Recueil de poésies

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Recueil de poésies - Page 5 Empty Il n'est jamais trop tard

Message par cessybo le Jeu 4 Jan - 22:13

Le Nouvel An




Le matin des étrennes


Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun , pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quel songe étrange où l'on voyait joujoux,
Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux,


Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux,puis reparaître encore !
On s'éveillait matin, on se levait joyeux ,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux ...


On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
Et les petits pieds nus effleurant le plancher,


Aux portes des parents tout doucement toucher ...
On entrait ! ...puis alors les souhaits ... en chemise,
Les baisers répétés, et la gaieté permise !



Arthur Rimbaud

Recueil de poésies - Page 5 Post-110

cessybo

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Recueil de poésies - Page 5 Empty Re: Recueil de poésies

Message par LARA le Ven 5 Jan - 17:10

Merci Cessybo, je ne connaissais pas du tout cette poesie d Arthur Rimbaud, une bonne idee pour commencer ma journee  Very Happy

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Recueil de poésies - Page 5 Empty DIEU et les Français

Message par cessybo le Lun 8 Jan - 15:26




« Dieu et les Français »
« Tels sont nos français, dit Dieu. Ils ne sont pas sans défauts. Il s’en faut. Ils ont même beaucoup de défauts. Ils ont plus de défauts que les autres.
Mais avec tous leurs défauts Je les aime encore mieux que tous les autres avec censément moins de défauts. Je les aime comme ils sont. Il n’y a que Moi dit Dieu, Qui suis sans défaut. Nos français sont comme tout le monde, dit Dieu. Peu de Saints, beaucoup de pécheurs. Un saint, trois pécheurs. Et trente pécheurs. Et trois cent pécheurs. Et plus. Mais j’aime mieux un saint qui a des défauts qu’un neutre qui n’en a pas. Or, ces français, comme ils sont, ce sont Mes meilleurs serviteurs…
Peuple, les peuples de la terre te disent léger. Parce que tu es un peuple prompt
Les peuples pharisiens te disent léger; Parce que tu es un peuple vite.
Tu es arrivé avant que les autres soient partis. Mais Moi, Je t’ai pesé, et je ne t’ai point trouvé léger. O peuple inventeur de la cathédrale, Je ne t’ai point trouvé léger en foi.
O peuple inventeur de la croisade, Je ne t’ai point trouvé léger en charité.
Quant à l’espérance il vaut mieux ne pas en parler. Il n’y en a que pour eux.


C’est embêtant, dit Dieu, quand il n’y aura plus ces Français,
Il y a d
es choses que Je fais, il n’y aura plus personne pour les comprendre »


Charles Péguy « La France » Poésie, 1912, éditions de 1932 (Ed. Gallimard.)
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Re: Recueil de poésies

Message par cessybo le Lun 22 Jan - 18:33

L'Amour et la Folie


Tout est mystère dans l'Amour,
Ses flèches, son Carquois, son Flambeau, son Enfance.
Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour
Que d'épuiser cette Science.
Je ne prétends donc point tout expliquer ici.
Mon but est seulement de dire, à ma manière,
Comment l'Aveugle que voici
(C'est un Dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière ;
Quelle suite eut ce mal, qui peut-être est un bien ;
J'en fais juge un Amant, et ne décide rien.
La Folie et l'Amour jouaient un jour ensemble.
Celui-ci n'était pas encor privé des yeux.
Une dispute vint : l'Amour veut qu'on assemble
Là-dessus le Conseil des Dieux.
L'autre n'eut pas la patience ;
Elle lui donne un coup si furieux,
Qu'il en perd la clarté des Cieux.
Vénus en demande vengeance.
Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris :
Les Dieux en furent étourdis,
Et Jupiter, et Némésis,
Et les Juges d'Enfer, enfin toute la bande.
Elle représenta l'énormité du cas.
Son fils, sans un bâton, ne pouvait faire un pas :
Nulle peine n'était pour ce crime assez grande.
Le dommage devait être aussi réparé.
Quand on eut bien considéré
L'intérêt du Public, celui de la Partie,
Le résultat enfin de la suprême Cour
Fut de condamner la Folie
A servir de guide à l'Amour.


Ce texte est généralement attribué à 
Jean de LA FONTAINE   (1621-1695) 
Je ne suis pas tout à fait sûr que ce soit vrai!
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Ce qu'il faut pour être heureux

Message par cessybo le Mer 14 Fév - 18:09

Il faut penser ; sans quoi l’homme devient,

Malgré son âme, un vrai cheval de somme.

Il faut aimer ; c’est ce qui nous soutient ;

Sans rien aimer il est triste d’être homme.

Il faut avoir douce société,

Des gens savants, instruits, sans suffisance,

Et de plaisirs grande variété,

Sans quoi les jours sont plus longs qu’on ne pense.

Il faut avoir un ami, qu’en tout temps,

Pour son bonheur, on écoute, on consulte,

Qui puisse rendre à notre âme en tumulte,

Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.

Il faut, le soir, un souper délectable

Où l’on soit libre, où l’on goûte à propos,

Les mets exquis, les bons vins, les bons mots

Et sans être ivre, il faut sortir de table.

 Il faut, la nuit, tenir entre deux draps

Le tendre objet que notre cœur adore,

Le caresser, s’endormir dans ses bras,

Et le matin, recommencer encore.

Mes chers amis, avouez que voilà

De quoi passer une assez douce vie :

Or, dès l’instant que j’aimai ma Sylvie,

Sans trop chercher j’ai trouvé tout cela.

Voltaire
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Philippe Desportes

Message par cessybo le Lun 21 Mai - 21:12

Philippe Desportes (1546-1606) est un poète baroque français. Il se distingue des poètes de la Pléiade par sa poésie plus maniérée, plus formelle et moins inspirée que celles de Ronsard et de Du Bellay. Surnommé « le Tibulle français », il découvre la poésie de Pétrarque à Rome qui l’influence profondément. Henri III en fait son poète officiel et mondain. Ses sonnets dévoilent grâce, légèreté et douceur et sont imités par les poètes anglais. Il se retire de son poste de conseiller d’état à l’arrivée d'Henri IV et se consacre à la poésie religieuse.




Philippe DESPORTES


Rosette, pour un peu d'absence


Rosette, pour un peu d'absence,
Votre coeur vous avez changé,
Et moi, sachant cette inconstance,
Le mien autre part j'ai rangé :
Jamais plus, beauté si légère
Sur moi tant de pouvoir n'aura
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s'en repentira.

Tandis qu'en pleurs je me consume,
Maudissant cet éloignement,
Vous qui n'aimez que par coutume,
Caressiez un nouvel amant.
Jamais légère girouette
Au vent si tôt ne se vira :
Nous verrons, bergère Rosette.
Qui premier s'en repentira.

Où sont tant de promesses saintes,
Tant de pleurs versés en partant ?
Est-il vrai que ces tristes plaintes
Sortissent d'un coeur inconstant ?
Dieux ! que vous êtes mensongère !
Maudit soit qui plus vous croira !
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s'en repentira.

Celui qui a gagné ma place
Ne vous peut aimer tant que moi ;
Et celle que j'aime vous passe
De beauté, d'amour et de foi.
Gardez bien votre amitié neuve,
La mienne plus ne variera,
Et puis, nous verrons à l'épreuve
Qui premier s'en repentira.
cessybo
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Romantisme du passé

Message par cessybo le Mar 29 Mai - 19:12

Passé





Tu avais jadis, lorsque je t’ai prise,
il y a trois ans,
des timidités, des pudeurs exquises.
Je te les ai désapprises.
Je les regrette à présent.
A présent, tu viens, tu te déshabilles,
tu noues tes cheveux, tu me tends ton corps…
Tu n’étais pas si prompte alors.
Je t’appelais : ma jeune fille.
Tu t’approchais craintivement.
Tu avais peur de la lumière.
Dans nos plus grands embrassements,
je ne t’avais pas tout entière…
Je t’en voulais. J’étais avide,
ce pauvre baiser trop candide,
de le sentir répondre au mien.
Je te disais, tu t’en souviens :
« Vous ne seriez pas si timide
si vous m’aimiez tout à fait bien !… »
Et maintenant je la regrette
cette enfant au front sérieux,
qui pour être un peu plus secrète
mettait son bras nu sur ses yeux.




Paul Géraldy

" C'est la femme qui choisit l'homme qui la choisira. "
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Un peu de bonne lecture : Les vieux de la vieille - Théophile Gautier

Message par cessybo le Jeu 5 Juil - 21:53






VIEUX DE LA VIEILLE



Théophile Gautier





Par l'ennui chassé de ma chambre,
J'errais le long du boulevard :
Il faisait un temps de décembre,
Vent froid, fine pluie et brouillard;

Et là je vis, spectacle étrange,
Échappés du sombre séjour,
Sous la bruine et dans la fange,
Passer des spectres en plein jour.


Pourtant c’est la nuit que les ombres,
Par un clair de lune allemand,
Dans les vieilles tours en décombres,
Reviennent ordinairement ;


C’est la nuit que les Elfes sortent
Avec leur robe humide au bord,
Et sous les nénuphars emportent
Leur valseur de fatigue mort ;


C’est la nuit qu’a lieu la revue
Dans la ballade de Zedlitz,
Où l’Empereur, ombre entrevue,
Compte les ombres d’Austerlitz.


Mais des spectres près du Gymnase,
A deux pas des Variétés,
Sans brume ou linceul qui les gaze,
Des spectres mouillés et crottés !


Avec ses dents jaunes de tartre,
Son crâne de mousse verdi,
A Paris, boulevard Montmartre,
Mob se montrant en plein midi !


La chose vaut qu’on la regarde :
Trois fantômes de vieux grognards,
En uniformes de l’ex-garde,
Avec deux ombres de hussards !


On eût dit la lithographie
Où, dessinés par un rayon,
Les morts, que Raffet déifie,
Passent, criant : Napoléon !


Ce n’était pas les morts qu’éveille
Le son du nocturne tambour,
Mais bien quelques vieux de la vieille
Qui célébraient le grand retour.


Depuis la suprême bataille,
L’un a maigri, l’autre a grossi ;
L’habit jadis fait à leur taille,
Est trop grand ou trop rétréci.


Nobles lambeaux, défroque épique,
Saints haillons, qu’étoile une croix,
Dans leur ridicule héroïque
Plus beaux que des manteaux de rois !


Un plumet énervé palpite
Sur leur kolbach fauve et pelé ;
Près des trous de balle, la mite
A rongé leur dolman criblé ;


Leur culotte de peau trop large
Fait mille plis sur leur fémur ;
Leur sabre rouillé, lourde charge,
Creuse le sol et bat le mur ;


Ou bien un embonpoint grotesque,
Avec grand’peine boutonné,
Fait un poussah, dont on rit presque,
Du vieux héros tout chevronné.


Ne les raillez pas, camarade ;
Saluez plutôt chapeau bas
Ces Achilles d’une Iliade
Qu’Homère n’inventerait pas.


Respectez leur tête chenue !
Sur leur front par vingt cieux bronzé,
La cicatrice continue
Le sillon que l’âge a creusé.


Leur peau, bizarrement noircie,
Dit l’Égypte aux soleils brûlants ;
Et les neiges de la Russie
Poudrent encor leurs cheveux blancs.


Si leurs mains tremblent, c’est sans doute
Du froid de la Bérésina ;
Et s’ils boitent, c’est que la route
Est longue du Caire à Wilna ;


S’ils sont perclus, c’est qu’à la guerre
Les drapeaux étaient leurs seuls draps ;
Et si leur manche ne va guère,
C’est qu’un boulet a pris leur bras.


Ne nous moquons pas de ces hommes
Qu’en riant le gamin poursuit ;
Ils furent le jour dont nous sommes
Le soir et peut-être la nuit.


Quand on oublie, ils se souviennent !
Lancier rouge et grenadier bleu,
Au pied de la colonne, ils viennent
Comme à l’autel de leur seul dieu.


Là, fiers de leur longue souffrance,
Reconnaissants des maux subis,
Ils sentent le coeur de la France
Battre sous leurs pauvres habits.


Aussi les pleurs trempent le rire
En voyant ce saint carnaval,
Cette mascarade d’empire
Passer comme un matin de bal ;


Et l’aigle de la grande armée
Dans le ciel qu’emplit son essor,
Du fond d’une gloire enflammée,
Étend sur eux ses ailes d’or !



Théophile Gautier, Emaux et camées
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Recueil de poésies - Page 5 Empty "Accroche un sourire à ta face... (Aznavour)

Message par cessybo le Sam 14 Juil - 18:11

Parce que vous n'êtes pas drôles et que j'ai envie de sourire quand même ::



Re: Les bleus peuvent- ils sauver la croissance Française ? Les illusions sont permises
Recueil de poésies - Page 5 Empty par Girondin Hier à 8:45


Croatie ou France ,le résultat personnellement,n'est pas un souci pour moi.....Demain la fête sera terminée ,et les réalités reprendront le dessus ...


A lire attentivement, parce que Jacques Prévert savait être drôle et que je l'aime beaucoup !



PROMENADE DE PICASSO 
 




Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle 
une pomme pose 
Face à face avec elle 
un peintre de la réalité 
essaie vainement de peindre 
la pomme telle qu'elle est 
mais Recueil de poésies - Page 5 19NatumorJarPom

elle ne se laisse pas faire 
la pomme 
elle a son mot à dire 
et plusieurs tours dans son sac de pomme 
la pomme 
et la voilà qui tourne 
dans une assiette réelle 
sournoisement sur elle-même 
doucement sans bouger 
et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz 
parce qu'on veut malgré lui tirer le portrait 
la pomme se déguise en beau bruit déguisé 
et c'est alors 
que le peintre de la réalité 
commence à réaliser 
que toutes les apparences de la pomme sont contre lui 
et 
comme le malheureux indigent 
comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n'importe quelle association bienfaisante et charitable et redoutable de bienfaisance de charité et de redoutabilité 
le malheureux peintre de la réalité 
se trouve soudain alors être la triste proie 
d'une innombrable foule d'associations d'idées 
Et la pomme en tournant évoque le pommier 
le Paradis terrestre et Ève et puis Adam 
l'arrosoir l'espalier Parmentier l'escalier 
le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l'Api 
le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme 
et le péché originel 
et les origines de l'art 
et la Suisse avec Guillaume Tell 
et même Isaac Newton 
plusieurs fois primé à l'Exposition de la Gravitation Universelle 
et le peintre étourdi perd de vue son modèle 
et s'endort 
C'est alors que Picasso 
qui passait par là comme il passe partout 
chaque jour comme chez lui 
voit la pomme et l'assiette et le peintre endormi 
Quelle idée de peindre une pomme 
dit Picasso 
et Picasso mange la pomme 
et la pomme lui dit Merci 
et Picasso casse l'assiette 
et s'en va en souriant 
et le peintre arraché à ses songes 
comme une dent 
se retrouve tout seul devant sa toile inachevée 
avec au beau milieu de sa vaisselle brisée 
les terrifiants pépins de la réalité. 




 



                                        Jacques Prévert





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Recueil de poésies - Page 5 Empty A propos d'abat-jour : Cf. rubrique sport

Message par cessybo le Mar 17 Juil - 12:03

TOI  et  Moi


Tu demandes pourquoi je reste sans rien dire ?
C’est que voici le grand moment,
l’heure des yeux et du sourire,
le soir, et que ce soir je t’aime infiniment !
Serre-moi contre toi. J’ai besoin de caresses.
Si tu savais tout ce qui monte en moi, ce soir,
d’ambition, d’orgueil, de désir, de tendresse, et de bonté !…
Mais non, tu ne peux pas savoir !…
Baisse un peu l’abat-jour, veux-tu ? Nous serons mieux.
C’est dans l’ombre que les coeurs causent,
et l’on voit beaucoup mieux les yeux
quand on voit un peu moins les choses.
Ce soir je t’aime trop pour te parler d’amour.
Serre-moi contre ta poitrine!
Je voudrais que ce soit mon tour d’être celui que l’on câline…
Baisse encore un peu l’abat-jour.
Là. Ne parlons plus. Soyons sages.
Et ne bougeons pas. C’est si bon
tes mains tièdes sur mon visage!…
Mais qu’est-ce encor ? Que nous veut-on ?
Ah! c’est le café qu’on apporte !
Eh bien, posez ça là, voyons !
Faites vite!… Et fermez la porte !
Qu’est-ce que je te disais donc ?
Nous prenons ce café… maintenant ? Tu préfères ?
C’est vrai : toi, tu l’aimes très chaud.
Veux-tu que je te serve? Attends! Laisse-moi faire.
Il est fort, aujourd’hui. Du sucre? Un seul morceau?
C’est assez? Veux-tu que je goûte?
Là! Voici votre tasse, amour…
Mais qu’il fait sombre. On n’y voit goutte.
Lève donc un peu l’abat-jour.

 

 

Paul Geraldy (« Toi et Moi »)
1885
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Re: Recueil de poésies

Message par Girondin le Mar 24 Juil - 9:21

J'aime le doux sifflement du statoréacteur
le feu de la passion sortant de la tuyère 
et surtout cette illusion de croire qu'un jour
 mon grand oiseau montera vers le ciel


Arthur Cessybo 2

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Recueil de poésies - Page 5 Empty Un poème à Jeanne, peu connu, de Victor Hugo

Message par cessybo le Lun 30 Juil - 21:47

Ma Jeanne, dont je suis doucement insensé…

Ma Jeanne, dont je suis doucement insensé,
Étant femme, se sent reine ; tout l'A B C
Des femmes, c'est d'avoir des bras blancs, d'être belles,
De courber d'un regard les fronts les plus rebelles,
De savoir avec rien, des bouquets, des chiffons,
Un sourire, éblouir les coeurs les plus profonds,
D'être, à côté de l'homme ingrat, triste et morose,
Douces plus que l'azur, roses plus que la rose ;
Jeanne le sait ; elle a trois ans, c'est l'âge mûr ;
Rien ne lui manque ; elle est la fleur de mon vieux mur,
Ma contemplation, mon parfum, mon ivresse ;
Ma strophe, qui près d'elle a l'air d'une pauvresse,
L'implore, et reçoit d'elle un rayon ; et l'enfant
Sait déjà se parer d'un chapeau triomphant,
De beaux souliers vermeils, d'une robe étonnante ;
Elle a des mouvements de mouche frissonnante ;
Elle est femme, montrant ses rubans bleus ou verts.
Et sa fraîche toilette, et son âme au travers ;
Elle est de droit céleste et par devoir jolie ;
Et son commencement de règne est ma folie.


Victor Hugo
L'art d'être grand-père
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Le saphisme dans la poésie classique française

Message par cessybo le Dim 12 Aoû - 22:25

Pensionnaires


L'une avait quinze ans, l'autre en avait seize ;
Toutes deux dormaient dans la même chambre.
C'était par un soir très lourd de septembre
Frêles, des yeux bleus, des rougeurs de fraise.

Chacune a quitté, pour se mettre à l'aise,
La fine chemise au frais parfum d'ambre.
La plus jeune étend les bras, et se cambre,
Et sa soeur, les mains sur ses seins, la baise,

Puis tombe à genoux, puis devient farouche
Et tumultueuse et folle, et sa bouche
Plonge sous l'or blond, dans les ombres grises ;

Et l'enfant, pendant ce temps-là, recense
Sur ses doigts mignons des valses promises,
Et, rose, sourit avec innocence.


Paul Verlaine







Il s'agit d'un test.
Je ne sais pas si ce genre de sujet peut être abordé sur le forum : le saphisme, l'homosexualité féminine, et la poésie classique française.



Les œuvres de Charles Baudelaire, Théodore de Banville, Louis Ménard, Paul Verlaine et Henri Cantel mettent en lumière des approches variées de la réalité saphique, de plus en plus présente sous le Second Empire et la fin du siècle, à travers le prisme poétique. Si Verlaine ou Cantel, tout comme Henri Monnier, ont pu appréhender le sujet sur le mode érotique parfois le plus cru, Baudelaire s’impose comme un maître, avec trois pièces majeures des Fleurs du Mal : Lesbos, Femmes damnées (sous-titré « Delphine et Hippolyte ») et Femmes damnées. Trois pièces assez importantes pour avoir servi de source d’inspiration aux autres écrivains ; trois pièces éblouissantes, paradoxales (Baudelaire assimile les lesbiennes au poète, mais il éprouve pour elles de la pitié) et résolument transgressives, comme le prouvent ces vers : «  Et l’amour se rira de l’Enfer et du Ciel ! / Que nous veulent les lois du juste et de l’injuste ? » (Lesbos) et « Qui donc devant l’amour ose parler d’enfer ? » (Femmes damnées).


(Source Blog "le Monde")


J'ai proposé la poésie ci-dessus à titre d'exemple. Il en existe de beaucoup plus osées. 
Des grands auteurs classiques ont écrit dans cet esprit.
Est-ce suffisant pour qu'ils soient autorisés ?
Je ne sais pas. La pudeur existe et chacun en a une perception personnelle.
Lara, tu me donnes ton avis et tu supprimes ce qui précède si ce thème ne te parait pas souhaitable sur ton forum.
J'accepte ta décision quelle qu'elle soit !
cessybo
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Je n'ai pas eu de réponse à ma question ci-dessus : Qui ne dit mot consent ?

Message par cessybo le Lun 13 Aoû - 19:08

Delphine et Hippolyte


À la pâle clarté des lampes languissantes,
Sur de profonds coussins tout imprégnés d'odeur,
Hippolyte rêvait aux caresses puissantes
Qui levaient le rideau de sa jeune candeur.

Elle cherchait, d'un oeil troublé par la tempête,
De sa naïveté le ciel déjà lointain,
Ainsi qu'un voyageur qui retourne la tête
Vers les horizons bleus dépassés le matin.

De ses yeux amortis les paresseuses larmes,
L'air brisé, la stupeur, la morne volupté,
Ses bras vaincus, jetés comme de vaines armes,
Tout servait, tout parait sa fragile beauté.

Étendue à ses pieds, calme et pleine de joie,
Delphine la couvait avec des yeux ardents,
Comme un animal fort qui surveille une proie,
Après l'avoir d'abord marquée avec les dents.

Beauté forte à genoux devant la beauté frêle,
Superbe, elle humait voluptueusement
Le vin de son triomphe, et s'allongeait vers elle,
Comme pour recueillir un doux remercîment.

Elle cherchait dans l'oeil de sa pâle victime
Le cantique muet que chante le plaisir,
Et cette gratitude infinie et sublime
Qui sort de la paupière ainsi qu'un long soupir.

- "Hippolyte, cher coeur, que dis-tu de ces choses?
Comprends-tu maintenant qu'il ne faut pas offrir
L'holocauste sacré de tes premières roses
Aux souffles violents qui pourraient les flétrir?

"Mes baisers sont légers comme ces éphémères
Qui caressent le soir les grands lacs transparents,
Et ceux de ton amant creuseront leurs ornières
Comme des chariots ou des socs déchirants;

"Ils passeront sur toi comme un lourd attelage
De chevaux et de boeufs aux sabots sans pitié...
Hippolyte, ô ma soeur! tourne donc ton visage,
Toi, mon âme et mon coeur, mon tout et ma moitié,

"Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles!
Pour un de ces regards charmants, baume divin,
Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles
Et je t'endormirai dans un rêve sans fin!"

Mais Hippolyte alors, levant sa jeune tête:
- "Je ne suis point ingrate et ne me repens pas,
Ma Delphine, je souffre et je suis inquiète,
Comme après un nocturne et terrible repas.

"Je sens fondre sur moi de lourdes épouvantes
Et de noirs bataillons de fantômes épars,
Qui veulent me conduire en des routes mouvantes
Qu'un horizon sanglant ferme de toutes parts.

"Avons-nous donc commis une action étrange?
Explique, si tu peux, mon trouble et mon effroi:
Je frissonne de peur quand tu me dis: 'Mon ange!'
Et cependant je sens ma bouche aller vers toi.

"Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée!
Toi que j'aime à jamais, ma soeur d'élection,
Quand même tu serais une embûche dressée
Et le commencement de ma perdition!"

Delphine secouant sa crinière tragique,
Et comme trépignant sur le trépied de fer,
L'oeil fatal, répondit d'une voix despotique:
- "Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer?

"Maudit soit à jamais le rêveur inutile
Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté!

"Celui qui veut unir dans un accord mystique
L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
Ne chauffera jamais son corps paralytique
À ce rouge soleil que l'on nomme l'amour!

"Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide;
Cours offrir un coeur vierge à ses cruels baisers;
Et, pleine de remords et d'horreur, et livide,
Tu me rapporteras tes seins stigmatisés...

"On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître!"
Mais l'enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain: "Je sens s'élargir dans mon être
Un abîme béant; cet abîme est mon coeur!

"Brûlant comme un volcan, profond comme le vide!
Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
Et ne rafraîchira la soif de l'Euménide
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang.

"Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos!
Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde
Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux!"

- Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l'enfer éternel!
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,

Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage.
Ombres folles, courez au but de vos désirs;
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.

Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.

L'âpre stérilité de votre jouissance
Altère votre soif et roidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.

Loin des peuples vivants, errantes, condamnées,
À travers les déserts courez comme les loups;
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l'infini que vous portez en vous!


Baudelaire: Les Fleurs du mal, Femmes damnées (1861)
poème condamné en 1857



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Recueil de poésies - Page 5 Empty J'aime bien Jacques Prévert. J'aime bien Yves Montant

Message par cessybo le Sam 1 Sep - 22:16

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Recueil de poésies - Page 5 Empty Au hasard d'une lecture

Message par cessybo le Sam 1 Sep - 22:44

ROLLA ( Extraits)

O Christ ! je ne suis pas de ceux que la prière
Dans tes temples muets amène à pas tremblants;
Je ne suis pas de ceux qui vont à ton Calvaire,
En se frappant le cœur, baiser tes pieds sanglants;
Et je reste debout sous tes sacrés portiques;
Quand ton peuple fidèle, autour des noirs arceaux,
Se courbe en murmurant sous le vent des cantiques,
Comme au souffle du nord un peuple de roseaux.
Je ne crois pas, ô Christ ! à ta parole sainte
Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux.

D'un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte;
Les comètes du nôtre ont dépeuplé les cieux.
Maintenant le hasard promène au sein des ombres
De leurs illusions les mondes réveillés;
L'esprit des temps passés, errant sur leurs décombres,
Jette au gouffre éternel tes anges mutilés.
Les clous du Golgotha te soutiennent à peine;
Sous ton divin tombeau le sol s'est dérobé :
Ta gloire est morte, ô Christ ! et sur nos croix d'ébène
Ton cadavre céleste en poussière est tombé !

Eh bien ! qu'il soit permis d'en baiser la poussière
Au moins crédule enfant de ce siècle sans foi,
Et de pleurer, ô Christ ! sur cette froide terre
Qui vivait de ta mort, et qui mourra sans toi !
Oh ! maintenant, mon Dieu, qui lui rendra la vie ?
Du plus pur de ton sang tu l'avais rajeunie;
Jésus, ce que tu fis, qui jamais le fera ?
Nous, vieillards nés d'hier, qui nous rajeunira ?


Alfred de Musset



Critique

Évitant la prolixité, recourant à l’art de la conversation, privilégiant la rapidité, Musset propose un poème qui renonce aux conventions du genre épique ou de la méditation lamartinienne. Rolla rappelle le don Juan de Namouna (voir Un spectacle dans un fauteuil) et le Mardoche des Contes, tout en préfigurant l’Octave de la Confession d’un enfant du siècle. Conservant dans la débauche un fond de pureté, il incarne le drame de la foi. Problématique typiquement romantique, la disparition de la religion, réduite à de pures pratiques sociales, livre l’homme au hasard des passions.
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Un extrait du Misanthrope qui n'a pas pris une ride

Message par cessybo le Lun 12 Nov - 21:04

Un philosophe optimiste. Il en faut !  Very Happy

Philinte

Mon Dieu, des mœurs du temps mettons-nous, moins en peine,
Et faisons un peu grâce à la nature humaine ;
Ne l'examinons point dans la grande rigueur,
Et voyons ses défauts avec quelque douceur.
Il faut, parmi le monde, une vertu traitable ;
A force de sagesse, on peut être blâmable ;
La parfaite raison fuit toute extrémité,
Et veut que l'on soit sage avec sobriété.
Cette grande roideur des vertus des vieux âges
Heurte trop notre siècle et les communs usages ;
Elle veut aux mortels trop de perfection :
Il faut fléchir au temps sans obstination ;
Et c'est une folie à nulle autre seconde
De vouloir se mêler de corriger le monde.
J'observe, comme vous, cent choses tous les jours,
Qui pourraient mieux aller, prenant un autre cours ;
Mais quoi qu'à chaque pas je puisse voir paraître,
En courroux, comme vous, on ne me voit point être ;
Je prends tout doucement les hommes comme ils sont,
J'accoutume mon âme à souffrir ce qu'ils font ;
Et je crois qu'à la cour, de même qu'à la ville,
Mon flegme est philosophe autant que votre bile.


(Molière : Le misantrope : acte I Scène 1 )


(Toute ressemblance...  serait parfaitement fortuite !) Very Happy
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Mélancolie

Message par cessybo le Mar 13 Nov - 14:53

Une amie vient de nous quitter.
C'était la veuve d'un officier parachutiste.
Je les aimais beaucoup tous les deux.
Je suis triste. Sad

En souvenir, ce petit poème



Les yeux

René-François Sully Prudhomme



Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ;
Ils dorment au fond des tombeaux
Et le soleil se lève encore.



Les nuits plus douces que les jours
Ont enchanté des yeux sans nombre ;
Les étoiles brillent toujours
Et les yeux se sont remplis d’ombre.



Oh ! qu’ils aient perdu le regard,
Non, non, cela n’est pas possible !
Ils se sont tournés quelque part
Vers ce qu’on nomme l’invisible ;


Et comme les astres penchants,
Nous quittent, mais au ciel demeurent,
Les prunelles ont leurs couchants,
Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :


Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts à quelque immense aurore,
De l’autre côté des tombeaux
Les yeux qu’on ferme voient encore.



René-François Sully Prudhomme, La vie intérieure

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Message par Girondin le Sam 22 Déc - 8:56

moi je préfère San Antonio

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Recueil de poésies - Page 5 Empty Re: Recueil de poésies

Message par eudocia le Mer 26 Déc - 17:31

Geneviève Desrosiers est une poète
québécoise 1970-1996




Elle meurt à 26 ans, un soir de fêtes, en mars 1996, en chutant d'un balcon.

En janvier 1996 elle avait écrit : « Moi, je mourrai très jeune »





NOUS



Nous aurons des douches neuves remplies d’alluvions et d’odeurs atroces.
Nos corps pleureront des gouttelettes de suie brune.
Tu verras comme nous serons heureux.
Tous les jours, nous encenserons nos quinze ans.
Nos fauteuils de velours râpé atteindront la cime des cieux, nous aurons même la foi.
Les devins s’arrêteront à notre porte fermée pour quérir un verre de lait.
Nos enfants ne diront jamais rien.
Les matins seront chauds, les soirs froids.
Nos yeux ne se quitteront que pour aller cueillir des pommes vertes que nous laisserons paresseusement choir dans un grand panier d’osier aux éclats ternes.
Tu verras comme nous serons heureux.
Nous donnerons des perles aux cochons, des sous aux pauvres, de l’alcool aux alcooliques, des baisers aux amoureux, de la viande aux chiens, des poissons aux oiseaux et du blé aux assassins.
Nos amis ne nous quitteront plus.
Nous mettrons nos mères et nos pères au champ d’honneur.
Les alchimistes gérontologues feront le pied de grue devant des fenêtres que nous aurons nombreuses et propres.
La musique adoucira nos mœurs terribles et dégradantes.
Nous parlerons français avec un accent salvadorien afin de se rappeler notre défunt Chico mort à la guerre comme une carpe.
Nous aurons des oiseaux de proie blottis au creux des armoires, des coqs en pâte et des poules au pot.
Nombreux seront nos ennemis.
Tu verras comme nous serons heureux.
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Message par cessybo le Mer 26 Déc - 22:38

eudocia a écrit:

Geneviève Desrosiers est une poète
québécoise 1970-1996






Elle meurt à 26 ans, un soir de fêtes, en mars 1996, en chutant d'un balcon.

En janvier 1996 elle avait écrit : « Moi, je mourrai très jeune »





NOUS



Nous aurons des douches neuves remplies d’alluvions et d’odeurs atroces.
Nos corps pleureront des gouttelettes de suie brune.
Tu verras comme nous serons heureux.
Tous les jours, nous encenserons nos quinze ans.
Nos fauteuils de velours râpé atteindront la cime des cieux, nous aurons même la foi.
Les devins s’arrêteront à notre porte fermée pour quérir un verre de lait.
Nos enfants ne diront jamais rien.
Les matins seront chauds, les soirs froids.
Nos yeux ne se quitteront que pour aller cueillir des pommes vertes que nous laisserons paresseusement choir dans un grand panier d’osier aux éclats ternes.
Tu verras comme nous serons heureux.
Nous donnerons des perles aux cochons, des sous aux pauvres, de l’alcool aux alcooliques, des baisers aux amoureux, de la viande aux chiens, des poissons aux oiseaux et du blé aux assassins.
Nos amis ne nous quitteront plus.
Nous mettrons nos mères et nos pères au champ d’honneur.
Les alchimistes gérontologues feront le pied de grue devant des fenêtres que nous aurons nombreuses et propres.
La musique adoucira nos mœurs terribles et dégradantes.
Nous parlerons français avec un accent salvadorien afin de se rappeler notre défunt Chico mort à la guerre comme une carpe.
Nous aurons des oiseaux de proie blottis au creux des armoires, des coqs en pâte et des poules au pot.
Nombreux seront nos ennemis.
Tu verras comme nous serons heureux.


J'ignorais tout de cette poétesse.
C'est ainsi que j'ai lu :


Geneviève Desrosiers est une poétesse et artiste visuelle québécoise, son travail artistique incluait également le gossage de bois.



Si vous voulez savoir ce qu'est le " Gossage " du bois, cliquez  I C I 





Les Québécois et les Français n'ont pas les mêmes gosses !    rire

En lisant le premier vers de ce poème, j'ai pensé à son antithèse :

''Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens. ''
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Message par Ximena le Mer 26 Déc - 23:48

merci pour cette découverte  
Geneviève Desrosiers je ne connaissais pas du tout
quelle force dans ce qu'elle écrit  quelle maturité  !
mourir si jeune  quel drame  
( pour elle  et pour tout ce qu'elle n'a pas écrit ..)

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Recueil de poésies - Page 5 Empty Jose-Maria de Heredia

Message par cessybo le Lun 28 Jan - 15:01

Sur le fil " Pauvre France - Eurovision ", frère Zigomar a bien voulu me citer un sonnet de Jose-Maria de Heredia consacré à Antoine & Cléopâtre et à l'Égypte.
J'aime beaucoup ce poète et son recueil " les Trophées. " (118 sonnets)

Pourtant cet auteur est souvent redouté par les candidats au bac parce qu'il est trop raffiné.
Son oeuvre est marquée par une recherche constante de la forme parfaite et de l'image idéale.
" Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage" écrivait Boileau dans son "Art poétique".
C'était probablement la façon d'écrire de Jose-Maria de Heredia.
On y retrouve ainsi de nombreuses figures de style (métaphores, périphrases, etc.), l'emploi des termes archaïques ou spécialisés qui font dire à ses détracteurs que sa poésie est souvent ornée inutilement et qu'elle rend difficile une explication de texte par les candidats au bac.
La vidéo ci-dessous explique très bien la technique du sonnet.  C'est une poésie très codifiée et qui ne doit rien au hasard.




Pour revenir à Boileau et à son " Art poétique", voilà comment il définissait les règles du sonnet :


[...]  

On dit, à ce propos, qu'un jour ce dieu bizarre,    ( Apollon)
Voulant pousser à bout tous les rimeurs françois,
Inventa du Sonnet les rigoureuses lois ;
Voulut qu'en deux quatrains, de mesure pareille,
La rime, avec deux sons, frappât huit fois l'oreille ;
Et qu'ensuite six vers, artistement rangés,
Fussent en deux tercets par le sens partagés.

Surtout, de ce Poème il bannit la licence ;
Lui-même en mesura le nombre et la cadence ;
Défendit qu'un vers faible y pût jamais entrer,
Ni qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer.
Du reste, il l'enrichit d'une beauté suprême
Un sonnet sans défaut vaut seul un long Poème.
Mais en vain mille auteurs y pensent arriver,
Et cet heureux phénix est encore à trouver.
cessybo
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Message par Ximena le Mer 13 Fév - 0:01

merci - Cessybo -pour ces découvertes  


Février
Isabelle Callis-Sabot

Voici que Février revient, plein de promesses,
Çà et là quelques fleurs s’ouvrent hâtivement ;
Il peut encor neiger, mais le grand froid régresse
Et l’on perçoit déjà des jours l’allongement.

Le printemps apparaît, le rude hiver s’achève ;
Par les champs, par les prés, dévalent les ruisseaux,
Le vieil arbre bourgeonne et se gorge de sève,
Bientôt, dans sa ramée, nicheront les moineaux.

Un soleil radieux inonde la colline,
Au jardin tout prend vie, tout cherche à émouvoir,
Et je sens, sous mes pas, tandis que je chemine,
La terre qui frémit et palpite d’espoir.

Isabelle Callis-Sabot

Recueil de poésies - Page 5 Z02--b10

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Message par cessybo le Mer 13 Fév - 11:31

Ximena a écrit:merci - Cessybo -pour ces découvertes  


Février
Isabelle Callis-Sabot

Voici que Février revient, plein de promesses,
Çà et là quelques fleurs s’ouvrent hâtivement ;
Il peut encor neiger, mais le grand froid régresse
Et l’on perçoit déjà des jours l’allongement.

Le printemps apparaît, le rude hiver s’achève ;
Par les champs, par les prés, dévalent les ruisseaux,
Le vieil arbre bourgeonne et se gorge de sève,
Bientôt, dans sa ramée, nicheront les moineaux.

Un soleil radieux inonde la colline,
Au jardin tout prend vie, tout cherche à émouvoir,
Et je sens, sous mes pas, tandis que je chemine,
La terre qui frémit et palpite d’espoir.

Isabelle Callis-Sabot

Recueil de poésies - Page 5 Z02--b10


Pour moi aussi, Isabelle Callis-Sabot est une découverte. Une belle découverte.
J'aime beaucoup ce qu'elle écrit.

Un autre exemple :


Au-delà des soupirs





Je n'ai pu t'adresser un regard, un sourire,
Tu es partie trop vite et sans me prévenir…
Immense est mon regret. Je voudrais te le dire
Au-delà du chagrin, au-delà des soupirs.

Ta mort hante ma vie. Pour combler ton absence
Sans cesse je remue de précieux souvenirs.
Je trouve un réconfort en trompant ma souffrance
Au-delà du chagrin, au-delà des soupirs.

Mes plus tendres pensées vont vers toi dès l'aurore,
Je t'appelle et te parle avant de m'endormir,
Et bien étrangement ta voix me berce encore
Au-delà du chagrin, au-delà des soupirs.


C'est très beau !
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Vendredi 12 avril 2019

Message par cessybo le Ven 12 Avr - 22:36

[size=32]Sonnet au lecteur[/size]

Alfred de Musset



Jusqu’à présent, lecteur, suivant l’antique usage,
Je te disais bonjour à la première page.
Mon livre, cette fois, se ferme moins gaiement ;
En vérité, ce siècle est un mauvais moment

.

Tout s’en va, les plaisirs et les mœurs d’un autre âge,
Les rois, les dieux vaincus, le hasard triomphant,
Rosafinde et Suzon qui me trouvent trop sage,
Lamartine vieilli qui me traite en enfant

.

La politique, hélas ! voilà notre misère.
Mes meilleurs ennemis me conseillent d’en faire.
Être rouge ce soir, blanc demain, ma foi, non.




Je veux, quand on m’a lu, qu’on puisse me relire.
Si deux noms, par hasard, s’embrouillent sur ma lyre,
Ce ne sera jamais que Ninette ou Ninon.




Alfred de Musset



I love you I love you I love you
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Recueil de poésies - Page 5 Empty Re: Recueil de poésies

Message par marie-noel le Lun 15 Avr - 11:52

Alfred de Musset J’ai perdu ma force et ma vie, Et mes amis et ma gaieté ; J’ai perdu jusqu’à la fierté Qui faisait croire à mon génie. Quand j’ai connu la Vérité, J’ai cru que c’était une amie ; Quand je l’ai comprise et sentie, J’en étais déjà …  

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Des pensées tristes ruinent ma santé.
René Descartes
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