Recueil de poésies

Page 4 sur 6 Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant

Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Victor Hugo

Message par cessybo le Ven 20 Oct - 15:50

Pour Jeanne seule


Je ne me mets pas en peine
Du clocher ni du beffroi ;
Je ne sais rien de la reine,
Et je ne sais rien du roi ;

J'ignore, je le confesse,
Si le seigneur est hautain,
Si le curé dit la messe
En grec ou bien en latin ;

S'il faut qu'on pleure ou qu'on danse,
Si les nids jasent entr'eux ;
Mais sais-tu ce que je pense ?
C'est que je suis amoureux.

Sais-tu, Jeanne, à quoi je rêve ?
C'est au mouvement d'oiseau
De ton pied blanc qui se lève
Quand tu passes le ruisseau.

Et sais-tu ce qui me gêne ?
C'est qu'à travers l'horizon,
Jeanne, une invisible chaîne
Me tire vers ta maison.

Et sais-tu ce qui m'ennuie ?
C'est l'air charmant et vainqueur,
Jeanne, dont tu fais la pluie
Et le beau temps dans mon coeur.

Et sais-tu ce qui m'occupe,
Jeanne ? c'est que j'aime mieux
La moindre fleur de ta jupe
Que tous les astres des cieux.





  • Victor HUGO   (1802-1885)




cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty VOLTAIRE

Message par cessybo le Dim 22 Oct - 17:01

Polissonnerie

Je cherche un petit bois touffu,
Que vous portez, Aminthe,
Qui couvre, s’il n’est pas tondu
Un gentil labyrinthe.
Tous les mois, on voit quelques fleurs
Colorer le rivage ;
Laissez-moi verser quelques pleurs
Dans ce joli bocage.


– Allez, monsieur, porter vos pleurs
Sur un autre rivage ;
Vous pourriez bien gâter les fleurs
De mon joli bocage ;


 Car, si vous pleuriez tout de bon,
Des pleurs comme les vôtres
Pourraient, dans une autre saison,
M’en faire verser d’autres.


– Quoi ! vous craignez l’évènement
De l’amoureux mystère ;
Vous ne savez donc pas comment
On agit à Cythère ;


 L’amant, modérant sa raison,
Dans cette aimable guerre,
Sait bien arroser le gazon
Sans imbiber la terre.


– Je voudrais bien, mon cher amant,
Hasarder pour vous plaire ;
Mais dans ce fortuné moment
On ne se connait guère.


 L’amour maîtrisant vos désirs,
Vous ne seriez plus maître
De retrancher de nos plaisirs
Ce qui vous donna l’être.


Voltaire

- Ah ! Qu’en termes galants ces choses-là sont mises !  Laughing

cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Aragon

Message par cessybo le Mer 25 Oct - 21:01

Je dis la Paix

Je dis la paix pâle et soudaine
Comme un bonheur longtemps rêvé
Comme un bonheur qu'on croit à peine
          Avoir trouvé


Je dis la paix comme une femme
J’ouvrais la porte et tout à coup
Ses deux bras autour de mon âme
          Et de mon cou


Je dis la paix cette fenêtre
Qui battit l'air un beau matin
Et le monde ne semblait être
          Qu'odeur du thym


Je dis la paix pour la lumière
A tes pas dans cette saison
Comme une chose coutumière
          A la maison


Pour les oiseaux et les branchages
Verts et noirs au-dessus des eaux
Et les alevins qui s'engagent
          Dans les roseaux


Je dis la paix pour les étoiles
Pour toutes les heures du jour
Aux tuiles des toits et pour toi l'
          Ombre et l'amour


Je dis la paix aux jeux d'enfance
On court on saute on crie on rit
On perd le fil de ce qu'on pense
          Dans la prairie


Je dis la paix mais c'est étrange
Ce sentiment de peur que j'ai
Car c'est mon cœur même qui change
          Léger léger


Je dis la paix vaille que vaille
Précaire fragile et sans voix
Mais c'est l'abeille qui travaille
          Sans qu'on la voie


Rien qu'un souffle parmi les feuilles
Une simple hésitation
Un rayon qui passe le seuil
          Des passions


Elle vacille elle est peu sûre
Comme un pied de convalescent
Encore écoutant sa blessure
          Son sang récent


La guerre a relâché ses rênes
La guerre a perdu la partie
Il en reste un son sourd qui traîne
          Mal amorti


Ce sont les chars vers les casernes
Qui font encore un peu de bruit
Nous danserons dans les luzernes
          Jusqu'à la nuit


Tu vas voir demain tu vas voir
Les écoliers dans les préaux
Et ce beau temps à ne plus croire
          La météo


On va bâtir pour la jeunesse
Des maisons et des jours heureux
Et les amours voudront que naissent
           Leurs fils nombreux


On reconstruira par le monde
Les merveilles incendiées
La vie aura la taille ronde
          Sans mendier


Enfin veux-tu que j'énumère
Les Versailles que nous ferons
Les airs peuplés par les chimères
          De notre front


Et l'immense laboratoire
Où les miracles sont humains
Et la colombe de l'histoire
          Entre nos mains


Je sais je sais Tout est à faire
Dans ce siècle où la mort campait
Et va voir dans la stratosphère
          Si c'est la paix


Eteint ici là-bas qui couve
Le feu court on voit bien comment
Quelqu'un toujours donne à la louve
          Un logement


Quelqu'un toujours quelque part rêve
Sur la table d'être le poing
Et sous le manteau de la trêve
            Il fait le point


Je sais je sais ce qu'on peut dire
Et le danger d'être d'endormi
L'homme au zénith et le nadir
           A l'ennemi


Je sais mais c'est la paix quand même
Le recul du monstre devant
Ce que je défends Ce que j'aime
          Toujours vivant


C'est la paix dont les peuples savent
Obscurément tous plus ou moins
Contre le maître et pour l'esclave
          Qu'elle est témoin


C'est la paix des peuples où sourd
L'eau profonde des libertés
C'est au silence des tambours
          Le mai planté


C'est la paix couleur de la preuve
Où le meurtre porte son nom
A qui le voile de la veuve
           Dit Non


C'est la paix qui force le crime
A s'agenouiller dans l'aveu
Et qui crie avec les victimes
          Cessez le feu


Publié en août 1954
(les accords de Genève sur l’Indochine
venaient d’être signés à Genève)
 ;
disponible aujourd’hui dans
Aragon – Œuvres poétiques complètes II
page 75
Bibliothèque de la Pléiade
cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par mareaction le Jeu 26 Oct - 7:29

Recueil de poésies - Page 4 Merci_16

_________________
La seule chose que le socialisme ait jamais faite pour les pauvres est leur donner beaucoup de compagnie.
Lawrence W. Reed  

mareaction
mareaction

Messages : 14840
Date d'inscription : 12/03/2015
Localisation : Provence

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Pierre de Marbœuf : Les beautés d'Amaranthe

Message par cessybo le Ven 27 Oct - 21:50

Les cheveux d'Amaranthe



Zéphire bien souvent de votre poil se joue,
Pillant sous ce prétexte un baiser amoureux :
Et des ondes qu'il fait flotter sur votre joue,
Un Pactole prend source en l'or de vos cheveux.

Cheveux petites rets, Cupidon vous avoue
De me prendre le cœur : que ce cœur est heureux
Alors que je vous baise, alors que je vous loue,
Cheveux qui l'achevez de le rendre amoureux.

Beaux cheveux, filets d'or, rayons d'ambre et de flamme,
Doux geôliers de mon cœur, doux chaînons de mon âme,
Si par travail s'acquiert votre riche toison :

Et aux feux et aux fers j'exposerai ma vie ;
Puis retournant vainqueur du dragon de l'envie,
Mériterai-je pas d'en être le Jason ?




Le sein d'Amaranthe





Mon esprit qui toujours d'un vain espoir s'apaise,
Compare votre sein, dont je suis envieux,
À des jeunes boutons, puis il dit à mes yeux :
Si vous les pouviez voir, ne mourriez-vous point d'aise ?

Ainsi dans mon esprit s'allume une fournaise,
Et son feu se nourrit d'un objet gracieux,
Qui me fait concevoir en tout et en tous lieux,
L'enflure de ce marbre où fleurit une fraise.

Enfin si votre amour demeure le vainqueur,
Et si jusqu'à la mort vous poursuivez mon cœur,
Mon Amaranthe, au moins donnez-lui sépulture.

Que si vous voulez suivre en cela mon dessein,
Son tombeau n'aura pas une autre couverture
Que du marbre qu'on voit qui blanchit votre sein.







Pierre de Marbeuf (1596-1645) est un poète baroque français du XVIIe siècle. Né à Sahurs, il fait ses études au collège de La Flèche et vit à Paris de 1619 à 1623. Il étudie le droit en compagnie de Descartes. Auteur de sonnets baroques et du Recueil de vers (publié à Rouen en 1628), il met en œuvre les thèmes de la nature, de la fragilité de la vie et de l'amour. Maître des eaux et forêts, ce qui peut expliquer la présence récurrente de la nature dans son œuvre, il est apprécié non seulement pour ses qualités de poète, mais aussi pour ses talents satiriques. Son sonnet le plus connu à ce jour À Philis associe avec virtuosité le thème de la mer et celui de l'amour.

Recueil de poésies - Page 4 0oghlq10
cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Aragon et Ferrat

Message par cessybo le Mar 7 Nov - 21:40

Que serais-je sans toi.


Recueil : Le roman inachevé (1956)

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J'ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j'ai vu désormais le monde à ta façon
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J'ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu'il fait jour à midi qu'un ciel peut être bleu
Que le bonheur n'est pas un quinquet de taverne
Tu m'as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l'homme ne sait plus ce que c'est qu'être deux
Tu m'as pris par la main comme un amant heureux.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N'est-ce pas un sanglot de la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues
Terre terre voici ses rades inconnues.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.


Louis Aragon



cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par LARA BAÏKAL le Mer 8 Nov - 7:25

Recueil de poésies - Page 4 Signature_1Recueil de poésies - Page 4 Signat10

_________________
Quand l'injustice devient une loi, la résistance devient un devoir.
When Injustice becomes law, resistance becomes duty
Jefferson. 
LARA BAÏKAL
LARA BAÏKAL
Admin

Messages : 33156
Date d'inscription : 11/03/2015

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Sophie d'Arbouville

Message par cessybo le Mer 15 Nov - 17:40

Née le 29 octobre 1810, Sophie de Bezancourt1 est la petite-fille de Sophie d'Houdetot. Elle fréquente dans le salon de celle-ci une société choisie. Léon Séché en fait ce portrait « Elle était plutôt mal de figure, elle avait des traits forts et os yeux ressortis qui, de prime abord, disposaient peu en sa faveur, mais dès qu'elle ouvrait la bouche on oubliait sa laideur relative.» et Sainte-Beuve en a dit « Jeune femme charmante, un peu Diane, sans enfants. Restée enfant et plus jeune que son âge. Pas jolie, mais mieux. »


La grand-mère


Recueil : Poésies et nouvelles (1840).


Romance.



Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour :
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.

En vous voyant, je me rappelle
Et mes plaisirs et mes succès ;
Comme vous, j'étais jeune et belle,
Et, comme vous, je le savais.
Soudain ma blonde chevelure
Me montra quelques cheveux blancs...
J'ai vu, comme dans la nature,
L'hiver succéder au printemps.

Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour ;
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.

Naïve et sans expérience,
D'amour je crus les doux serments,
Et j'aimais avec confiance...
On croit au bonheur à quinze ans !
Une fleur, par Julien cueillie,
Était le gage de sa foi ;
Mais, avant qu'elle fût flétrie,
L'ingrat ne pensait plus à moi !

Dansez, fillettes du Village,
Chantez vos doux refrains d'amour ;
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.

À vingt ans, un ami fidèle
Adoucit mon premier chagrin ;
J'étais triste, mais j'étais belle,
Il m'offrit son cœur et sa main.
Trop tôt pour nous vint la vieillesse ;
Nous nous aimions, nous étions vieux...
La mort rompit notre tendresse...
Mon ami fut le plus heureux !

Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour ;
Trop vite, hélas ! un ciel d'orage
Vient obscurcir le plus beau jour.

Pour moi, n'arrêtez pas la danse ;
Le ciel est pur, je suis au port,
Aux bruyants plaisirs de l'enfance
La grand-mère sourit encor.
Que cette larme que j'efface
N'attriste pas vos jeunes cœurs :
Le soleil brille sur la glace,
L'hiver conserve quelques fleurs.

Dansez, fillettes du village,
Chantez vos doux refrains d'amour,
Et, sous un ciel exempt d'orage,
Embellissez mon dernier jour !


Sophie d'Arbouville. (1810-1850)          


 Recueil de poésies - Page 4 Large-10
cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par Sand le Mer 15 Nov - 17:47

Chanson inoubliable. Charmante poésie.

_________________



 Laughing







Sand

Messages : 259
Date d'inscription : 09/04/2017

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Théodore de Banville

Message par cessybo le Jeu 16 Nov - 16:38








Recueil de poésies - Page 4 Sm-plus


Le saut du tremplin


Clown admirable, en vérité !
Je crois que la postérité,
Dont sans cesse l'horizon bouge,
Le reverra, sa plaie au flanc.
Il était barbouillé de blanc,
De jaune, de vert et de rouge.

Même jusqu'à Madagascar
Son nom était parvenu, car
C'était selon tous les principes
Qu'après les cercles de papier,
Sans jamais les estropier
Il traversait le rond des pipes.

De la pesanteur affranchi,
Sans y voir clair il eût franchi
Les escaliers de Piranèse.
La lumière qui le frappait
Faisait resplendir son toupet
Comme un brasier dans la fournaise.

Il s'élevait à des hauteurs
Telles, que les autres sauteurs
Se consumaient en luttes vaines.
Ils le trouvaient décourageant,
Et murmuraient : " Quel vif-argent
Ce démon a-t-il dans les veines ? "

Tout le peuple criait : " Bravo! "
Mais lui, par un effort nouveau,
Semblait roidir sa jambe nue,
Et, sans que l'on sût avec qui,
Cet émule de la Saqui
Parlait bas en langue inconnue.

C'était avec son cher tremplin.
Il lui disait : " Théâtre, plein
D'inspiration fantastique,
Tremplin qui tressailles d'émoi
Quand je prends un élan, fais-moi
Bondir plus haut, planche élastique !

" Frêle machine aux reins puissants,
Fais-moi bondir, moi qui me sens
Plus agile que les panthères,
Si haut que je ne puisse voir,
Avec leur cruel habit noir
Ces épiciers et ces notaires !

" Par quelque prodige pompeux
Fais-moi monter, si tu le peux,
Jusqu'à ces sommets où, sans règles,
Embrouillant les cheveux vermeils
Des planètes et des soleils,
Se croisent la foudre et les aigles.

Jusqu'à ces éthers pleins de bruit,
Où, mêlant dans l'affreuse nuit
Leurs haleines exténuées,
Les autans ivres de courroux
Dorment, échevelés et fous,
Sur les seins pâles des nuées.

" Plus haut encor, jusqu'au ciel pur !
Jusqu'à ce lapis dont l'azur
Couvre notre prison mouvante !
Jusqu'à ces rouges Orients
Où marchent des Dieux flamboyants,
Fous de colère et d'épouvante.

" Plus loin ! plus haut ! je vois encor
Des boursiers à lunettes d'or,
Des critiques, des demoiselles
Et des réalistes en feu.
Plus haut ! plus loin ! de l'air ! du bleu !
Des ailes ! des ailes ! des ailes ! "

Enfin, de son vil échafaud,
Le clown sauta si haut, si haut
Qu'il creva le plafond de toiles
Au son du cor et du tambour,
Et, le coeur dévoré d'amour,

Alla rouler dans les étoiles.





  • Théodore de BANVILLE   (1823-1891)
cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par LARA BAÏKAL le Jeu 16 Nov - 16:56

Merci Cessybo, je connaissais de noms l'auteur mais pas ce poème, sans doute un vague souvenir d'école Smile

_________________
Quand l'injustice devient une loi, la résistance devient un devoir.
When Injustice becomes law, resistance becomes duty
Jefferson. 
LARA BAÏKAL
LARA BAÏKAL
Admin

Messages : 33156
Date d'inscription : 11/03/2015

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par Sand le Jeu 16 Nov - 17:06

Moi, j'ai gardé en mémoire uniquement cette poésie, d'Albert Samain, qui me faisait rêver quand j'étais adolescente.


Mon âme est une infante

Mon Ame est une infante en robe de parade,
Dont l'exil se reflète, éternel et royal,
Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade.

Aux pieds de son fauteuil, allongés noblement,
Deux lévriers d'Écosse aux yeux mélancoliques
Chassent, quand il lui plaît, les bêtes symboliques
Dans la forêt du Rêve et de l'Enchantement.

Son page favori, qui s'appelle Naguère,
Lui lit d'ensorcelants poèmes à mi-voix,
Cependant qu'immobile, une tulipe aux doigts,
Elle écoute mourir en elle leur mystère...

Le parc alentour d'elle étend ses frondaisons,
Ses marbres, ses bassins, ses rampes à balustres ;
Et, grave, elle s'enivre à ces songes illustres
Que recèlent pour nous les nobles horizons.

Elle est là résignée, et douce, et sans surprise,
Sachant trop pour lutter comme tout est fatal,
Et se sentant, malgré quelque dédain natal,
Sensible à la pitié comme l'onde à la brise.

Elle est là résignée, et douce en ses sanglots,
Plus sombre seulement quand elle évoque en songe
Quelque Armada sombrée à l'éternel mensonge,
Et tant de beaux espoirs endormis sous les flots.

Des soirs trop lourds de pourpre où sa fierté soupire,
Les portraits de Van Dyck aux beaux doigts longs et purs,
Pâles en velours noir sur l'or vieilli des murs,
En leurs grands airs défunts la font rêver d'empire.

Les vieux mirages d'or ont dissipé son deuil,
Et, dans les visions où son ennui s'échappe,
Soudain - gloire ou soleil -un rayon qui la frappe
Allume en elle tous les rubis de l'orgueil.

Mais d'un sourire triste elle apaise ces fièvres ;
El, redoutant la foule aux tumultes de fer,
Elle écoute la vie - au loin - comme la mer...
Et le secret se lait plus profond sur ses lèvres.

Rien n'émeut d'un frisson l'eau pâle de ses yeux,
Où s'est assis l'Esprit voilé des Villes mortes ;
El par les salles, où sans bruit tournent les portes,
Elle va, s'enchantant de mots mystérieux.

L'eau vaine des jets d'eau là-bas tombe en cascade,
Et, pâle à la croisée, une tulipe aux doigts,
Elle est là, reflétée aux miroirs d'autrefois,
Ainsi qu'une galère oubliée en la rade.

Mon Ame est une infante en robe de parade.

_________________



 Laughing







Sand

Messages : 259
Date d'inscription : 09/04/2017

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par cessybo le Jeu 16 Nov - 17:25

Pour répondre à Lara,
Théodore de Banville n'a sans doute pas eu le succès qu'il méritait. Il ne tient pas une grande place dans les manuels de littérature française. Son œuvre est pourtant importante.
Baudelaire disait de lui :
"Il  est lumineux. Sa poésie représente les heures heureuses."

Sand, je suis heureux de te lire. Je me suis souvent senti un peu seul sur ce fil.
J'aime bien Albert Samain. Beaucoup de ses poèmes ont été mis en musique.
cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par Sand le Jeu 16 Nov - 18:03

En plus de mon journal, j'ai écrit beaucoup de poèmes entre 14 et 15 ans. Un jour, j'ai tout brulé.

_________________



 Laughing







Sand

Messages : 259
Date d'inscription : 09/04/2017

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par cessybo le Jeu 16 Nov - 18:32

Sand a écrit:En plus de mon journal, j'ai écrit beaucoup de poèmes entre 14 et 15 ans. Un jour, j'ai tout brulé.


Quel dommage ! Ils auraient constitué pour toi des points de repère qui t'auraient aidé à te remémorer des évènements que tu as peut-être oubliés ?
cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par Sand le Jeu 16 Nov - 20:19

J'ai une mémoire fantastique que je travaille. Mes souvenirs remontent à mes deux ans et peut-être même avant. Je peux décrire tous les appartements où j'ai vécu, le papier peint sur les murs, le nom des gens que je côtoyais, ce que je pensais, une écharpe pendue à un porte-manteau, la robe de chambre de ma mère (morte quand j'avais deux ans) quand on m'emmenait la voir à l'hôpital, l'ours en peluche que mon père m'avait offert et qui a été oublié dans un restaurant qu'il avait fallu quitter rapidement à cause du couvre-feu. Je peux donner le nom de mes camarades de classe depuis le CE1 ainsi que ceux de leurs frères et sœurs, nombreux à l'époque. Je me souviens même très clairement de détails insignifiants.
Je ne souhaitais pas qu'on puisse un jour lire mon journal. J'en avais plusieurs carnets.
Parfois mon mari déplore que je n'oublie rien rigolo Alors que lui a tendance à oublier les "misères" que j'ai pu lui faire.

_________________



 Laughing







Sand

Messages : 259
Date d'inscription : 09/04/2017

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par cessybo le Jeu 16 Nov - 20:43

Recueil de poésies - Page 4 1435375633  Sand !

J'avais, moi aussi, une très bonne mémoire, mais elle s'est diluée avec le temps et j'ai bien du mal à faire resurgir des épisodes quelquefois importants de mon enfance.
cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par LARA BAÏKAL le Jeu 16 Nov - 20:47

Moi, je remonte mes souvenirs avant de marcher comme quoi:)
Des détails qui parfois sont amusants quand je les décris pour ceux qui les ont aussi connu Smile J'espère ne jamais perdre la mémoire et la garder jusqu'au bout Smile

_________________
Quand l'injustice devient une loi, la résistance devient un devoir.
When Injustice becomes law, resistance becomes duty
Jefferson. 
LARA BAÏKAL
LARA BAÏKAL
Admin

Messages : 33156
Date d'inscription : 11/03/2015

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Albert Samain

Message par cessybo le Ven 17 Nov - 15:49

Les sirènes




Recueil : Au jardin de l'infante (1893).


Les Sirènes chantaient... Là-bas, vers les îlots,
Une harpe d'amour soupirait, infinie ;
Les flots voluptueux ruisselaient d'harmonie
Et des larmes montaient aux yeux des matelots.

Les Sirènes chantaient... Là-bas, vers les rochers,
Une haleine de fleurs alanguissait les voiles ;
Et le ciel reflété dans les flots pleins d'étoiles
Versait tout son azur en l'âme des nochers,

Les Sirènes chantaient... Plus tendres à présent,
Leurs voix d'amour pleuraient des larmes dans la brise,
Et c'était une extase où le cœur plein se brise,
Comme un fruit mûr qui s'ouvre au soir d'un jour pesant !

Vers les lointains, fleuris de jardins vaporeux,
Le vaisseau s'en allait, enveloppé de rêves ;
Et là-bas — visions — sur l'or pâle des grèves
Ondulaient vaguement des torses amoureux.

Diaphanes blancheurs dans la nuit émergeant,
Les Sirènes venaient, lentes, tordant leurs queues
Souples, et sous la lune, au long des vagues bleues,
Roulaient et déroulaient leurs volutes d'argent.

Les nacres de leurs chairs sous un liquide émail
Chatoyaient, ruisselant de perles cristallines,
Et leurs seins nus, cambrant leurs rondeurs opalines,
Tendaient lascivement des pointes de corail.

Leurs bras nus suppliants s'ouvraient, immaculés ;
Leurs cheveux blonds flottaient, emmêlés d'algues vertes,
Et, le col renversé, les narines ouvertes,
Elles offraient le ciel dans leurs yeux étoilés !...

Des lyres se mouraient dans l'air harmonieux ;
Suprême, une langueur s'exhalait des calices,
Et les marins pâmés sentaient, lentes délices,
Des velours de baisers se poser sur leurs yeux...

Jusqu'au bout, aux mortels condamnés par le sort,
Chœur fatal et divin, elles faisaient cortège ;
Et, doucement captif entre leurs bras de neige,
Le vaisseau descendait, radieux, dans la mort !

La nuit tiède embaumait...Là-bas, vers les îlots,
Une harpe d'amour soupirait, infinie ;
Et la mer, déroulant ses vagues d'harmonie,
Étendait son linceul bleu sur les matelots.

Les Sirènes chantaient... Mais le temps est passé
Des beaux trépas cueillis en les Syrtes sereines,
Où l'on pouvait mourir aux lèvres des Sirènes,
Et pour jamais dormir sur son rêve enlacé.


Albert Samain. (1858-1900)          

cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par mareaction le Ven 17 Nov - 16:03

Sand a écrit:J'ai une mémoire fantastique que je travaille. Mes souvenirs remontent à mes deux ans et peut-être même avant. Je peux décrire tous les appartements où j'ai vécu, le papier peint sur les murs, le nom des gens que je côtoyais, ce que je pensais, une écharpe pendue à un porte-manteau, la robe de chambre de ma mère (morte quand j'avais deux ans) quand on m'emmenait la voir à l'hôpital, l'ours en peluche que mon père m'avait offert et qui a été oublié dans un restaurant qu'il avait fallu quitter rapidement à cause du couvre-feu. Je peux donner le nom de mes camarades de classe depuis le CE1 ainsi que ceux de leurs frères et sœurs, nombreux à l'époque. Je me souviens même très clairement de détails insignifiants.
Je ne souhaitais pas qu'on puisse un jour lire mon journal. J'en avais plusieurs carnets.
Parfois mon mari déplore que je n'oublie rien rigolo Alors que lui a tendance à oublier les "misères" que j'ai pu lui faire.
C'est une grande chance Sand, déjà pour l'école! puis pour le restant de la vie active!
J'ai assez de mémoire, mais comme Cessybo, avec l'age, elle se dilue et j'oublie surtout "les misères" que l'on a pu me faire!

_________________
La seule chose que le socialisme ait jamais faite pour les pauvres est leur donner beaucoup de compagnie.
Lawrence W. Reed  

mareaction
mareaction

Messages : 14840
Date d'inscription : 12/03/2015
Localisation : Provence

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Souvenirs, souvenirs...

Message par cessybo le Ven 17 Nov - 17:31

Mareaction écrit :
C'est une grande chance Sand, déjà pour l'école! puis pour le restant de la vie active!
J'ai assez de mémoire, mais comme Cessybo, avec l'age, elle se dilue et j'oublie surtout "les misères" que l'on a pu me faire!


Étant donné que mon enfance n'a pas été une partie de plaisir (mais je n'étais pas une exception, tous les enfants d'agriculteurs connaissaient le même sort, en Limousin, à cette époque !) je me suis souvent demandé si je n'avais pas, plus ou moins inconsciemment, occulté cette partie de ma vie, pour privilégier les meilleurs souvenirs qui sont arrivés plus tard.
Parce que j'ai vraiment un vide, jusqu'à mes 8/10 ans. Et je n'ai pas d'explication logique de cette absence de souvenirs.
cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par LARA BAÏKAL le Ven 17 Nov - 17:34

C'est fort probable, les enfants ont la capacité de mettre de côté les souvenirs dérangeants pour les faire resurgir plus tard quelquefois.

_________________
Quand l'injustice devient une loi, la résistance devient un devoir.
When Injustice becomes law, resistance becomes duty
Jefferson. 
LARA BAÏKAL
LARA BAÏKAL
Admin

Messages : 33156
Date d'inscription : 11/03/2015

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par mareaction le Ven 17 Nov - 18:21

cessybo a écrit:


Étant donné que mon enfance n'a pas été une partie de plaisir (mais je n'étais pas une exception, tous les enfants d'agriculteurs connaissaient le même sort, en Limousin, à cette époque !) je me suis souvent demandé si je n'avais pas, plus ou moins inconsciemment, occulté cette partie de ma vie, pour privilégier les meilleurs souvenirs qui sont arrivés plus tard.
Parce que j'ai vraiment un vide, jusqu'à mes 8/10 ans. Et je n'ai pas d'explication logique de cette absence de souvenirs.
Je suis également fils d'agriculteur, faut dire que nos parents nous ont mis au travail pénible, très tôt, 
Maintenant les souvenirs d'enfances, notre grand à un moment avait demandé à voir un psy, ne se souvenant pas du tout de la période avant que nous l'ayons, la psy nous avait dit "c'est normal, le cerveau très souvent occulte les moments douloureux"! maintenant à 44 ans il se souvient des brides mais pas tout, idem pour son Frère, qui avait 2 ans de moins, mais qui avait été plus balloté!

_________________
La seule chose que le socialisme ait jamais faite pour les pauvres est leur donner beaucoup de compagnie.
Lawrence W. Reed  

mareaction
mareaction

Messages : 14840
Date d'inscription : 12/03/2015
Localisation : Provence

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Aristide Bruant - Pour changer un peu de style

Message par cessybo le Lun 20 Nov - 11:26

Sans aucun doute le plus connu des chansonniers de "La belle Époque", Aristide Bruant est né à Courtenay dans le Loiret (45), le 6 mai 1851 et est mort à Paris le 11 février 1925.

Né dans la bourgeoisie, des revers de fortune ont fait qu'il s'est retrouvé apprenti bijoutier à 17 ans mais pas pour longtemps :

En 1870, à dix-neuf ans, il s'est transformé (ou on l'a transformé) en franc-tireur dans l'armée de Napoléon III mais encore là, pas pour longtemps.

En 1871, démobilisé, il entre au service de la Compagnie des chemins de fer du Nord.

Recueil de poésies - Page 4 Bruant_aristide3

Dès lors, il se met à composer des chansons puis, vers 1873, il s'essaie à la scène : au Concert des Amandiers, au Café-concert Dorel à Nogent, etc. sauf que sa véritable carrière ne débutera que huit ans plus tard quand il rejoint, en 1881, Rodolphe Salis dans son célèbre Chat Noir et lorsque ce dernier déménage son cabaret du boulevard Rochechouart à la rue Victor-Massé, il retape le local qu'il rebaptise le Mirliton.

Le soir de l'ouverture, il n'y a que trois clients et Bruant, dépité, se met à les invectiver. Cette manière d'accueillir les clients fait vite sa renommée et le voilà lancé.

Les affiches qu'il commande à son ami Toulouse-Lautrec le rendent célèbre tout en assurant la notoriété de ce dernier.

En 1895, il abandonne son cabaret (ou s'y fait remplacer par des doublures) et part en tournée en France et à l'étranger (en Afrique, notamment).

Riche et célèbre il se retire peu à peu pour se consacrer à l'écriture mais non sans revenir à l'occasion donner des spectacles et ce, jusqu'en 1924 où, un an avant sa mort, il fait à nouveau triomphe.

Sa carrure, sa présence sur scène, sa voix rauque mais puissante de même que ses chansons populaires ont fait de lui un des plus importants auteurs-compositeurs-interprètes de son époque.

De lui, nous reste que des photos, d'inoubliables affiches (quand même) et un tout petit bout de film où l'on aperçoit, avec son large chapeau dans le cadrage d'une fenêtre mais - et c'est là où il nous a laissé une trace indélébile de son passage .



A la bastoche



 



Il était né près du canal
Par là... dans l'quartier d'l'Arsenal
Sa maman, qu'avait pas d'mari,
L'appelait son petit Henri...
Mais on l'appelait la Filoche,
A la Bastoche.

I'n'faisait pas sa société
Du génie de la liberté,
I' n'était pas républicain,
Il était l'ami du rouquin
Et le p'tit homme à la Méloche,
A la Bastoche.








 







A c'tte époqu'-là, c'était l'bon temps :
La Méloche avait dix-huit ans,
Et la Filoche était rupin :
Il allait des fois en sapin,
Il avait du jonc dans sa poche,
A la Bastoche.

Mais ça peut pas durer toujours,
Après la saison des amours
C'est la mistoufle, et ben souvent,
Faut s'les caler avec du vent
Filer la comète et la cloche,
A la Bastoche.

Un soir qu'il avait pas mangé,
Qu'i rôdait comme un enragé,
Il a, pour barboter l'quibus,
D'un conducteur des omnibus,
Crevé la panse et la sacoche,
A la Bastoche.

Et sur la bascule à Charlot,
Il a payé sans dire un mot :
A la Roquette, un beau matin,
Il a fait voir à ceux d'Pantin,
Comment savait mourir un broche
De la Bastoche !

Il était né près du canal
Par là... dans l'quartier d'l'Arsenal
Sa maman, qu'avait pas d'mari,
L'appelait son petit Henri...
Mais on l'appelait la Filoche,
A la Bastoche.








 







Aristide Bruant









cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Peu connu : Victor Hugo

Message par cessybo le Mer 20 Déc - 17:41

 J'ai mal dormi

Recueil : Les chansons des rues et des bois (1865)
.


J'ai mal dormi. C'est votre faute.
'ai rêvé que, sur des sommets,
Nous nous promenions côte à côte,
Et vous chantiez, et tu m'aimais.

Mes dix-neuf ans étaient la fête
Qu'en frissonnant je vous offrais ;
Vous étiez belle et j'étais bête
Au fond des bois sombres et frais.

Je m'abandonnais aux ivresse ;
Au-dessus de mon front vivant
Je voyais fuir les molles tresses
De l'aube, du rêve et du vent.

J'étais ébloui, beau, superbe ;
Je voyais des jardins de feu,
Des nids dans l'air, des fleurs dans l'herbe,
Et dans un immense éclair, Dieu.

Mon sang murmurait dans mes tempes
Une chanson que j'entendais ;
Les planètes étaient mes lampes ;
J'étais archange sous un dais.

Car la jeunesse est admirable,
La joie emplit nos seins hardis ;
Et la femme est le divin diable
Qui taquine ce paradis.

Elle tient un fruit qu'elle achève
Et qu'elle mord, ange et tyran ;
Ce qu'on nomme la pomme d'Ève,
Tristes cieux ! c'est le coeur d'Adam.

J'ai toute la nuit eu la fièvre.
Je vous adorais en dormant ;
Le mot amour sur votre lèvre
Faisait un vague flamboiement.

Pareille à la vague où l'oeil plonge,
Votre gorge m'apparaissait
Dans une nudité de songe,
Avec une étoile au corset.

Je voyais vos jupes de soie,
Votre beauté, votre blancheur ;
J'ai jusqu'à l'aube été la proie
De ce rêve mauvais coucheur.

Vous aviez cet air qui m'enchante ;
Vous me quittiez, vous me preniez ;
Vous changiez d'amours, plus méchante
Que les tigres calomniés.

Nos âmes se sont dénouées,
Et moi, de souffrir j'étais las ;
Je me mourais dans des nuées
Où je t'entendais rire, hélas !

Je me réveille, et ma ressource
C'est de ne plus penser à vous,
Madame, et de fermer la source
Des songes sinistres et doux.

Maintenant, calmé, je regarde,
Pour oublier d'être jaloux,
Un tableau qui dans ma mansarde
Suspend Venise à quatre clous.

C'est un cadre ancien qu'illumine,
Sous de grands arbres, jadis verts,
Un soleil d'assez bonne mine
Quoique un peu mangé par les vers.

Le paysage est plein d'amantes,
Et du vieux sourire effacé
De toutes les femmes charmantes
Et cruelles du temps passé.

Sans les éteindre, les années
Ont couvert de molles pâleurs
Les robes vaguement traînées
Dans de la lumière et des fleurs.

Un bateau passe. Il porte un groupe
Où chante un prélat violet ;
L'ombre des branches se découpe
Sur le plafond du tendelet.

À terre, un pâtre, aimé des muses,
Qui n'a que la peau sur les os,
Regarde des choses confuses
Dans le profond ciel, plein d'oiseaux.


Victor Hugo.
          
cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Il n'est jamais trop tard

Message par cessybo le Jeu 4 Jan - 22:13

Le Nouvel An




Le matin des étrennes


Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun , pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quel songe étrange où l'on voyait joujoux,
Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux,


Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux,puis reparaître encore !
On s'éveillait matin, on se levait joyeux ,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux ...


On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
Et les petits pieds nus effleurant le plancher,


Aux portes des parents tout doucement toucher ...
On entrait ! ...puis alors les souhaits ... en chemise,
Les baisers répétés, et la gaieté permise !



Arthur Rimbaud

Recueil de poésies - Page 4 Post-110
cessybo
cessybo

Messages : 12245
Date d'inscription : 02/03/2017
Localisation : Région Genevoise, côté Français.

Revenir en haut Aller en bas

Recueil de poésies - Page 4 Empty Re: Recueil de poésies

Message par LARA le Ven 5 Jan - 17:10

Merci Cessybo, je ne connaissais pas du tout cette poesie d Arthur Rimbaud, une bonne idee pour commencer ma journee  Very Happy
LARA
LARA
Admin

Messages : 655
Date d'inscription : 12/03/2015

Revenir en haut Aller en bas

Page 4 sur 6 Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum