Recueil de poésies

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La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf

Message par Invité le Lun 3 Juil - 18:25

.
La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf

Une Grenouille vit un Boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un oeuf,
Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille,
Pour égaler l'animal en grosseur,
Disant : "Regardez bien, ma soeur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suis-je point encore ?
- Nenni. - M'y voici donc ? - Point du tout. - M'y voilà ?
- Vous n'en approchez point. "La chétive pécore
S'enfla si bien qu'elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.





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Yves Duteil

Message par cessybo le Lun 10 Juil - 20:57

Fallait-il donner la préférence au chanteur ou au poète ?
J'ai choisi le poète.


Regard impressionniste







 

Il y avait au jardin des bouquets de lumière
Le soleil traversait les couleurs du sous-bois
Au bord du bel étang un pêcheur solitaire
S'endormait doucement, sa canne entre les bras

C'était un jour d'été, léger comme un dimanche
L'air était transparent sous le feuillage clair
Le bonheur était là, paisible, entre les branches
Et les reflets mouvants des arbres et des fougères

Le soleil inondait le bord de la rivière
Des couples enlacés dansaient sur le ponton
Près des tables encombrées de bouteilles et de verres
Des guirlandes accrochées croulaient sous les balcons

Une femme debout regardait quelque chose
Une lueur magique au fond de son regard
Son bras disparaissait sous un bouquet de roses
Elle était appuyée sur un divan bizarre









C'était au Grand Palais, sur des toiles de maîtres
Il y avait un Monet et deux ou trois Renoir
Le cœur dans les tableaux je me sentais renaître
Et en fermant les yeux je pourrais les revoir

Le monde a la beauté du regard qu'on y pose
Le jardin de Monet, le soleil de Renoir
Ne sont que le reflet de leur vision des choses
Dont chacun d'entre nous peut être le miroir

La vie nous peint les jours au hasard du voyage
En amour en douleur ou en mélancolie
C'est un peu de ce temps qu'on laisse en héritage
Enrichi du regard qu'on a posé sur lui.








Yves Duteil






cessybo

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Apollinaire : Si je mourrais là-bas

Message par cessybo le Lun 24 Juil - 18:48




Ecrit du front par Apollinaire à Louise de Coligny-Chatillon (Poème à Lou).
Mis en musique et interprété par Jean FERRAT
Une des plus belles, pourtant une des moins connues de celui qui a surtout chanté Aragon...



Si je mourais là-bas...

Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
 
Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier
 
Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
 
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté
 
Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
— Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
 
Ô mon unique amour et ma grande folie

Guillaume Apollinaire
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Re: Recueil de poésies

Message par vigillante le Lun 24 Juil - 20:36

De moi...........

Le Survivant


Elle arrivait de loin,cette armée en déroute,
guerriers à bout de force,et chevaux épuisés….
Il ne leur restait rien,même plus une goutte
D’eau fraîche au fond des gourdes ,pour se désaltérer……..


Ils avaient oublié les causes d’une guerre,
Les raisons pour lesquelles ils avaient tout donné !
Leur force,leur courage,et leur sang « sabre au clair »
Mais ils étaient debout,l’honneur était sauvé !


Ils laissaient derrière eux nombre de camarades
Qui n’avaient pas cédé un pouce de terrain ;
Mais qui étaient tombés,et la sombre Camarde
Les avait emportés dans ses terribles mains…….


Ils revenaient vainqueurs d’une guerre in utile
Perdus,désabusés,fatigués et vieillis ;
Traînant sous le soleil,suant sous les guenilles,
Se laissant emporter,très loin,vers l’infini……..


Ces valeureux guerriers d’une armée en déroute
Allaient devoir porter pour eux et leurs enfants,
La charge d’une histoire,et une vie de doute……
Ce sera difficile d’être « le survivant » !
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I will survive.

Message par cessybo le Lun 24 Juil - 20:48

Félicitations, Vigillante.

L'inspiration est assez mélancolique, mais le rythme des vers est bon et les rimes sonnent bien.
C'est une poésie de qualité.
En écris-tu souvent ? Si oui, as-tu songer à être éditée ?

J'ai bien aimé.
Merci de nous avoir invité à partager ta création.
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Re: Recueil de poésies

Message par vigillante le Lun 24 Juil - 21:09

J'ecris assez souvent,mais comme ça,par pulsion;donc je ne reviens pas assez ,mais je n'aime pas non plus fignoler;j'aime ce côté instinctif,pq plus personnel!
et je n'ai pas de style propre;je peux écrire un texte de chanson, ou j'ai fait une fois à la demande d'une amie une "comédie musicale" pour petiots ,ou ds un jardin enchanté,les vilains légumes se moquaient du gentil lapin...........Merci de votre appréciation!
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Re: Recueil de poésies

Message par mareaction le Mar 25 Juil - 7:24

cessybo a écrit:Félicitations, Vigillante.

L'inspiration est assez mélancolique, mais le rythme des vers est bon et les rimes sonnent bien.
C'est une poésie de qualité.
En écris-tu souvent ? Si oui, as-tu songer à être éditée ?

J'ai bien aimé.
Merci de nous avoir invité à partager ta création.
Elle a toujours écrit de beaux textes, oui elle mériterait souvent d'être publiée!

_________________
La seule chose que le socialisme ait jamais faite pour les pauvres est leur donner beaucoup de compagnie.
Lawrence W. Reed  

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Re: Recueil de poésies

Message par vigillante le Mar 25 Juil - 8:14

Je réalise que j'ai osé poser un poème de rimailleuse après Apollinaire............
Heureusement que le ridicule ne tue pas!
Merci de votre indulgence!
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Re: Recueil de poésies

Message par cessybo le Mar 25 Juil - 11:22

vigillante a écrit:Je réalise que j'ai osé poser un poème de rimailleuse après Apollinaire............
Heureusement que le ridicule ne tue pas!
Merci de votre indulgence!


Vigillante, je confirme mon point de vue. Je vais souvent sur des sites où des poètes amateurs proposent leurs œuvres.
Quelquefois, l'idée est bonne, mais elle aurait mérité un meilleur sort. Les règles de la versification ne sont pas respectées,  les rimes sont très approximatives, il y a des fautes d'orthographe... etc...
J'ai bien aimé ton poème et je t'encourage à continuer.
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Re: Recueil de poésies

Message par vigillante le Jeu 27 Juil - 10:02

Cessybo,sur ce m^me fil,descendez une vingtaine de lignes,jusqu'à Vigillante, ma vie de grenier...........autre forme d’expression!
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Re: Recueil de poésies

Message par cessybo le Jeu 27 Juil - 10:22

vigillante a écrit:Cessybo,sur ce m^me fil,descendez une vingtaine de lignes,jusqu'à Vigillante, ma vie de grenier...........autre forme d’expression!


Désolé, Vigillante, je ne l'ai pas trouvée.  ( ? )
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Re: Recueil de poésies

Message par vigillante le Jeu 27 Juil - 10:46

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Poésies

Message par cessybo le Jeu 27 Juil - 11:05

Merci Vigillante,

J'ai également apprécié ces deux nouvelles poésies.
Ma présence sur le forum est assez intermittente. Je n'arrive pas à tout lire.
Tu sais quoi ?

J'ai ouvert un fichier à ton nom et j'y ai enregistré ces 3 poésies.
C'est un plaisir de te lire.

Si tu en publies d'autres sur le forum, ce serait sympa de me le signaler, au cas où je ne les aurais pas vues.

Bravo !
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Re: Recueil de poésies

Message par vigillante le Jeu 27 Juil - 11:23

Trop gentil,Cessybo!
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Re: Recueil de poésies

Message par Alexandrine le Sam 29 Juil - 8:36


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Rainer Maria Rilke – Pour écrire un seul vers (1910) - Poème en prose

Message par cessybo le Dim 30 Juil - 20:53




Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.
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Nuit du 4 aout 1789 : Abolition des privilèges

Message par cessybo le Ven 4 Aoû - 21:50

Souvenir de la nuit du 4


L'enfant avait reçu deux balles dans la tête.
Le logis était propre, humble, paisible, honnête ;
On voyait un rameau bénit sur un portrait.
Une vieille grand-mère était là qui pleurait.
Nous le déshabillions en silence. Sa bouche,
Pâle, s'ouvrait ; la mort noyait son oeil farouche ;
Ses bras pendants semblaient demander des appuis.
Il avait dans sa poche une toupie en buis.
On pouvait mettre un doigt dans les trous de ses plaies.
Avez-vous vu saigner la mûre dans les haies ?
Son crâne était ouvert comme un bois qui se fend.
L'aïeule regarda déshabiller l'enfant,
Disant : - comme il est blanc ! approchez donc la lampe.
Dieu ! ses pauvres cheveux sont collés sur sa tempe ! -
Et quand ce fut fini, le prit sur ses genoux.
La nuit était lugubre ; on entendait des coups
De fusil dans la rue où l'on en tuait d'autres.
- Il faut ensevelir l'enfant, dirent les nôtres.
Et l'on prit un drap blanc dans l'armoire en noyer.
L'aïeule cependant l'approchait du foyer
Comme pour réchauffer ses membres déjà roides.
Hélas ! ce que la mort touche de ses mains froides
Ne se réchauffe plus aux foyers d'ici-bas !
Elle pencha la tête et lui tira ses bas,
Et dans ses vieilles mains prit les pieds du cadavre.
- Est-ce que ce n'est pas une chose qui navre !
Cria-t-elle ; monsieur, il n'avait pas huit ans !
Ses maîtres, il allait en classe, étaient contents.
Monsieur, quand il fallait que je fisse une lettre,
C'est lui qui l'écrivait. Est-ce qu'on va se mettre
A tuer les enfants maintenant ? Ah ! mon Dieu !
On est donc des brigands ! Je vous demande un peu,
Il jouait ce matin, là, devant la fenêtre !
Dire qu'ils m'ont tué ce pauvre petit être !
Il passait dans la rue, ils ont tiré dessus.
Monsieur, il était bon et doux comme un Jésus.
Moi je suis vieille, il est tout simple que je parte ;
Cela n'aurait rien fait à monsieur Bonaparte
De me tuer au lieu de tuer mon enfant ! -
Elle s'interrompit, les sanglots l'étouffant,
Puis elle dit, et tous pleuraient près de l'aïeule :
- Que vais-je devenir à présent toute seule ?
Expliquez-moi cela, vous autres, aujourd'hui.
Hélas ! je n'avais plus de sa mère que lui.
Pourquoi l'a-t-on tué ? Je veux qu'on me l'explique.
L'enfant n'a pas crié vive la République. -

Nous nous taisions, debout et graves, chapeau bas,
Tremblant devant ce deuil qu'on ne console pas.

Vous ne compreniez point, mère, la politique.
Monsieur Napoléon, c'est son nom authentique,
Est pauvre, et même prince ; il aime les palais ;
Il lui convient d'avoir des chevaux, des valets,
De l'argent pour son jeu, sa table, son alcôve,
Ses chasses ; par la même occasion, il sauve
La famille, l'église et la société ;
Il veut avoir Saint-Cloud, plein de roses l'été,
Où viendront l'adorer les préfets et les maires ;
C'est pour cela qu'il faut que les vieilles grand-mères,
De leurs pauvres doigts gris que fait trembler le temps,
Cousent dans le linceul des enfants de sept ans.


Victor HUGO   (1802-1885)
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La mort d'un père (Poésies diverses - 1814)

Message par cessybo le Sam 5 Aoû - 18:56

Hélas ! après dix ans je revois la journée
Où l'âme d'un père aux cieux est retournée.
L'heure sonne : j'écoute... ô regrets ! ô douleurs !
Quand cette heure eut sonné, je n'avais plus de père.
On retenait mes pas loin du lit funéraire ;
On me disait : « Il dort », et je versais des pleurs.

Mais du temple voisin quand la cloche sacrée
Annonça qu'un mortel avait quitté le jour,
Chaque son retentit dans mon âme navrée,
Et je crus mourir à mon tour.
Tout ce qui m'entourait me racontait ma perte :
Quand la nuit dans les airs jeta son crêpe noir,
Mon père à ses côtés ne me fit plus asseoir,
Et j'attendis en vain à sa place déserte
Une tendre caresse et le baiser du soir.

Je voyais l'ombre auguste et chère
M'apparaître toutes les nuits ;
Inconsolable en mes ennuis,
Je pleurais tous les jours, même auprès de ma mère
Ce long regret, dix ans ne l'ont point adouci !
Je ne puis voir un fils dans les bras de son père
Sans dire en soupirant : « J'avais un père aussi ! »
Son image est toujours présente à ma tendresse.
Ah ! quand la pâle automne aura jauni les bois,
Ô mon père ! je veux promener ma tristesse
Aux lieux où je te vis pour la dernière fois.
Sur ces bords que la Somme arrose,
J'irai chercher l'asile où ta cendre repose :
J'irai d'une modeste fleur
Orner ta tombe respectée,
Et sur la pierre, encor de larmes humectée,
Redire ce chant de douleur.


Charles Hubert Millevoye.

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Rimbaud & Ferré

Message par cessybo le Ven 11 Aoû - 11:09

Roman

I

On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

II

- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...

III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
- Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire !...

- Ce soir-là..., - vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.


Arthur RIMBAUD   (1854-1891)


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Re: Recueil de poésies

Message par LARA BAÏKAL le Ven 11 Aoû - 11:18

Merci pour cette belle poésie, celle-ci je ne la connaissais pas  Smile


J'ai eu la chance au collège d'avoir une professeure passionnée de poésie française qui nous a initié aux poésies de Baudelaire, Verlaine, Apolinaire, Rimbaud, Prévert et bien d'autres encore.


Je doute que des enseignants de cette qualité puissent encore exister de nos jours.

_________________
Quand l'injustice devient une loi, la résistance devient un devoir.
When Injustice becomes law, resistance becomes duty

Jefferson. 
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Re: Recueil de poésies

Message par cessybo le Ven 11 Aoû - 12:02

Moi aussi, j'en doute, mais il doit bien y avoir quelques exceptions par ci, par là.

Pour ce qui me concerne, le gout pour la poésie m'est venu après le lycée.
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Re: Recueil de poésies

Message par Alexandrine le Ven 18 Aoû - 11:05

Sommes-nous vivants
Sommes-nous faits de fer et sang
Sommes- nous fait d’eau et vents
Sommes-nous clones du néant
où est le feu de nos membres
Mes doigts de nicotine bougent encore
Ma rage intacte brise les serrures
Une longue maladie dévore mon corps
Mon âme est un moine en robe de bure
Sommes-nous vivants.
J’entends le doux rire de l’ami Cioran
rue de l’Odéon crépuscule de nombre
La chute dans le temps
et la tonique écriture.


André Laude – Sommes-nous vivants ?







  Laude, la poésie devait accompagner le 
« développement social et humain vers la justice et le plus de liberté possible » ;
 elle pouvait « créer de l’être ensemble ».
 L’homme, qui se décrivait comme un écrivain la corde au cou, fut opposant à la guerre d’Algérie, emprisonné durant un an, torturé par des parachutistes ;
 on le retrouva ensuite à Cuba puis en Algérie, sous le nouveau régime de Ben Bella. Il était anarchiste, communiste libertaire ;
 il jurait pisser de l’encre et du sang.

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Re: Recueil de poésies

Message par vigillante le Dim 20 Aoû - 8:46

Je suis tjrs très touchée par ces poèmes qui traduisent une grande souffrance,de vraies blessures ,mais dites sans se plaindre,portés par la poésie,et bien reçus.........
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Re: Recueil de poésies

Message par Alexandrine le Dim 20 Aoû - 13:35

c'est  en  tout  cas  une  façon  philosophique  de  survivre  à  tout  !

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Louis Aragon

Message par cessybo le Dim 20 Aoû - 18:08

Je vous salue ma France ...

 
 Lorsque vous reviendrez car il faut revenir
 Il y aura des fleurs tant que vous en voudrez
 Il y aura des fleurs couleur de l'avenir
 Il y aura des fleurs lorsque vous reviendrez

 
 Vous prendrez votre place où les clartés sont douces
 Les enfants baiseront vos mains martyrisées
 Et tout à vos pieds las redeviendra de mousse
 Musique à votre cœur calme où vous reposer

 
 Haleine des jardins lorsque la nuit va naître
 Feuillages de l'été profondeur des prairies
 L'hirondelle tantôt qui vint sur la fenêtre
 Disait me semble-t-il Je vous salue Marie

 
 Je vous salue ma France arrachée aux fantômes
 O rendue à la paix Vaisseau sauvé des eaux
 Pays qui chante Orléans Beaugency Vendôme
 Cloches cloches sonnez l'angélus des oiseaux

 
 Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle
 Jamais trop mon tourment mon amour jamais trop
 Ma France mon ancienne et nouvelle querelle
 Sol semé de héros ciel plein de passereaux

 
 Je vous salue ma France où les vents se calmèrent
 Ma France de toujours que la géographie
 Ouvre comme une paume aux souffles de la mer
 Pour que l'oiseau du large y vienne et se confie

 
 Je vous salue ma France où l'oiseau de passage
 De Lille à Roncevaux de Brest au Mont-Cenis
 Pour la première fois a fait l'apprentissage
 De ce qu'il peut coûter d'abandonner un nid

 
 Patrie également à la colombe ou l'aigle
 De l'audace et du chant doublement habitée
 Je vous salue ma France où les blés et les seigles
 Mûrissent au soleil de la diversité

 
 Je vous salue ma France où le peuple est habile
 A ces travaux qui font les jours émerveillés
 Et que l'on vient de loin saluer dans sa ville
 Paris mon cœur trois ans vainement fusillé

 
 Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe
 Cet arc-en-ciel témoin qu'il ne tonnera plus
 Liberté dont frémit le silence des harpes
 Ma France d'au-delà le déluge salut
 (Aout-septembre 1943)



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Poème truculent

Message par cessybo le Jeu 24 Aoû - 16:24

Madame, je vous donne un oiseau pour étrenne



Madame, je vous donne un oiseau pour étrenne
Duquel on ne saurait estimer la valeur ;
S'il vous vient quelque ennui, maladie ou douleur,
Il vous rendra soudain à votre aise et bien saine.

Il n'est mal d'estomac, colique ni migraine
Qu'il ne puisse guérir, mais sur tout il a l'heur
Que contre l'accident de la pâle couleur
Il porte avecque soi la drogue souveraine.

Une dame le vit dans ma main, l'autre jour
Qui me dit que c'était un perroquet d'amour,
Et dès lors m'en offrit bon nombre de monnoie

Des autres perroquets il diffère pourtant :
Car eux fuient la cage, et lui, il l'aime tant
Qu'il n'y est jamais mis qu'il n'en pleure de joie.











Poète, courtisan et bel esprit, Isaac de Benserade fut le protégé du cardinal de Richelieu, du duc de Brézé, de Mazarin et de Louis XIV et fut adulé par les milieux mondains de son époque. Pensionné à la hauteur de six cents livres par an par Richelieu, on lui doit une épitaphe humoristique à la mort de ce dernier :



Cy-gist, oui, gist, par la mort-bleu !
Le cardinal de Richelieu ;
Et ce qui cause mon ennui,
Ma pension avecque lui.
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Un grand parnassien : Leconte de Lisle

Message par cessybo le Jeu 31 Aoû - 17:50

Charles Leconte de Lisle

Né à Saint-Paul (France) le 22/10/1818 ; Mort à Voisins-le-Bretonneux (France) le 17/07/1894



Leconte de Lisle est né en 1818 à la Réunion, alors appelée île Bourbon. À 18 ans, il rejoint l'Hexagone pour étudier le droit. Lorsqu'il décide d'abandonner ses études pour s'adonner à sa passion pour la poésie, sa famille lui coupe les vivres. Il subsiste en donnant des cours particuliers et en faisant des traductions. Fervent républicain, ses écrits mêlent sa passion pour les mythes antiques aux nouvelles idées révolutionnaires.

En 1852, il publie un recueil de poésies, "Poèmes antiques". Dans la préface, il se présente comme le chef de file d'un nouveau mouvement littéraire, qui prône le retour aux sources antiques et la supériorité du beau sur l'utile : c'est ainsi qu'il fonde le Parnasse. Ce courant littéraire séduira notamment 
Villiers de L'Isle-Adam, ainsi que Mallarmé à ses débuts.

Leconte de Lisle a beaucoup écrit au cours de vie : il a composé des récits en prose, des essais et discours, et des pièces de théâtre. Mais il est surtout connu pour ses recueils poétiques. Il publiera deux autres recueils célèbres : "Poèmes barbares" en 1862, et "Poèmes tragiques" en 1884. Le recueil "Poèmes barbares" célèbre la beauté des paysages exotiques dans lesquels Leconte de Lisle a grandi. Ses poèmes sont ciselés, avec des vers réguliers soigneusement cadencés. En 1872, sous la IIIe république, il obtient un poste de bibliothécaire adjoint au Sénat, ce qui lui permet d'améliorer sa situation financière, longtemps instable. En 1886, il prend la succession de 
Victor Hugo à l'Académie française. Il meurt en 1894.


Nox



Sur la pente des monts les brises apaisées
Inclinent au sommeil les arbres onduleux ;
L'oiseau silencieux s'endort dans les rosées,
Et l'étoile a doré l'écume des flots bleus.

Au contour des ravins, sur les hauteurs sauvages,
Une molle vapeur efface les chemins ;
La lune tristement baigne les noirs feuillages ;
L'oreille n'entend plus les murmures humains.

Mais sur le sable au loin chante la Mer divine,
Et des hautes forêts gémit la grande voix,
Et l'air sonore, aux cieux que la nuit illumine,
Porte le chant des mers et le soupir des bois.

Montez, saintes rumeurs, paroles surhumaines
Entretien lent et doux de la Terre et du Ciel !
Montez, et demandez aux étoiles sereines
S'il est pour les atteindre un chemin éternel.

O mers, ô bois songeurs, voix pieuses du monde,
Vous m'avez répondu durant mes jours mauvais ;
Vous avez apaisé ma tristesse inféconde,
Et dans mon coeur aussi vous chantez à jamais !
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cessybo

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