au concile Vatican II, allaient décider du sort de l'Église. Certes, depuis les années soixante, les femmes laïques sont ultra-formées et diplômées. Elles remplissent les conseils de paroisse, les conseils épiscopaux, jusqu'à la Curie vaticane. Elles assurent l'essentiel de la catéchèse, prêchent des retraites à des prêtres, enseignent la théologie ; néanmoins, elles ne peuvent toujours pas, sauf exceptions, faire des homélies à la messe... Si les femmes assurent un pouvoir de fait dans les églises, elles n'ont en fait pas de pouvoir dans l'Église. Malgré des velléités de réforme, elles restent écartées des ministères ordonnés - diaconat et sacerdoce - et de la plupart des instances de décision. Elles préparent les fidèles à des sacrements qui ne sont célébrés que par des prêtres. Avant la séparation de l'Église et de l'État, l'Église n'était pas trop perçue comme misogyne et rétrograde. Mais depuis la « libération » de la femme et un concile qui développa le laïcat, est né dans l'Église, sourde aux progrès de la parité dans la politique, l'entreprise ou les médias, « un véritable prolétariat des femmes », comme l'analyse la théologienne Anne Soupa. Plus difficile encore semble, au demeurant, la condition féminine en islam, si l'on en croit Kamel Daoud. « Dans le monde d'Allah, écrit-il, la femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée, possédée. » De fait, le Coran autorise les hommes à battre leurs femmes au moindre soupçon d'infidélité, les qualifie d'« impures » en période de règles, exige la virginité avant le mariage, donne le droit au mari de répudier son épouse, décide que le témoignage d'une femme devant un tribunal ne vaut que la moitié de celui d'un homme, et que le garçon recevra une part d'héritage qui sera le double de celui de la fille. « Les hommes ont autorité sur les femmes en vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elles, précise le texte coranique (4, 34). Admonestez celles dont vous craignez l'infidélité ; reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les... ».

Deux genres pour une humanité

Les religions monothéistes sont-elles donc une catastrophe pour les femmes ? Ont-elles muselé définitivement le sexe féminin ? On ne pourrait que souscrire à cette évidence. Toutefois, on aurait aussi garde d'oublier que leurs textes sacrés ont été écrits et transmis à des époques données, dans des cultures données, que les traditions monothéistes ont « bricolé » leurs règles avec celles de civilisations antérieures, sumérienne, babylonienne ou égyptienne. Le rabbin Delphine Horvilleur a raison de souligner qu'« il est extrêmement aisé et malhonnête de faire dire à un texte une chose ou son contraire, sans penser le contexte littéraire et historique dans lequel tel ou tel verset s'insère, sans considérer qui l'énonce et qui le reçoit ». Trois mises au point s'imposent donc. Premièrement, en dépit d'interprétations qui ont justifié tant de discriminations sexistes, on ne trouve pas de preuve, dans le récit biblique de la Création (la Genèse), de l'infériorité de la femme. Dieu insuffle le souffle de vie à la femme autant qu'à l'homme. Il les crée « mâle » et « femelle » (2, 27), leur donne le nom générique d'Adam, à la fois masculin et féminin. Et si la dualité sexuelle intervient - la femme naît « du côté » de l'homme -, à aucun moment la Genèse n'identifie le premier homme comme étant seulement de manière virile. Dieu donne à la femme et à l'homme un corps et une âme, indépendamment de leur composition chromosomique. Autrement dit, l'humanité est aussi bien masculine que féminine. Pour ce qui est de la religion musulmane, il n'existe pas de malédiction qui pèserait sur Ève et le genre féminin. L'épisode de la tentation et de la chute est certes relaté dans le Coran. Mais ce n'est pas la femme, séduite par Satan, qui fit tomber Adam : la responsabilité incombe au couple, à qui Dieu accorda d'ailleurs son pardon (35, 18). De même, le texte coranique insiste sur l'égalité entre l'homme et la femme dans le rapport à Dieu : chaque être humain sera jugé de manière égale selon ses actes. Le verset 35 de la sourate 33 insiste sur cette égalité religieuse, en évoquant « les musulmans et les musulmanes, les croyants et les croyantes [...], ceux et celles qui invoquent Dieu abondamment ». Deuxième mise au point : si la Bible, le Talmud, les Évangiles ou le Coran ont pu légitimer des siècles d'hégémonie masculine, de construction dogmatique discriminatoire, de misogynie organisée, de haine des femmes, on y trouve aussi des versets qui prescrivent leur respect. « Il n'est pas bon que l'homme reste seul », dit la Genèse (2,18). Dans le judaïsme, l'amour est chanté, l'érotisme et le sexe sont exaltés, le mariage recommandé. Certes, le Talmud est éprouvant pour la femme, décrite comme légère, bavarde, paresseuse, jalouse : « Mieux vaut brûler la Torah que de la confier à une femme ». Mais on trouve de tout dans le Talmud, y compris ceci : « Qui trouve une femme trouve le bien » ! De son côté, la morale chrétienne a créé un devoir de soumission de la femme mariée en surinterprétant la fameuse Épître de Paul aux Éphésiens (5, 22) : « Femmes, soyez soumises à vos maris comme à Dieu, car le mari est le chef de la femme comme le Christ est le chef de l'Église ». Cependant, comment oublier que, dans la tradition chrétienne, le mariage est le sacrement de l'amour partagé, que l'époux y est fortement appelé à aimer son épouse (Ép. 5, 29), que le mari ne peut jamais répudier sa femme (1 Corinthiens 7, 11), que « devant Dieu, il n'y a ni homme ni femme » (Galates 3, 28), que la femme a les mêmes droits que l'homme ?

Une place centrale

Et si l'islam est parfois très dur à l'égard du sexe faible - « Vos femmes sont pour vous un champ de labour : allez à votre champ comme vous le voudrez... » (Coran 2, 223) -, il admet par ailleurs des versets et des hadiths (paroles du Prophète)qui tempèrent cette sévérité, invitent à l'amour et à l'indulgence, exigent de l'homme qu'il prenne soin de sa femme : « Comment l'un de vous peut-il frapper son épouse comme on frappe un esclave, alors que le soir même il aura peut-être avec elle des rapports conjugaux ? », aurait ainsi dit Mahomet.Troisième correction : dans les récits monothéistes, les femmes occupent une place centrale. Dieu dit à Abraham : « Écoute la voix de Sarah, quoiqu'elle te dise » (Gn. 21). Et dans le judaïsme, ce sont des « femmes d'excellence », des reines, des prophétesses, des matriarches, comme Sarah, Léa, Rachel, qui ont donné le plus de preuves de leur capacité à changer le monde ! « Le judaïsme ne serait rien sans les femmes », souligne le grand rabbin de France Haïm Korsia. L'identité juive s'acquiert par la femme, ce qui justifie la complémentarité des rôles. Comment ne pas mesurer aussi la place des femmes dans l'entourage de Jésus ? C'est lui qui lavait les pieds de Marie-Madeleine la pécheresse. Ce sont ses femmes disciples qui l'ont accompagné au pied de la Croix et découvert le tombeau vide le jour de la Résurrection. Jean-Paul II, le pape qui opposa un veto « définitif » à l'ordination sacerdotale féminine (1994), plaçait Marie au coeur de l'histoire du salut et mettait en scène les femmes de l'Évangile comme autant d'actrices sur le théâtre du monde. Dans l'islam enfin, les femmes du Prophète sont les « mères » des croyants : Khadija, parce qu'elle est la première, l'épouse-mère, aimante et aimée, Hasna, la gardienne du Coran ; et Aïcha, la « mémoire » des musulmans... Et la tradition place dans la bouche de Mahomet les paroles suivantes : « Il m'a été donné d'aimer de votre monde trois choses : les femmes, le parfum et la prière, qui est mon suprême plaisir. » En somme, il est vain de caricaturer la position des traditions abrahamiques en les présentant soit comme misogynes, soit comme « féministes » - des concepts totalement anachroniques à l'époque de leur gestation. Comme dans d'autres domaines (tel celui de la violence dite religieuse), les textes sacrés reflètent une certaine ambivalence en ce qui concerne la place faite aux femmes. Si la Bible et le Coran ont pu représenter, sur certains points, une innovation positive pour les femmes, ils s'avèrent clairement inégalitaires sur d'autres. Autrement plus décisive est la capacité qu'auront, ou non, les communautés religieuses d'aborder leurs écrits avec une nécessaire distance critique, afin de ne pas les figer. 

A lire

Tenou'a Revue de pensée juive, dirigée par le rabbin Delphine Horvilleur. Numéro spécial de septembre 2014, consacré au statut de la femme dans le judaïsme.

Dieu aime-t-il les femmes? Anne Soupa (Mediaspaul, 2012)

Pour comprendre les pratiques religieuses des juifs,  des chrétiens et des musulmans
Isabelle Lévy (Presses de la Renaissance, 2013)

Dictionnaire amoureux de l'islam Malek Chebel (Plon, 2004) 

Henri Tincq est journaliste et essayiste, ancien responsable des informations religieuses à La Croix et au Monde. Il a rejoint le site Slate.fr. Son dernier livre : S. Jean-Paul II, l'homme de Dieu, l'arpenteur du monde (Télémaque, 2016).
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Message par haroun 6259 le Lun 10 Juil - 18:11

Et les religions orientales ?

Les sagesses d'Orient sont-elles féministes ?


Aurélie Godefroy - publié le 27/06/2017

Focus religions d'Asie


«Il y a peu de temps encore, les femmes n'étaient pas autorisées à vénérer Dieu dans le sanctuaire intérieur des temples ; elles ne pouvaient pas non plus les consacrer ni accomplir les rituels védiques (...). Ces interdits imposés aux femmes n'ont en réalité jamais fait partie de la tradition fondatrice de l'hindouisme. Selon toute probabilité, ces règles ont été conçues par des hommes appartenant aux couches supérieures de la société afin d'exploiter et d'étouffer les femmes. Elles n'existaient pas dans l'Inde ancienne. » Ces paroles de Mata Amritanandamayi, dite « Amma », la Grande Mère, reflètent bien la position de l'hindouisme vis-à-vis des femmes : s'il leur reconnaît la capacité de devenir des saintes et des maîtres, et donc d'atteindre la « libération », elles sont très peu, dans les faits, à pouvoir le faire. Il n'y a pas de femmes à la tête de lieux sacrés, elles ne reçoivent pas non plus de cordons brahmaniques leur permettant de diriger les cérémonies. Et si l'on retrouve de nombreux archétypes féminins à travers les différentes déesses du panthéon hindou, ces modèles ne restent pourtant que des allégories, puisque les femmes sont bien souvent confinées au rôle d'épouse, de mère et de servante.

La non-dualité non respectée

Dans les récits, le bouddhisme est fondamentalement mâle : la tradition rapporte que le Bouddha refusa initialement d'accueillir, dans l'ordre qu'il venait de fonder, sa propre tante et mère adoptive, Mahaprajapati. C'est après l'intervention réitérée de son disciple et cousin Ananda qu'il aurait fini par accepter l'ordination des femmes, non sans imposer à celles-ci un certain nombre de règles particulièrement sévères - alors qu'en théorie, le principe de non-dualité prôné par le bouddhisme semble impliquer une égalité entre hommes et femmes. De fait, les nonnes sont souvent aujourd'hui encore considérées comme inférieures aux moines, réduites à des conditions d'existence précaires, même si les femmes peuvent enseigner et transmettre, aussi bien dans les sanghas (communautés) qu'au sein des familles. Cinquième religion du monde avec plus de vingt millions de fidèles, le sikhisme, qui a été fondé au XVIe siècle par l'Indien Guru Nanak, reconnaît quant à lui clairement l'égalité entre hommes et femmes : au temple, ces dernières peuvent assister aux cérémonies en même temps que les hommes. Issues de sociétés patriarcales, les religions chinoises ont toujours été, en revanche, très oppressives pour les femmes. Dans Les Religions face aux femmes (Accarias, 2008), Ariane Buisset explique par exemple qu'« en dépit de sa célébration du "féminin", le taoïsme ne se préoccupe pas d'améliorer leur condition (...) L'enseignement taoïste ignore la majorité des femmes, demeurées incultes et dont la tâche principale demeure de servir leur époux et d'enfanter des garçons ». Une vision de la femme bien éloignée du shintoïsme, dont le panthéon compte de nombreuses déesses que la légende présente comme très libres, et dont la sexualité est exprimée aussi clairement que pour les hommes. Il y avait d'ailleurs, aux origines de cette religion, de nombreuses prêtresses, tandis que seules les femmes avaient le droit d'être habitées par l'esprit des divinités.
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Message par haroun 6259 le Lun 10 Juil - 18:15

Vu de l'intérieur :


Ces femmes qui bousculent les religions


Le féminisme religieux . Un cri venu de l'intérieur


Par Gaétan Supertino - publié le 27/06/2017

Les luttes féministes se sont souvent construites contre les religions, jugées patriarcales. Pourtant, à l'intérieur même des communautés religieuses, des mouvements féministes ont fait leur apparition depuis le XIXe siècle. Tous se battent, à leur manière, en faveur des droits des femmes. 


«D'aucuns jugeaient tout rapprochement impossible entre une religion si vénérable et une nouveauté si hardie. L'honneur en revient à un petit noyau de femmes distinguées qui s'est fait, à force de vaillance et de talent, une place éminente », écrivait, en 1902, Charles Turgeon, dans Le Féminisme français (Hachette). L'historien se faisait alors l'écho d'un mouvement inédit : un féminisme interne à la religion catholique. Au moment de leur émergence, les mouvements féministes se sont généralement construits contre les religions, d'où cette impression d'un « rapprochement impossible » entre les deux sphères. Au XIXe siècle, les grandes figures fondatrices du féminisme étaient largement issues de la bourgeoisie libérale ou des milieux socialistes, et s'opposaient à des institutions religieuses accusées « d'inculquer explicitement une morale familialiste entièrement dominée par les valeurs patriarcales », pour reprendre les termes de Pierre Bourdieu, dans La Domination masculine (Seuil, 1998). Pourtant, le cri féministe est parfois aussi venu de l'intérieur des religions. Dès les années 1830, des intellectuelles protestantes comme les Françaises Eugénie Niboyet et Jenny d'Héricourt participent ainsi à la « première vague » du féminisme, réclamant le droit de vote pour les femmes, un meilleur accès à l'éducation et une redéfinition du rôle de la femme dans la famille et la société. Elles sont rapidement rejointes par plusieurs associations féminines protestantes à caractère philanthropique durant toute la deuxième moitié du XIXe siècle. Et ce sont encore des protestantes qui animent, à l'aube du XXe siècle, le Congrès des oeuvres et institutions féminines pour les protestantes, l'un des fers de lance du féminisme français. « L'accent mis par la Réforme sur l'accès des fidèles à la Bible a entraîné un véritable investissement protestant dans l'éducation, y compris celle des filles. En France, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, au début du XXe siècle, leur instruction était plus poussée que celle des jeunes catholiques », analyse l'historienne Mathilde Dubesset (1). De nombreuses femmes juives viennent aussi grandir les rangs des premiers mouvements féministes. « L'accès à l'éducation supérieure des femmes juives européennes dès le dernier tiers du XIXe siècle leur permet de participer, dans ses modalités les plus diverses, à cette action pour le monde. [...] Dès les origines du mouvement féministe, les femmes juives furent surreprésentées », raconte l'historien Vincent Vilmain (2), soulignant au passage les nombreux obstacles auxquels elles ont dû se confronter : « Des ligues antisémites féminines à Vienne ou à Berlin s'en prennent au féminisme [perçu] comme doctrine juive. Avec ce leitmotiv, que l'on retrouve aussi bien appliqué à la franc-maçonnerie qu'au socialisme, les femmes juives doivent composer. »

« L'accomplissement des devoirs »

À la fin du XIXe siècle, et souvent en opposition à un certain féminisme libéral porté par des figures juives et protestantes, naît le « féminisme catholique ». Ce mouvement choisit la journaliste Marie Maugeret comme « apôtre », écrit Charles Turgeon. Fondatrice de la Société des féministes chrétiennes en 1898, Marie Maugeret entend « faire pénétrer les idées féministes dans les milieux chrétiens, et les idées chrétiennes dans les milieux féministes ». Notons que Marie Maugeret est aussi la fondatrice de l'Union nationaliste des femmes françaises, une association antidreyfusarde visant, entre autres, à « lutter contre le péril juif ». Des syndicats libres féminins au groupe Femmes et hommes en Église, en passant par l'Alliance internationale Jeanne d'Arc ou la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste à Montréal, de nombreuses organisations se réclamant à la fois du catholicisme et du féminisme vont essaimer. « Au féminisme libéral qui prône le droit au divorce, la limitation des naissances, l'organisation individualiste de la vie et la licence sous tous ses formes, l'Église oppose le féminisme chrétien, qui veut obtenir pour la femme certains droits, mais en vue de l'accomplissement intégral de ses devoirs », écrit, en 1932, la religieuse canadienne Marie Gérin-Lajoie, dans Le Retour de la mère au foyer. Les combats portés par les féministes catholiques furent toutefois de natures très diverses. Des associations comme l'Union spirituelle des femmes iront, dans les années 30, jusqu'à réclamer l'ordination des femmes et se battront becs et ongles pour que l'autorité paternelle cède la place à « l'autorité parentale » ou pour contester le « devoir de procréation ». Certains se concentreront sur le terrain des droits civiques et salariaux. D'autres, enfin, critiqueront l'institution catholique de l'intérieur même de ses rouages, pour réclamer un meilleur accès aux débats et aux enseignements théologiques, ainsi que pour obtenir plus de responsabilités dans l'animation des communautés, comme ce fut le cas en France pour soeur Marie-Edmond et soeur Françoise Vandermeersch (3). En revanche, rares sont les féministes catholiques qui oseront critiquer ouvertement les positions de l'Église sur la contraception ou l'avortement. Celles qui s'y risqueront se placeront souvent en marge de l'institution. Et c'est ce qui explique, en partie, que plusieurs membres du clergé aient apporté leur soutien à ces mouvements. Qu'en est-il du féminisme en islam ? Les aspirations féministes ne se sont pas cantonnées aux frontières de l'Occident. En 1848, la poétesse et théologienne iranienne Fatemeh choque son auditoire en apparaissant sans voile lors d'une conférence. Controversée pour ses positions féministes, elle est condamnée pour une affaire d'assassinat quatre ans plus tard. Avant son exécution, elle aurait crié : « Vous pouvez me tuer quand vous voulez, mais jamais vous n'arriverez à empêcher l'émancipation des femmes ! ».

Des féministes musulmanes se fraient un chemin

Cependant, le féminisme musulman ne fait véritablement son apparition que bien plus tard, dans les années 1990, selon l'historienne Stéphanie Latte Abdallah. « Un mouvement transnational [...] s'est tissé. Des réseaux globaux ont vu le jour tels que le mouvement demandant l'égalité des droits au sein de la famille, Musawah, le comité consultatif transnational des intellectuelles et théologiennes, le Global Women's Shura Council, ou encore les conférences organisées par la Junta Islamica à Barcelone entre 2005 et 2010. Par ailleurs, de l'intérieur des pays, des féministes islamiques se fraient un chemin au sein d'institutions religieuses existantes. Enfin, ce féminisme a gagné, certes très diversement selon les pays, la société civile, des mouvements sociaux puis des mouvements politiques », détaille la chercheuse dans l'ouvrage Normes religieuses et genre, mutations, résistances et reconfiguration (Armand Colin, 2013). Le féminisme musulman revêt lui aussi de multiples formes, selon les pays et les milieux dans lesquels il émerge (voir p. 52). Certaines figures se revendiquant féministes, très conservatrices, parfois proches des Frères musulmans, militent pour plus d'égalité dans les droits civils sans remettre en cause l'idée d'une différence entre les sexes. D'autres, en revanche, vont beaucoup plus loin, prônant une conception universaliste, refusant toute inégalité entre les sexes.

Des avancées, parfois des impasses, toujours

Au fil des ans, les féminismes religieux vont étoffer leur corpus doctrinal. Depuis les années 70-80, se développe une véritable « théologie féministe », d'abord portée par des figures juives et chrétiennes, puis musulmanes dans les années 90. Leur but : réinterpréter les textes sacrés dans un sens plus favorable aux femmes. Les apôtres étaient des hommes ? Certes, mais Jésus avait instauré un ministère « déstabilisant, inclusif et non hiérarchique », rétorque la théologienne protestante Sallie McFague. Le Coran confie aux hommes la qiwama, l'autorité au sein du couple ? Faux, répondent les théologien(ne)s féministes musulman(e)s : la qiwama revient à celui, ou celle, qui a le plus la capacité pour entretenir le foyer. Les féministes religieuses défendent également la vision d'un Dieu unique, neutre, qui n'est ni homme ni femme. « Pour les théologiennes féministes, la masculinité présumée de Dieu, telle qu'on la trouve dans le langage scripturaire et liturgique, ainsi que l'usage ordinaire sont les principaux points d'achoppement à une théologie plus adéquate de Dieu qui accorde une attention suffisante au mystère radical de Dieu », résume Susan A. Ross, professeure associée de théologie à l'université Loyola de Chicago (4). Les féministes de toutes obédiences ont obtenu de nombreuses victoires pour les femmes : droit de vote, accès à l'éducation et au travail, autonomisation... Dans les pays musulmans, notamment au Maghreb, le droit à la polygamie est petit à petit limité et l'âge légal du mariage des femmes s'aligne progressivement sur celui des hommes. Au sein même des communautés religieuses, les lignes ont bougé. Depuis les années 30, des femmes deviennent rabbins ou pasteures (voire évêques, en particulier dans les pays d'Europe du Nord). Les droits des religieuses catholiques se sont rapprochés de ceux des moines, les femmes ont eu accès à des postes de professeures en théologie. En Afrique du Sud, en Amérique du Nord ou en Europe, des femmes imams conduisent des prières mixtes. En Indonésie, elles ont même accès à des postes de mufti, les autorisant à émettre des avis juridiques (fatwas). Pourtant, les féministes religieuses se heurtent encore à de nombreuses impasses. Dans l'Église catholique, les grandes décisions sont toujours prises par le clergé, exclusivement masculin. Dans le judaïsme, le divorce religieux reste souvent conditionné à la seule décision du mari. Dans l'ensemble des pays musulmans, les lois sur l'héritage restent largement à l'avantage des hommes et les musulmanes n'ont toujours pas le droit d'épouser des non-musulmans. On pourrait multiplier les exemples de ce type. « En leur centre, les institutions du croire manifestent une résistance lourde aux redéploiements en cours », résume l'historien des religions Philippe Portier (5). Avant de préciser : « Cela n'empêche pas qu'aux "périphéries" émergent des hétérodoxies qui dessinent, sur le fondement de relectures indisciplinées des corpus sacro-saints, des normes plus latitudinaires d'existence. »|

(1) Lavie.fr, 2 mars 2016.
(2) Vincent Vilmain, Nelly Las, Voix juives dans le féminisme. Résonances françaises et anglo-américaines (Honoré Champion Éditions, 2011).
(3) Anthony Favier, « Des religieuses féministes dans les années 68 ? », Clio. Histoire, femmes et sociétés [Online], 29 2009, 29 2009, 59-77.
(4) « Féminisme et théologie », dans la revue Raisons politiques (2001, n°4).
(5) Postface de Normes religieuses et genre, mutations, résistances et reconfiguration (Armand Colin, 2013). 



Gaétan Supertino Journaliste passionné par l'étude des faits religieux, Gaétan Supertino suit une formation à l'Institut européen en sciences des religions (IESR) et à l'École pratique des hautes études (EPHE).
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Message par haroun 6259 le Lun 10 Juil - 18:18

Le point de vue de mon philosophe favori:



« Plus près de l'humain que l'homme »


André Comte-Sponville - publié le 27/06/2017

André Comte-Sponville, philosophe, est l'auteur de  C'est chose tendre que la vie  (Albin Michel, 2015).


Le féminisme est un combat ; et les religions, en principe, prônent la paix. Les féministes se battent pour les droits des femmes, donc pour l'égalité des sexes. Les religions, toujours machistes et souvent misogynes, du moins en leurs commencements, ont longtemps nié cette égalité et se préoccupent surtout des devoirs des femmes, spécialement vis-à-vis de leurs époux. Au reste, Dieu, dans les trois monothéismes, se dit au masculin. Et les femmes n'ont guère accès à la sainteté, sauf exception, qu'en tant que vierges ou martyres... Tout cela, qui est bien connu, est tristement éclairant. Il n'y a pas de religion féministe, ni de féminisme intrinsèquement religieux. Rien là d'étonnant. Féminisme et religion sont comme deux mondes différents, qui ne relèvent ni de la même histoire ni de la même échelle temporelle : les religions s'enracinent dans le passé le plus ancien (aussi portent-elles la marque des sociétés patriarcales qui les virent naître et se développer) ; le féminisme fait partie de notre modernité, présente et à venir. 

« La femme est l'avenir de l'homme », disait Aragon. On n'en conclura pas que Dieu est son passé (l'éternité, par définition, est toujours d'aujourd'hui), ni que le machisme soit déjà vaincu (hélas ! il ne cesse de renaître, y compris dans nos cours de récréation), mais que féminisme et progressisme vont ensemble. L'humanisme est l'avenir de l'homme, avec ou sans Dieu, et le féminisme n'est que sa forme sexuée, comme il doit l'être (puisque l'humanité l'est aussi), ou prenant en compte, dans l'un et l'autre sexe, la différence qui les distingue et les unit. On rêverait que la question ne se pose plus (que l'égalité aille de soi), que l'humanisme suffise, dans son indifférenciation prétendue (qu'il n'y ait plus que des humains, quel que soit leur sexe). Mais ce n'est qu'un rêve. Le machisme toujours menace. Il n'est pas une invention des religions. Il est une invention des hommes, que cela arrange trop pour qu'ils y renoncent facilement. Aussi le féminisme reste-t-il nécessaire. Belle formule de Rilke, dans ses Lettres à un jeune poète : « La femme et la jeune fille, plus près de l'humain que l'homme - le mâle prétentieux et impatient... » Cela indique une direction, et même une partie du chemin. Être féministe, c'est être un humaniste lucide et exigeant. 

Cela vaut pour tous, femmes et hommes, croyants ou non. On oppose aujourd'hui un « féminisme laïque » et un « féminisme religieux ». C'est l'un des effets, parmi tant d'autres, de la montée de l'islam, y compris dans nos pays, et parfois de sa radicalisation. Certaines voient dans le voile un signe de soumission, qu'une féministe ne peut que rejeter. D'autres, qui veulent concilier leur féminisme et leur foi, reprochent aux premières une forme d'ethnocentrisme ou d'islamophobie, qui confondrait la cause des femmes et celle de l'Occident. Que je me sente plus proche de celles-là, cela ne surprendra personne (je suis athée et d'Occident) ; mais cela ne m'empêche pas de soutenir aussi celles-ci. On a le droit d'être islamophobe, si l'on entend par ce mot la peur ou le refus de l'islam. Mais pas celui de haïr ou de mépriser les musulmans, ni de prétendre imposer aux musulmanes - fût-ce au nom du féminisme - telle ou telle posture idéologique ou vestimentaire. Que toutes les religions aient été misogynes, durant une bonne part de leur longue histoire, que la plupart restent machistes, au moins par certains côtés, cela ne condamne pas celles des féministes qui continuent de s'en réclamer : c'est au contraire ce qui justifie et leur combat et le soutien qu'il convient - même quand on ne partage pas leur foi - de leur apporter. 

Un athée, hélas, peut être machiste ou misogyne. Pourquoi un croyant ne serait-il pas féministe ?
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Message par haroun 6259 le Lun 10 Juil - 20:33

Les pionnières



Les pionnières


Aurélia Hetzel;Macha Fogel;Audrey Fella - publié le 27/06/2017

Si elles ne sont pas toutes à proprement parler féministes, de fortes personnalités ont su dès les premiers siècles s'affranchir du rôle décidé pour elles par les hommes. 


Phoebé
La diaconesse


L'apôtre Paul fait l'éloge de l'engagement de plusieurs femmes dans les premières communautés chrétiennes. L'une d'elles, la Grecque Phoebé, joue un rôle éminent : c'est la première diaconesse dont on a connaissance dans l'histoire du christianisme. À la fin de l'Épître aux Romains, Paul présente ses salutations aux chrétiens de Rome, et il recommande « Phoebé, notre soeur, diaconesse de l'Église de Cenchrées [port oriental de Corinthe, sur la mer Égée] : offrez-lui dans le Seigneur un accueil digne des saints, et assistez-la en toute affaire où elle aurait besoin de vous ; aussi bien fut-elle une protectrice pour nombre de chrétiens et pour moi-même » (Rm 16, 1-2). Cette lettre, essentielle dans la doctrine chrétienne de la justification par la foi, a été écrite à Corinthe vers 57-58 et confiée à Phoebé, première interprète de ce message d'universalité, puisqu'elle en donne lecture aux Romains. Elle est immédiatement présentée comme une « soeur » : le lien religieux prévaut sur tous les autres, quand bien même cette « soeur » porte un nom d'origine païenne (c'est le nom de plusieurs personnages de la mythologie grecque ; il signifie « brillante »).

Liberté et responsabilités

Son titre de « diaconesse » est particulièrement valorisant, puisque, dans d'autres textes, Paul l'utilise pour lui-même (le mot en grec s'applique pour les hommes ou les femmes). Il impliquait alors l'idée d'une responsabilité et d'une autorité dans l'Église, en particulier pour ceux qui oeuvraient auprès des communautés, comme Phoebé à Cenchrées. On pressent son importance dans les discussions sur les ministères féminins, refusés par les Églises latines à partir du ive siècle. Phoebé est aussi une « protectrice » des chrétiens, ce qui laisse entendre qu'elle était assez haut placée pour intervenir en leur faveur et qu'elle a fait preuve d'un engagement exceptionnel pour les étrangers, privés de garanties juridiques, même si en tant que femme, elle ne pouvait les représenter légalement. Cette mise en valeur de Phoebé est révélatrice du rôle des femmes dans le premier christianisme et contredit l'accusation de misogynie souvent faite à l'apôtre : en donnant à la diaconesse le même titre qu'à lui-même, il se montre favorable à la présence et à l'action des femmes dans l'Église. Phoebé est présentée comme une femme libre, assumant des responsabilités ecclésiastiques à Corinthe et digne de la confiance de l'apôtre pour aller se présenter à la jeune communauté chrétienne de Rome. Peu de femmes ont été investies d'une telle manière dans l'histoire de l'Église. 

Aurélia Hetzel

À lire

La Femme dans l'Église primitive Rinaldo Fabris (Nouvelle cité, 1987)




Brouriah
Erudite en Torah


A l'instar de toutes les femmes juives de son temps, Brouriah, au IIe siècle, est désignée dans le Talmud (commentaire de la Bible hébraïque) d'abord comme fille et comme épouse. Cette femme dont l'érudition suscite aujourd'hui encore une grande admiration, aussi bien populaire que savante, était la fille de Rabbi Hanania ben Teradion, une sommité du judaïsme. Il fut, selon les récits talmudiques, enveloppé dans un rouleau de la Torah par les Romains avant d'être brûlé en martyr, pour avoir refusé d'abandonner l'étude des textes sacrés et leur enseignement. Il avait deux filles et un fils. Le fils tourna mal, devint bandit et fut tué dans un règlement de comptes. Brouriah, elle, se montra très tôt douée pour l'étude, à une époque où il était tout à fait exceptionnel que les femmes étudient. Elle épousa Rabbi Meïr, l'un des plus grands sages du Talmud. À plusieurs reprises, le Talmud parle de cette femme hors du commun, qui pouvait apprendre trois cents lois en un seul jour. Il la dépeint aussi se moquant d'un rabbin qui, l'ayant croisée, lui demanda son chemin de manière abrupte : « Quel est le chemin pour aller à la ville ? ». « Deux mots auraient suffi », répond-elle ironique : « Où ; ville ? La Torah ne t'enseigne-t-elle pas d'éviter de parler aux femmes ? ». Brouria incarne aussi, jusqu'à nos jours, l'image de l'épouse aimante et avisée. Lorsque ses deux fils moururent brutalement un jour de shabbat, au lieu d'en avertir Rabbi Meïr, elle attendit la fin de la fête, afin de pouvoir mieux réconforter son mari. La vie familiale de Brouriah est dramatique. Père martyr, frère bandit assassiné, soeur prostituée par les Romains en punition de l'obstination du père - et une fin tragique. D'après le commentateur médiéval français Rachi de Troyes, Rabbi Meïr voulut prouver à sa femme que la Torah avait raison lorsqu'elle énonce que toutes les femmes sont faibles face à la tentation. Il demanda à l'un de ses élèves de séduire son épouse. Celle-ci finit par tomber dans le piège tendu, mais, comprenant que son mari l'avait leurrée, se donna la mort. Rabbi Meïr s'exila, fou de remords. Bien qu'elle n'ait nullement bouleversé l'ordre patriarcal de la société de son temps, Brouriah est toujours admirée comme une femme d'une grande intelligence. 

Macha Fogel

Oum Waraqa
Imame et martyre


Oum Waraqa bint Abdallah était une ansarite : originaire de Médine, elle faisait partie des compagnons du Prophète. Cette femme pieuse, que Mahomet avait enseignée, connaissait le Coran par coeur ; il l'autorisa à diriger la prière dans sa maisonnée et à avoir son propre muezzin, selon un hadith (parole du Prophète) rapporté par Abu Dawoud. Les enjeux de ce hadith sont toujours très controversés : une femme peut-elle diriger la prière et, surtout, le peut-elle pour une assemblée mixte, en dehors du cercle familial ? Pour la majorité des savants musulmans, une femme peut diriger d'autres femmes en prière (comme le firent Aïcha et Oum Salama, épouses de Mahomet), à condition de se tenir parmi elles, et non devant ; mais elle ne peut le faire pour des hommes. Une femme peut cependant enseigner la religion aux deux sexes et être une savante reconnue et respectée. S'il n'y a pas de consensus, le cas d'Oum Waraqa a fait jurisprudence chez certains exégètes, qui s'y réfèrent pour autoriser l'imamat féminin dans des assemblées mixtes, et rappellent un hadith célèbre : « Prenez pour imam celui d'entre vous qui connaît le mieux le Coran. » D'autres hadiths leur refusent cette possibilité. Oum Waraqa aspirait au martyre et demanda à participer à la bataille de Badr (624) pour soigner les blessés. Mais le Prophète lui commanda de rester chez elle tout en lui donnant le titre de « al-shahida » (« la martyre »). De fait, elle mourut dans sa maison, sous le califat d'Omar (de 634 à 644) : selon le théologien Ibn Hajar (1372-1449), deux esclaves qu'elle avait promis d'affranchir à sa mort l'assassinèrent dans son sommeil. Ibn Hajar passe sous silence la direction de la prière d'Oum Waraqa : s'il reconnaît ses vertus savantes et religieuses, il lui refuse l'autorité qu'une telle excellence pouvait inférer. Il insiste cependant sur la finalité de sa tragédie : la femme vaquant aux occupations domestiques peut accéder au statut de martyre. D'autres savants comme Ibn Sa'd (784-845) et Ibn 'Abd al-Barr (978-1071), qui rapportent son rôle d'imam, n'excluent pas sa présence à Badr, mais retiennent surtout la réponse prophétique de Mahomet concernant son martyre ainsi que ses connaissances en sciences religieuses. Les variantes de l'histoire d'Oum Waraqa révèlent ainsi le rôle que l'on veut bien donner aux femmes dans l'imamat et le martyre. 

Aurélia Hetzel

Les béguines et Heilwige Bloemart
Émancipées par la mystique


Participant du renouveau religieux en Occident, le mouvement béguinal, initié par Lambert le Bègue, apparaît à la fin du XIIe siècle dans la région rhénane et les Flandres. Ainsi prend naissance une forme inédite, révolutionnaire, de vie religieuse, laïque, sans voeux, adoptée par de nombreuses femmes, généralement célibataires ou veuves. Réunies dans des béguinages, où les règles de vie communautaires sont assouplies, elles se livrent à des travaux manuels, au soin des malades, à la toilette des morts, prient et méditent sur les Saintes Écritures, revivifiant le message évangélique à travers la pauvreté et la charité. Dirigées par une femme - la plus célèbre étant Hadewijch d'Anvers -, les béguines acquièrent une autonomie tant économique que spirituelle, mal vue par l'Église de plus en plus réticente, qui prend ombrage de leur piété, de leur charisme auprès du peuple et de leur émancipation de la hiérarchie masculine, voyant là un puissant contre-pouvoir au leur. Ce qui leur vaut d'être persécutées, soupçonnées d'hérésie ou brûlées comme Marguerite Porete, jusqu'à disparaître totalement, la plupart étant réintégrées dans des communautés cisterciennes ou franciscaines. Parmi les figures emblématiques du mouvement, Heilwige Bloemart ou Bloemardinne. Née entre 1260 et 1280 à Bruxelles dans une famille aisée, la béguine, aux aspirations mystiques, dévouée aux déshérités, fonda un foyer pour personnes âgées. D'où sa grande renommée dans la population bruxelloise. On connaît peu de choses sur sa vie, sinon les accusations d'Henri Pomerius, le biographe du clerc Jean Ruysbroeck, sur sa réputation sulfureuse. Il rapporte qu'elle écrivait « sur l'esprit de liberté et sur un certain amour impie et voluptueux qu'elle appelait séraphique », la taxant de « femme à la doctrine perverse », « vénérée par une multitude de disciples qui suivaient son opinion, elle était assise sur un siège d'argent, enseignant et écrivant ». Ses adeptes auraient, dit-on, tenté de fonder une Église féminine et de prêcher l'existence d'un Dieu femme. Ne possédant aucun écrit des mains de Bloemardinne, les historiens restent néanmoins perplexes devant ces accusations, de même qu'ils mettent en doute l'antagonisme qui l'aurait opposée à Ruysbroeck, lequel n'était pas insensible aux écrits d'Hadewijch d'Anvers. À sa mort en 1335, le siège fut donné à la duchesse de Brabant, Marie d'Évreux, et le foyer repris en 1371 par le chapitre de Sainte-Gudule, pour lequel sa fondatrice était « digne de louange et dévouée au Christ ». 

Audrey Fella

Catherine de Sienne
Docteure de l'église


Peu de femmes du Moyen Âge ont connu une vie spirituelle et publique aussi animée que celle de Catherine Benincasa (1347-1380), future Catherine de Sienne, déclarée docteure de l'Église par le pape Paul VI en 1970. Ses premières visions du Christ remontent à son enfance. Très jeune, elle fait voeu de virginité et s'impose une règle de vie très exigeante. Malheureuse dans ses jeunes années du fait de l'opposition de sa famille à ses choix de vie, elle se crée un univers religieux intérieur, nourri des oeuvres d'art qu'elle a contemplées dans les églises et de la lecture de La Légende dorée de Jacques de Voragine (1266) : elle cherche, dira-t-elle, à se faire « une cellule dans son coeur » et commence à mener une vie d'ascèce et de mortifications, se façonnant un corps spirituel. Les dominicains du couvent voisin commencent à s'intéresser à elle : l'un lui apprend à lire, un autre lui enseigne la théologie. À 15 ans, elle rejoint les soeurs de la Pénitence de saint Dominique, les mantellate, après une révélation onirique : ces laïques mènent une vie de pauvreté, de prière et de services aux pauvres, sans quitter leur famille. Son statut de tertiaire dominicaine lui permet de commencer à oeuvrer dans son quartier.

Des guérisons miraculeuses

En 1367, un événement la bouleverse : le Christ lui apparaît pour l'épouser dans la foi, l'encourageant dans son mépris de la chair et des vanités. Forte de ces noces mystiques et des grâces divines qu'elle reçoit régulièrement, elle entreprend une mission salvatrice. À Sienne (Italie), elle apaise des conflits privés, s'occupe des pauvres et soigne des malades. Elle acquiert rapidement une réputation de sainte femme, notamment grâce à des guérisons jugées miraculeuses. Elle se met à correspondre avec des notables, de grandes familles aristocratiques et de hauts responsables politiques et religieux, donnant des conseils spirituels, moraux et diplomatiques. Encouragée par les stigmates du Christ qui la marquent en 1375 mais restent invisibles sinon à elle-même, elle entre enfin en contact avec le pape Grégoire XI, à qui elle propose ses services pour restaurer la paix dans une Italie sujette à des troubles politiques et à des révoltes populaires. L'activité publique de Catherine prend de plus en plus d'importance avec le grand schisme dans l'Église d'Occident et l'élection, le 20 septembre 1378, de l'antipape Clément VII. Installée à Rome à partir de 1379, elle se bat désormais pour l'unité de l'Église catholique ainsi que pour la reconnaissance du pape Urbain VI, qu'elle désigne comme « le Christ sur la terre ». Elle poursuit jusqu'à sa mort trois objectifs : faire revenir la papauté à Rome, préparer une nouvelle croisade et engager une réforme de l'Église, à commencer par la hiérarchie ecclésiastique et le clergé. Mais bien plus que ses actions politiques, finalement très limitées en termes de résultats, ce sont son oeuvre littéraire, l'intensité de sa vie mystique et son engagement apostolique qui firent l'admiration des laïcs et des religieux.

Libérée des limites sociales

Catherine de Sienne a toujours été reconnue comme une femme d'exception. Son engagement n'est pas féministe, dans la mesure où elle n'interroge ni ne critique jamais la condition féminine de son temps. Mais elle s'émancipe des limites sociales et genrées. L'autorité acquise grâce à ses écrits et à son rôle d'ambassadrice, alors qu'elle vient d'un milieu modeste, lui permet une parole libérée vis-à-vis d'hommes détenant l'autorité institutionnelle. 

Aurélia Hetzel

À lire

Les Femmes mystiques : histoire et dictionnaire Dir. Audrey Fella (Robert Laffont, 2013)
Catherine de Sienne : vie et passions André Vauchez (Cerf, 2015)

Mira Bai
L'hindoue affranchie


Née vers 1498 dans la région du Marwar au Rajasthan (Inde), Mira Bai (« dame ») est une poétesse hindoue. Si les légendes abondent autour d'elle, les historiens s'accordent à dire qu'elle était la fille d'un prince rajput, Ratan Singh Rathor, et qu'elle reçut une éducation raffinée. Réputée pour sa beauté, elle fut mariée à Bhoj Raj, le fils du puissant prince du Mewar, Rana Sanga, et veuve cinq ans plus tard. Après le décès de son beau-père qui la protégeait, elle fut persécutée par sa belle-famille, qui tenta plusieurs fois de l'empoisonner à cause de son comportement défiant les coutumes liées à son rang, sa caste et son sexe. Inscrite dans la lignée des bhakta (« dévots ») du dieu Krishna, elle contrevenait en effet aux croyances et aux traditions de sa famille, qui honorait le dieu Shiva et la déesse Durga. Elle fréquentait les sadhus (« hommes saints ») et les ascètes itinérants. Elle dansait et chantait publiquement pour célébrer et louer sa divinité, se décrivant dans ses poèmes comme son épouse éternelle, ivre d'amour pour son dieu. Disparue vers 1547 à Dwarka dans le Gujarat, elle aurait été absorbée, dit la légende, par la statue de Krishna dans le temple de Râv Ranchor, réalisant ainsi l'union totale avec lui. Affranchie de la condition de la femme indienne - souvent victime de violence domestique -, tout autant que de celle des mortelles, Mira Bai apparaît comme une femme émancipée et libérée dans la mémoire et l'imaginaire des Indiens. En atteste le foisonnement de son iconographie : sculptures, gravures, images pieuses qui la représentent vêtue de blanc (la couleur du veuvage) et accompagnée d'instruments de musique (ektâra ou cymbales), des films, des festivals de musique en son honneur, etc., faisant d'elle le symbole de la première féministe et de la parfaite croyante en Inde. 

Audrey Fella

Asenath Barzani
Première femme rabbin


La première femme rabbin fut-elle irakienne ? Asenath Barzani, née à la toute fin du XVIe siècle dans le Kurdistan irakien, semble la première et l'une des seules femmes à avoir dirigé une yeshiva (pl. yeshivot), une école talmudique traditionnelle, dans l'histoire juive. Le terme de rabbin n'est certes pas très significatif, puisqu'il n'existe pas, dans le judaïsme, de hiérarchie cléricale. En revanche, les directeurs de ces écoles de Torah, que l'on appelle rabbi, occupent un rang prestigieux. Asenath Barzani était la fille unique d'un grand connaisseur de la Torah, Rabbi Samuel ben Nethanel HaLevi Barzani, fondateur de plusieurs yeshivot et directeur de celle de Mossoul. N'ayant qu'une fille, il lui transmit tout son savoir. Dans sa correspondance, Asenath Barzani écrit qu'elle fut élevée sur les genoux des plus grands maîtres et que son père ne lui enseigna nul autre travail que l'étude de la Torah. Il lui choisit comme fiancé l'un de ses neveux, qui était aussi l'un de ses meilleurs élèves, exigeant qu'il s'engage à ne jamais imposer à son épouse la moindre tâche domestique. Ainsi la jeune femme put-elle continuer à étudier. Mieux encore, comme son jeune mari était absorbé par ses recherches, elle enseigna à sa place dans la yeshiva de son père. Devenu directeur à la mort de son beau-père, le jeune homme mourut, semble-t-il assez jeune. Asenath prit alors sa succession à la tête de l'école, sans que cette transition ne semblât causer de problèmes. Malgré la pression des huissiers, qui saisirent ses biens personnels, elle se refusa en revanche à voyager seule - cela eût été inconvenant pour une femme - afin de démarcher les communautés juives du pays et de récolter des fonds pour sa yeshiva, certes prestigieuse, mais laissée en mauvaise santé budgétaire par son père et son mari. Asenath Barzani nourrit de nombreuses légendes populaires, qui utilisent pour peindre cette femme exceptionnelle les couleurs plus classiquement féminines de la beauté et de la magie. Son père était un kabbaliste et l'on raconte qu'elle-même pouvait effectuer des miracles ; elle aurait, par exemple, paralysé un homme entré chez elle pour la violer en prononçant des paroles sacrées. Il semble qu'elle fut non seulement chérie dans le souvenir juif oriental, mais encore admirée à travers l'ensemble de la population kurde. 

Macha Fogel


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Message par cessybo le Lun 10 Juil - 21:12

Haroun,

Je voulais juste te dire que je lis tout ce que tu écris sur ce forum, mais je ne pourrais pas te donner la réplique.
Ce n'est pas du tout de mon niveau et la théologie ne m'a jamais passionné. J'ai sans doute eu tort.
Félicitations et merci pour tout ce que tu nous proposes. Cela oblige à réfléchir.
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