Recueil de belles histoires, par cessybo

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Message par LARA BAÏKAL le Dim 2 Juil - 8:09

Merci pour ce texte, c'est bien dit !

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On ne badine pas avec l'amour

Message par cessybo le Dim 2 Juil - 15:42

"Adieu Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire :
Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ;
toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ;
le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ;
mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit :
J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé.
C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. "

On ne badine pas avec l'Amour, Acte II Scène 5. Alfred de Musset

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Re: Recueil de belles histoires, par cessybo

Message par printemps le Dim 2 Juil - 18:23

C'est Mamadou qui s'est perdu dans le désert, çà fait trois jours qu'il erre sans manger ni boire.
Et soudain, il rencontre l'enchanteur Merlin qui vient de quitter la fée Mélusine dans la forêt de Brocéliande en Bretagne..............
Holà Mamadou tu es perdu?
Et oui monsieur Merlin, et je suis bien malheureux
Alors Mamadou, fais trois vœux, je les exaucerai
Oh Monsieur Merlin, je voudrais de l'eau, beaucoup d'eau
Bien Mamadou tu auras de l'eau.
Et Monsieur Merlin, j'aimerais être blanc
Parfait, tu seras blanc
Et je voudrais des femmes, mais plein de femmes

Abracadabra chanta Merlin, et Mamadou se retrouva en bidet dans un hôtel de passe
Il fut blanc
Eût beaucoup d'eau
Et plein de kuls de femmes.

Moralité:  Merlin n'en a aucune

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Si vous avez des petits-enfants...

Message par cessybo le Lun 3 Juil - 10:23

Le texte ci-dessous est remarquable de justesse. Je l'ai fait lire à mes 4 petits-enfants et nous en avons parlé ensuite.
Je suis heureux de savoir qu'ils l'ont aimé et je pense qu'ils en ont retenu l'essentiel.


« QUE DIRE A UN JEUNE DE 20 ANS»

Quand on a connu tout et le contraire de tout,
quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie,
on est tenté de ne rien lui dire,
sachant qu’à chaque génération suffit sa peine,
sachant aussi que la recherche, le doute, les remises en cause
font partie de la noblesse de l’existence.
Pourtant, je ne veux pas me dérober,
et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci,
en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain:
«Il ne faut pas s’installer dans sa vérité
et vouloir l’asséner comme une certitude,
mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère».
A mon jeune interlocuteur,
je dirai donc que nous vivons une période difficile
où les bases de ce qu’on appelait la Morale
et qu’on appelle aujourd’hui l’Éthique,
sont remises constamment en cause,
en particulier dans les domaines du don de la vie,
de la manipulation de la vie,
de l’interruption de la vie.
Dans ces domaines,
de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir.
Oui, nous vivons une période difficile
où l’individualisme systématique,
le profit à n’importe quel prix,
le matérialisme,
l’emportent sur les forces de l’esprit.
Oui, nous vivons une période difficile
où il est toujours question de droit et jamais de devoir
et où la responsabilité qui est l’once de tout destin,
tend à être occultée.
Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela,
il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine.
Il faut savoir,
jusqu’au dernier jour,
jusqu’à la dernière heure,
rouler son propre rocher.
La vie est un combat
le métier d’homme est un rude métier.
Ceux qui vivent sont ceux qui se battent.
Il faut savoir
que rien n’est sûr,
que rien n’est facile,
que rien n’est donné,
que rien n’est gratuit.
Tout se conquiert, tout se mérite.
Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.
Je dirai à mon jeune interlocuteur
que pour ma très modeste part,
je crois que la vie est un don de Dieu
et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparait comme l’absurdité du monde,
une signification à notre existence.
Je lui dirai
qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves,
cette générosité,
cette noblesse,
cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde,
qu’il faut savoir découvrir ces étoiles,
qui nous guident où nous sommes plongés
au plus profond de la nuit
et le tremblement sacré des choses invisibles.
Je lui dirai
que tout homme est une exception,
qu’il a sa propre dignité
et qu’il faut savoir respecter cette dignité.
Je lui dirai
qu’envers et contre tous
il faut croire à son pays et en son avenir.
Enfin, je lui dirai
que de toutes les vertus,
la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres
et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres,
de toutes les vertus,
la plus importante me parait être le courage, les courages,
et surtout celui dont on ne parle pas
et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.
Et pratiquer ce courage, ces courages,
c’est peut-être cela
«L’Honneur de Vivre»

Hélie de Saint-Marc
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Bien faire ce que l'on fait.

Message par cessybo le Mar 4 Juil - 18:53

De toutes parts, nous sommes appelés à travailler sans repos afin d'exceller dans notre carrière. Tout le monde n'est pas fait pour un travail spécialisé ; moins encore parviennent aux hauteurs du génie dans les arts et les sciences ; beaucoup sont appelés à être travailleurs dans les usines, les champs et les rues.
Mais il n'y a pas de travail insignifiant. Tout travail qui aide l'humanité a de la dignité et de l'importance. Il doit donc être entrepris avec une perfection qui ne recule pas devant la peine. Celui qui est appelé à être balayeur de rues doit balayer comme Michel-Ange peignait ou comme Beethoven composait, ou comme Shakespeare écrivait. Il doit balayer les rues si parfaitement que les hôtes des cieux et de la terre s'arrêteront pour dire : "Ici vécut un grand balayeur de rues qui fit bien son travail."

C'est ce que voulait dire Douglas Mallock quand il écrivait :

 
"Si tu ne peux être pin au sommet du coteau,
Sois broussaille dans la vallée.
Mais sois la meilleure petite broussaille
Au bord du ruisseau.
Sois buisson, si tu ne peux être arbre.
Si tu ne peux être route, sois sentier ;
Si tu ne peux être soleil, sois étoile ;
Ce n'est point par la taille que tu vaincras ;
Sois le meilleur, quoi que tu sois."

Examinez-vous sérieusement afin de découvrir ce pour quoi vous êtes faits, et alors donnez-vous avec passion à son exécution.


Ce programme clair conduit à la réalisation de soi dans la longueur d'une vie d'homme.

Martin Luther King
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Victor Hugo - A méditer.

Message par cessybo le Mer 5 Juil - 19:06

Discours d'ouverture du Congrès littéraire international de 1878
(Extraits)


Messieurs, nous sommes ici entre philosophes, profitons de l’occasion, ne nous gênons pas, disons des vérités.  En voici une, une terrible : le genre humain a une maladie, la haine. La haine est mère de la guerre ; la mère est infâme, la fille est affreuse.

Rendons-leur coup sur coup. Haine à la haine ! Guerre à la guerre ! Savez-vous ce que c’est que cette parole du Christ : « Aimez-vous les uns les autres » ? C’est le désarmement universel. C’est la guérison du genre humain. La vraie rédemption, c’est celle-là. Aimez-vous. On désarme mieux son ennemi en lui tendant la main qu’en lui montrant le poing. Ce conseil de Jésus est un ordre de Dieu. Il est bon. Nous l’acceptons. Nous sommes avec le Christ, nous autres ! L’écrivain est avec l’apôtre ; celui qui pense est avec celui qui aime. Ah ! poussons le cri de la civilisation ! Non ! non ! non ! nous ne voulons ni des barbares qui guerroient, ni des sauvages qui assassinent ! Nous ne voulons ni de la guerre de peuple à peuple, ni de la guerre d’homme à homme. Toute tuerie est non seulement féroce, mais insensée. Le glaive est absurde et le poignard est imbécile. Nous sommes les combattants de l’esprit, et nous avons pour devoir d’empêcher le combat de la matière ; notre fonction est de toujours nous jeter entre les deux armées. Le droit à la vie est inviolable. Nous ne voyons pas les couronnes, s’il y en a, nous ne voyons que les têtes. Faire grâce, c’est faire la paix. Quand les heures funestes sonnent, nous demandons aux rois d’épargner la vie des peuples, et nous demandons aux républiques d’épargner la vie des empereurs. C’est un beau jour pour le proscrit que le jour où il supplie un peuple pour un prince, et où il tâche d’user, en faveur d’un empereur, de ce grand droit de grâce qui est le droit de l’exil.

(A suivre...)

Victor Hugo
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Si vous détestez la haine... (Suite de Victor Hugo, ci-dessus )

Message par cessybo le Ven 7 Juil - 11:59

Oui, concilier et réconcilier. Telle est notre mission, à nous philosophes. O mes frères de la science, de la poésie et de l’art, constatons la toute-puissance civilisatrice de la pensée. À chaque pas que le genre humain fait vers la paix, sentons croître en nous la joie profonde de la vérité. Ayons le fier consentement du travail utile. La vérité est une et n’a pas de rayon divergent ; elle n’a qu’un synonyme, la justice. Il n’y a pas deux lumières, il n’y en a qu’une, la raison. Il n’y a pas deux façons d’être honnête, sensé et vrai. Le rayon qui est dans l’Iliade est identique à la clarté qui est dans le Dictionnaire philosophique. Cet incorruptible rayon traverse les siècles avec la droiture de la flèche et la pureté de l’aurore. Ce rayon triomphera de la nuit, c’est-à-dire de l’antagonisme et de la haine. C’est là le grand prodige littéraire. Il n’y en a pas de plus beau. La force déconcertée et stupéfaite devant le droit, l’arrestation de la guerre par l’esprit, c’est, ô Voltaire, la violence domptée par la sagesse ; c’est ô Homère, Achille pris aux cheveux par Minerve ! (Et maintenant que je vais finir, permettez-moi un voeu, un voeu qui ne s’adresse à aucun parti et qui s’adresse à tous les coeurs.)

Messieurs, il y a un romain qui est célèbre par une idée fixe, il disait : Détruisons Carthage ! J’ai aussi, moi, une pensée qui m’obsède, et la voici : Détruisons la haine. Si les lettres humaines ont un but, c’est celui-là. Humaniores litterae Messieurs, la meilleure destruction de la haine se fait par le pardon. Ah ! que cette grande année ne s’achève pas sans la pacification définitive, qu’elle se termine en sagesse et en cordialité, et qu’après avoir éteint la guerre étrangère, elle éteigne la guerre civile. C’est le souhait profond de nos âmes. La France à cette heure montre au monde son hospitalité, qu’elle lui montre aussi sa clémence. La clémence ! mettons sur la tête de la France cette couronne ! Toute fête est fraternelle ; une fête qui ne pardonne pas à quelqu’un n’est pas une fête. ( La logique d’une joie publique, c’est l’amnistie.) Que ce soit là la clôture de cette admirable solennité, l’Exposition universelle. Réconciliation ! réconciliation ! Certes, cette rencontre de tout l’effort commun du genre humain, ce rendez-vous des merveilles de l’industrie et du travail, cette salutation des chefs-d’oeuvre entre eux, se confrontant et se comparant, c’est un spectacle auguste ; mais il est un spectacle plus auguste encore, c’est l’exilé debout à l’horizon et la patrie ouvrant les bras !

Victor Hugo
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Quand lui, quand moi

Message par cessybo le Lun 10 Juil - 21:50

Quand lui, quand moi

Quand lui n'achève pas son travail,
je me dis, il est paresseux.
Quand moi, je n'achève pas mon travail,
c'est que je suis trop occupé, trop surchargé.
Quand lui parle de quelqu'un,
c'est de la médisance.
Quand je le fais,
c'est de la critique constructive.

Quand lui tient à son point de vue,
c'est un entêté.
Quand moi je tiens à mon point de vue,
c'est de la fermeté.

Quand lui prend du temps pour faire quelque chose,
il est lent.
Quand moi je prends du temps pour faire quelque chose,
je suis soigneux.

Quand lui est aimable,
il doit avoir une idée derrière la tête.
Quand moi je suis aimable,
je suis vertueux.

Quand lui est rapide pour faire quelque chose,
il bâcle.
Quand moi je suis rapide pour faire quelque chose,
je suis habile.

Quand lui fait quelque chose sans qu'on le lui dise,
il s'occupe de ce qui ne le regarde pas.
Quand moi je fais quelque chose sans qu'on me le dise,
je prends des initiatives.

Quand lui défend ses droits,
c'est un mauvais esprit.
Quand moi je défends mes droits,
je montre du caractère.

Pierre Descouvemont, Guide des difficultés de la vie quotidienne
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Re: Recueil de belles histoires, par cessybo

Message par cessybo le Jeu 13 Juil - 18:57

 Vous ne pouvez pas créer la prospérité en décourageant l'épargne.
 Vous ne pouvez pas donner la force au faible en affaiblissant le fort.
 Vous ne pouvez pas aider le salarié en anéantissant l'employeur.
 Vous ne pouvez pas encourager la fraternité humaine en encourageant la lutte des classes.
 Vous ne pouvez pas aider le pauvre en ruinant le riche.
 Vous ne pouvez pas éviter les ennuis en dépensant plus que vous gagnez.
 Vous ne pouvez pas forcer le caractère et le courage en décourageant l'initiative et l'indépendance.
 Vous ne pouvez pas aider les hommes continuellement en faisant à leur place ce qu'ils devraient faire eux-mêmes.

Abraham Lincoln
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Paulo Coehlo

Message par cessybo le Lun 17 Juil - 10:45

L'Amour est toujours nouveau.

Peu importe que l'on aime une fois, deux fois, dix fois, dans une vie,
On se trouve toujours devant une situation inconnue.
L'Amour peut nous mener en enfer ou au paradis, mais il nous mène toujours quelque part.
Il faut l'accepter, parce qu'il est ce qui nourrit notre existence.
Si nous nous dérobons, nous mourrons de faim en ayant sous les yeux les branches chargées de fruits de l'arbre de la vie, sans oser tendre la main pour les cueillir.
Il faut aller chercher l'Amour où qu'il soit, quand bien même cela peut signifier des heures, des jours, des semaines de déception et de tristesse.
Parce que, dès le moment où nous partirions en quête de l'Amour,
Lui aussi partira à notre rencontre. "


Extrait de "Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et j'ai pleuré"
Paulo Coelho
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A. Camus

Message par cessybo le Lun 17 Juil - 10:49

"Je veux vous dire tout de suite quelle sorte de grandeur nous met en marche. Mais c'est vous dire quel est le courage que nous applaudissons et qui n'est pas le votre. Car c'est peu de chose que de savoir courir au feu quand on s'y prépare depuis toujours et quand la course vous est plus naturelle que la pensée. C'est beaucoup au contraire que d'avancer vers la torture et vers la mort quand on sait de science certaine que la haine et la violence sont choses vaines par elles-mêmes. C'est beaucoup que de se battre en méprisant la guerre, d'accepter de tout perdre en gardant le goût du bonheur, de courir à la destruction avec l'idée d'une civilisation supérieure."
A. Camus,
Lettres à un ami allemand
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Je sais par elle que je suis vivant !

Message par cessybo le Mar 18 Juil - 19:07

Je sais par elle que je suis vivant

« Une léproserie... Au sens le plus navrant, le plus odieux du terme... Des hommes qui ne font rien, auxquels on ne fait rien et qui tournent en rond dans leur cour, dans leur cage...


Des hommes seuls. Pis : abandonnés. Pour qui tout est déjà silence et nuit.
L'un d'eux pourtant - un seul - a gardé les yeux clairs. Il sait sourire et, lorsqu'on lui offre quelque chose, dire merci. L'un d'eux - un seul - est demeuré un homme.

La religieuse voulut connaitre la cause de ce miracle. Ce qui le retenait à la vie... Elle le surveilla. Et elle vit que chaque jour, par-dessus le mur si haut, si dur, un visage apparaissait. Un petit bout de visage de femme, gros comme le poing, et qui souriait. L'homme était là, attendant de recevoir ce sourire, le pain de sa force et de son espoir... Il souriait à son tour et le visage disparaissait.


Alors, il recommençait son attente jusqu'au lendemain.

Lorsque le missionnaire les surprit « C'est ma femme », dit-il simplement. Et après un silence : « Avant que je vienne ici, elle m'a soigné en cachette. Avec tout ce qu'elle a pu trouver. Un féticheur lui avait fourni une pommade. Elle m'en enduisait chaque jour la figure... sauf un petit coin. Juste assez pour y poser ses lèvres... Mais ce fut en vain. Alors on m'a ramassé. Mais elle m'a suivi.


Et lorsque chaque jour je la vois, je sais par elle que je suis vivant... ».

(Raoul Follereau, La seule vérité c'est d'aimer,)
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Cavanna raconte le chomage au temps de l'arrivée des Ritals en France. (Pour celles/ceux qui aiment lire)

Message par cessybo le Mer 19 Juil - 21:26

Encore une tartine  (disons une bruschetta ! Very Happy ), mais Cavanna a tellement d'humour, c'est tellement vécu. C'est formidable !
(Extrait des "Ritals" - J'adore le style sans fioriture de Cavanna !)


Je devais avoir pas plus de dix ans quand ils se sont mis à nous emmerder vraiment. Les Pouvoirs Publics. Nous, les Ritals. Voyez-vous, c’était la Crise. Il y a toujours une crise. Plus ou moins. Celle-là, c’était la Crise avec la majuscule. Partout. La planète s’était arrêtée de tourner. Faute aux Ricains, paraît. Ils avaient encore joué aux cons. Total… Les usines débauchaient, les chantiers restaient une patte en l’air, les grues rouillaient, ramollissaient et finissaient par se casser la gueule en s’affaissant comme des merdes, avec le petit bonhomme qui roupillait là-haut dans la cabine.

Plus de travail. Seuls les bistrots tenaient le coup. Fallait bien qu’il y ait un endroit pour se réunir et gémir sur la vacherie des temps. À croum, bien sûr. Les ardoises s’allongeaient sur la glace derrière le comptoir. On paierait quand les beaux jours à se crever le cul seraient revenus. Remarquez, il y en a qui y ont tout paumé et ont mangé le rideau de fer. Plus par vengeance que par malhonnêteté. L’ouvrier ne peut pas s’en prendre au patron, encore moins au gouvernement, alors il se venge sur ce qu’il a à portée, sur le gentil troquet qui lui a fait confiance, le con.

Quand on a des ouvriers étrangers et des français, et qu’il faut en mettre la moitié dehors, qu’est-ce qui reste? Pince-moi! T’as tout compris. Et quand un étranger pauvre se trouve sans travail sur le sol de France, on lui file un permis provisoire et on lui dit: «Quinze jours. T’as quinze jours pour retourner dans ton bled de merde, et crois pas qu’on va te payer le train.»

Ça s’arrangeait pas. Même, ça empirait. Il paraît qu’à New York on balançait les banquiers par les fenêtres. Du centième étage, si ça se trouve. À Paris, c’est les maçons qu’on voulait foutre à l’eau. À cette époque, tout ce qui était dans le bâtiment était étranger, et tout ce qui était étranger était rital. Valait mieux pas trop se montrer, vu qu’une gueule de Rital, ça fait peut-être moins tache qu’une tronche de Banania, mais ça se repère quand même au premier coup d’œil malveillant. Tous les coups d’œil étaient malveillants, il y a des époques comme ça.

Les deux Dominique, les patrons, avaient maintenu vaille que vaille l’entreprise. Arriva quand même le samedi noir où papa ramena sa dernière paye. Suivit le lundi, le premier lundi depuis qu’il tenait sur ses jambes où il n’alla pas au boulot. Et ce fut le chômage. La honte du chômage. J’ai vu papa, perdu dans la queue des sans-travail, baissant le nez, ne sachant où se cacher.

Le bureau du chômage se trouvait dans le commissariat. La queue tournait tout autour de la cour et continuait sur le trottoir de la Grande-Rue, ça gênait l’abord des boutiques, les commerçants faisaient la gueule mais n’osaient pas trop gronder, le journal leur avait expliqué que c’était partout pareil, que c’était vraiment très triste, une espèce de malheur national. Certains ajoutaient «Pas pour tout le monde» et parlaient de Juifs. Je comprenais pas tout.

Là-dessus, on reçoit une lettre avec «République Française» sur l’enveloppe et la tête de Marianne. Maman n’osait pas l’ouvrir. Elle disait: «Je sens que c’est du pas bon.» Et en effet.

C’est moi qui l’ai lue, la lettre. Maman n’osait pas. Papa ne savait pas. «Vous êtes prié de vous présenter à la Préfecture de Police, service des travailleurs étrangers, bureau tant et tant.» Il y avait en plus un coup de tampon tout de travers, à moitié mal tamponné, qui ordonnait: «Muni de votre carte d’identité.»

J’ai prévenu à l’école que je viendrais pas ce jour-là, j’ai pris papa par la main, sa grosse main qu’on aurait crue toujours encroûtée de ciment, et nous voilà partis. Maman pleurait comme si on partait pour la guerre.

On a pris le métro au château de Vincennes. Je lâchais pas la main de papa, je la tenais serrée-serrée, pas que je le perde. Dans le métro sans savoir lire, sans connaître Paris, sans presque savoir parler… la terreur. Déjà la bousculade pour monter… Nous étions debout, peur qu’arrivés à Châtelet on ne parvienne pas à se lever assez vite et à descendre à temps. Je vis que papa marmonnait en comptant sur les doigts de sa main, celle que je ne tenais pas. Je lui ai demandé. Il m’a dit: « Je le sais qu’il est dix stations jusqu’à c’te Châtelet où qu’on descende nous. Allora, je fas le compte. Ecco.»

Au Châtelet, il y avait la correspondance pour Cité. Mais j’ai regardé la carte et j’ai vu que c’est tout près, juste à côté. On a trouvé la sortie et on est allés à la préfecture à pied.

La queue faisait tout le tour de la cour de la préfecture, qui est une cour vraiment immense, et puis elle passait sous le porche et continuait en s’enroulant autour de la place devant Notre-Dame, qui s’appelle le parvis. À l’école on m’avait expliqué que Notre-Dame avait été reconstruite presque à partir de zéro par un nommé Viollet-le-Duc, qu’il fallait beaucoup admirer cette merveille, surtout les sculptures du Moyen Âge, et moi, justement, je venais à peine de lire Notre-Dame de Paris, qui est de Victor Hugo, je regardais de tous mes yeux, je voyais très bien les gargouilles, tout là-haut, j’imaginais Quasimodo, et la belle fille, j’ai oublié son nom, amoureuse d’un con comme souvent les filles, et j’aurais voulu raconter tout ça à papa, juste là devant Notre-Dame, mais papa n’avait pas la tête à ça, je le voyais bien.

On y a passé la journée. À six heures du soir, on avait tout juste atteint l’entrée du porche. Des flics sont venus, ils ont dit: «On ferme. Vous reviendrez demain.»

Bon. On a fini par se retrouver devant un comptoir, papa et moi, avec derrière un mec pas commode. Il portait des espèces de manchons noirs pour pas user ses manches de veste sur le bois de la table. Il posait des questions, je voyais bien qu’il cherchait à nous baiser, mais je faisais gaffe. «Oui», «Non», «Je sais pas.» Il regardait papa, l’air de dire: «Vous êtes d’accord?»,

papa faisait: «Vi, Messieur.» Le type a fini par donner son coup de tampon, comme à regret. On s’en était sortis. Pour cette fois…

Papa avait un atout: son fils né français. J’avais le droit d’opter à vingt et un ans. Ça jouait. Mais où maman l’a trouvée mauvaise, c’est quand elle a appris qu’elle était devenue italienne par son mariage. Elle aurait pu rester française, elle ne savait pas…
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Lettre d'Épicure à Ménécée

Message par cessybo le Sam 22 Juil - 22:09

Bonsoir,

En préambule, je voudrais préciser que je ne suis pas un grand philosophe, mais cependant je suis attaché à certains textes qui me paraissent importants.
Il en est ainsi de la "lettre d'Épicure à son élève Ménécée".
Pour bien en comprendre la saveur, il faudrait que je la cite in-extenso. Mais pour ne pas chagriner Élaine qui déteste les tartines, je ne vous propose que quelques extraits.
J'aime bien Épicure.
Les passages que j'ai choisis traitent de la croyance en Dieu et aux dieux :


Même jeune, on ne doit pas hésiter à philosopher. Ni, même au seuil de la vieillesse, se fatiguer de l’exercice philosophique. Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme. Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux.

D’abord, tenant le dieu pour un vivant immortel et bienheureux, selon la notion du dieu communément pressentie, ne lui attribue rien d’étranger à son immortalité ni rien d’incompatible avec sa béatitude. Crédite-le, en revanche, de tout ce qui est susceptible de lui conserver, avec l’immortalité, cette béatitude. Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d’eux. Mais tels que la foule les imagine communément, ils n’existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu’ils imaginent. N’est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires. Les explications des gens à propos des dieux ne sont pas des notions établies à travers nos sens, mais des suppositions sans fondement. De là l’idée que les plus grands dommages sont amenés par les dieux ainsi que les bienfaits. En fait, c’est en totale affinité avec ses propres vertus que l’on accueille ceux qui sont semblables à soi-même, considérant comme étranger tout ce qui n’est pas tel que soi.

Accoutume-toi à penser que pour nous la mort n’est rien, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité.

Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est authentiquement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort non parce qu’il souffrira en mourant, mais parce qu’il souffre à l’idée qu’elle approche. Ce dont l’existence ne gêne point, c’est vraiment pour rien qu’on souffre de l’attendre ! Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes plus ! Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus. Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit en tant que plus grands des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie.

Le sage, lui ne craint pas le fait de n’être pas en vie : vivre ne lui convulse pas l’estomac, sans qu’il estime être mauvais de ne pas vivre. De même qu’il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n’est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu’il butine ? Celui qui incite d’un côté le jeune à bien vivre, de l’autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l’agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice. Plus stupide encore celui qui dit beau de n’être pas né, ou « sitôt né, de franchir les portes de l’Hadès ».


Voilà. Ce sera tout pour ce soir. J'espère ne pas vous avoir forcé à réfléchir. C'est un thème qui m'intéresse.

Bonne nuit.
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L'Espérance

Message par cessybo le Lun 24 Juil - 16:02

"Pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible."
Saint-Exupéry.

L’ ESPÉRANCE
.

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’ Espérance.

La Foi ça ne m’étonne pas.
Ce n’est pas étonnant.
J’éclate tellement dans ma création.

La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas.
Ça n’est pas étonnant.
Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres.

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’ Espérance.
Et je n’en reviens pas.

L’ Espérance est une toute petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.

C’est cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus.

La Foi va de soi.
La Charité va malheureusement de soi.
Mais l’ Espérance ne va pas de soi. L’ Espérance ne va pas toute seule.
Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce.

La Foi voit ce qui est.
La Charité aime ce qui est.
L’ Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera.
Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera.

Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé.
Sur la route montante.
Traînée, pendue aux bras de des grandes sœurs,
qui la tiennent par la main,
La petite espérance s’avance.
Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner.
Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher.
Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle.
Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres.
Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde.
Et qui le traîne.
Car on ne travaille jamais que pour les enfants.

Et les deux grandes ne marchent que pour la petite.

Extraits de Charles Péguy



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L'école d'hier, vue par François Cavanna, "le Rital".

Message par cessybo le Mar 25 Juil - 17:12

Le plumier :

Les pauvres ont un plumier, creusé dans un bloc de hêtre et fermé par un couvercle coulissant qui se coince à tous les coups. Il y a aussi des plumier en carton bouilli verni noir avec des fleurs dessus, très jolis, mais ceux-là font gonzesse, on les laisse aux filles. Les riches ont des trousses en cuir imitation croco que tu dirais du vrai, avec dedans, des petites brides pour tenir en place les crayons et tout le bazar, vachement bien foutues, tiens, il y a la bride pour le taille crayon, la bride pour la gomme, la bride pour le compas, si tu te trompes et que tu essaies d'enfiler un truc à une place qu'est pas la sienne, ça marche pas, y a rien à faire, finalement être riche, c'est pas tellement marrant, en plus qu'ils ont des beaux habits qu'il ne faut pas qu'ils salissent, des pull-overs avec des dessins dessus, des pantalons de golf que nous on appelle des culottes à chier dedans, s'ils filent un coup de pied dans un gros caillou pour jouer au foot, crac, ils s'écorchent les belles tatanes en cuir jaune. Nous, nos affaires, on les bourre en vrac dans nos plumiers, nos tabliers noirs, on n'a pas les jetons de les dégueulasser, ils sont faits juste pour ça, et nos tatanes, c'est des galoches avec la semelle en bois, quand tu cavales sur les pavetons, tu dirais la grande guerre, et quand tu loupes le ballon, et que le copain prend ça sur l'os du devant de la jambe, là où qu'il y a juste la peau et pas de viande, qu'est-ce que ça fait mal, la vache !

Il y a aussi des animaux qui ne sont ni utiles ni nuisibles parce qu'ils ne servent à rien mais ne détruisent pas les récoltes, comme par exemple, la cigale et la fourmi. La fourmi est travailleuse, elle n'arrête pas de porter des bouts de bois sur son dos toute la journée en courant sur ses petites pattes. Nous devons admirer la fourmi et nous inspirer de la leçon qu'elle nous donne. La cigale est une grosse feignante qui ne pense qu'à rigoler et à chanter, on l'a appris dans une fable de La Fontaine qu'il fallait réciter par coeur. Le maître nous a expliqué qu'il fallait comprendre cette fable avec finesse parce que ça fait semblant de parler d'animaux comme la cigale et la fourmi, pour ne pas vexer les gens humains, mais que si tu es instruit, tu comprends que la fourmi, ça veut dire les enfants travailleurs et la cigale les gros paresseux, comme par exemple, les mauvais sujets au fond de la classe. Ça nous faisait réfléchir profond et on était bien contents d'être des bons sujets ou des moyens sujets, et alors on regardait au fond de la classe tous ces mauvais sujets qui allaient finir misérablement comme la cigale, peut-être même sur l'échafaud...

Qu'est-ce qu'il a de la veine, Tarzan, de vivre rien qu'au milieu des bêtes, dans une forêt pleine de bananes, de noix de coco, d'ananas et de choses bonnes à manger que t'as juste à tendre la main pour les cueillir! Et ses copains, les éléphants, les singes, les gorilles, les lions, les tigres, les panthères! quand il est en danger, il gueule de toutes ses forces, il pousse son grand cri de guerre, hop, aussitôt ses copains les bêtes rappliquent de partout et il casse la gueule aux sales types. Tarzan, c'est le héros qu'on préfère, dans les bandes dessinées. On se dit entre nous que, quand on sera grands, on ira en Afrique, dans la forêt, et on vivra comme Tarzan. On comprend pas pourquoi nos vieux restent ici, à travailler comme des pauvres cons, dans le froid et dans la pluie, au lieu d'aller manger des bananes et se faire des copains chez les éléphants. En plus, c'est vachement nourrissant les bananes, et plein de vitamines, le maître nous l'a appris.

(Extrait de son livre : "Les doigts pleins d'encre")
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Re: Recueil de belles histoires, par cessybo

Message par vigillante le Jeu 27 Juil - 12:49

Je me découvre épicurienne..........Merci à vous!
Dommage que ce philosophe ne dise pas comment vivre avec la souffrance et le manque dus à la mort des proches! bien plus difficile a supporter que la nôtre!
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Un navigateur chilien nous dit :

Message par cessybo le Lun 31 Juil - 18:57

Quelques leçons de vie d’un Tour du Monde à la voile

Navigateur chilien, Felipe Cubillos (décédé en 2011) a écrit ce texte quelques heures avant de franchir la ligne d’arrivée de son Tour du Monde à la voile. Il y décrit de façon simple ce qu’il a appris de ce tour du monde et donne à ses lecteurs ce qu’on pourrait appeler des leçons de vie, tirées de sa propre expérience.

1.. Au sujet des enfants, définitivement, ce ne sont pas les tiens, aime-les seulement, et essaye de les éduquer par l’exemple, et si tu peux, transmets-leur le désir de réaliser leurs rêves, et pas les tiens. Et n’attends pas d’eux qu’ils te remercient de tout ce que tu fais pour eux ; ce remerciement viendra bien des années plus tard, peut-être quand alors tu seras devenu un grand-père/une grand-mère (c’est là qu’ils sauront alors ce que c’est que d’être père/mère). Mais si entre temps, ils parviennent à te dire qu’ils sont fiers d’être ton fils/ta fille, considère-toi récompensé au centuple. Et si l’un d’eux devait partir avant toi, qu’au moins tu te consoles en pensant que tu lui as dit très souvent combien tu l’aimais.

2.. Concernant tes parents, n’arrête jamais de les remercier de t’avoir amené à ce monde merveilleux et de t’avoir donné ne serait-ce que la possibilité de vivre, rien que ça, vivre !!!

3.. Concernant la mer, le vent et la nature, admire-la et protège-la, elle est unique et nous n’en avons pas d’autre. Et la mer et le vent, n’essaye jamais de les vaincre, et encore moins de les défier. Ils gagneront toujours. Si tu veux être un navigateur, habitue-toi à vivre en crise permanente.

4.. Concernant les limites, elles n’existent pas, ou alors elles sont bien plus loin que ce que tu imagines. Combien plus loin ? C’est la question, il faut aller à l’extrême, c’est là que tu le découvriras.

5.. Au sujet du talent, il ne sert à rien s’il n’est pas accompagné de détermination, planification, discipline et persévérance. Le talent est éphémère, la détermination, éternelle.

6.. Concernant l’amour, remercie l’univers si tu te réveilles tous les matins avec un baiser et un sourire. Et fais comme les abeilles et les papillons, qui ne cherchent pas la fleur la plus belle du jardin, mais celle qui a le plus grand contenu.

7.. Concernant la société, on aide toujours ceux qui demandent et vocifèrent, mais ceux de qui je parle, ils ne demandent pas d’aide, ils ont juste besoin d’une opportunité. Je rêve encore d’une société plus juste et plus humaine.

8.. Concernant le leadership, ce qui manque dans le monde actuel, ce sont ces leaders qui faisaient ce qu’il faut faire et disaient ce qu’il faut dire, sans attendre de résultats immédiats dans les sondages. Je parle de ceux qui tracent un chemin, pas ceux qui suivent les masses.

9.. Concernant la richesse, une fois que tu as financé ton fonds de caisse, essaye d’acheter plus de temps que d’argent, et plus de liberté que d’esclavage.

10.. Concernant l’angoisse et l’amertume, quand tu crois que ce n’est pas possible, que les problèmes t’accablent, que tu n’en peux plus, donne-toi un instant pour regarder les étoiles et attends l’aube éveillé, alors tu découvriras que le soleil apparaît toujours, toujours !!!

11.. Concernant le triomphe, si tu veux triompher, tu dois être prêt à échouer mille fois et prêt à perdre tout ce que tu auras rassemblé. Et ne crains pas de tout perdre, car si tu l’avais bien gagné, tu le récupèreras forcément au centuple.

12.. Concernant le présent, vis-le intensément, c’est l’unique instant qui importe vraiment, ceux qui vivent cramponnés au passé sont déjà morts et ceux qui vivent en rêvant au futur, eux ne sont pas encore nés.

13.. Concernant le succès et l’échec, reconnais-les comme deux imposteurs mais apprends surtout des échecs, les tiens et ceux des autres, il y a là trop de connaissances qu’on n’utilise pas généralement.

14.. Concernant les amis, choisis ceux qui sont avec toi quand tu es au sol, car quand tu seras dans la gloire, tu en auras trop.

15.. Concernant l’équipe, motive-la dans les moments difficiles et ne laisse jamais l’un de ses membres t’abandonner parce qu’il a fait une erreur, c’est celui-là le plus important.

16.. Concernant ton pays, aime la terre qui t’a vu naître, travaille pour faire de ton pays un endroit meilleur pour tous, et brandis ton drapeau avec fierté, quel qu’il soit […].

17.. Concernant l’effort, ne renonce jamais, ne t’imagine pas que quand quelque chose coûte beaucoup c’est parce qu’il ne doit pas arriver, c’est juste l’Univers qui te met à l’épreuve pour voir si tu mérites ou pas le succès.

18.. Concernant la peur, ne la crains pas, c’est un grand compagnon, mais qu’elle ne t’immobilise pas, et ne crains pas d’être fou ou ridicule : l’histoire nous enseigne que les grands apprentissages et les impressionnantes découvertes sont le produit de ces instants.

19.. Concernant Dieu et le Ciel, je crois que si on agit en faisant le bien, on peut être sur la liste d’attente si le Ciel existe, et s’il n’existe pas, on aura eu notre propre ciel sur cette Terre. Et Dieu, je ne l’ai pas trouvé seulement dans la Mer du Sud, dans les nuages, les tempêtes, les vagues, ni dans l’objectif ni dans les départs ; il a toujours été avec nous, au fond, tout au fond de nous.

20.. Quand tu as des doutes sur ce que tu dois faire, demande-toi quel est ton Cap Horn, équipe-toi d’un petit sac à dos avec juste le nécessaire pour survivre et commence à marcher. N’arrête jamais de regarder le ciel, alors tu découvriras l’albatros, qui t’apprendra à décoller avec effort et à voler en liberté. Et tu te rendras compte que tu n’as pas besoin de voler en bande.

21.. Ne renonce jamais, jamais à tes rêves, poursuis-les passionnément et si tu ne les atteins pas, peu importe, rien que le fait de parcourir ce chemin aura valu la peine de vivre ; et pourvu que le rêve que tu poursuis soit le rêve impossible.

22.. Si tu as la chance un jour d’affronter des rivaux de la taille de ceux que nous avons affrontés pendant cette régate, honore-les, admire-les, mais donne tout ce que tu as pour les vaincre en bonne lutte, car ils le méritent.

23.. Si le jour de ma mort, on me donne la possibilité de renaître, je choisis d’être un albatros et de voler dans la Mer du Sud, et de regarder les intrépides navigateurs qui risquent leur vie et quittent tout à la recherche de leur rêve, à la recherche de leur rêve impossible.

24.. Et ne prends jamais trop au sérieux un navigateur qui termine un Tour du Monde, il sait juste naviguer un peu mieux, rien de plus !!

Felipe Cubillos
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Le Schpountz (extrait)

Message par cessybo le Mar 5 Sep - 21:57

Élaine, si tu passes par là, excuse-moi, je vais encore encombrer ton fil par une longue tartine à la sauce aux anchois.

Mais, que veux-tu, j'aime bien Pagnol, j'aime bien le Schpountz et j'aime bien cette scène...




Le Schpountz Scène tirée du film de Marcel Pagnol














PREMIÈRE PARTIE





Une petite salle à manger, dans l'arrière-boutique d'une épicerie de village. Le mobilier est modeste, mais bourgeois. Il y a une suspension. Quatre personnes sont à table.
Il y a l'oncle Baptiste Fabre, qui a cinquante ans. Il est gros et gras, avec une moustache grisonnante, il a des yeux pleins de bonté.
En face de lui, il y a sa femme Clarisse. Elle est sans doute un peu plus jeune. A gauche et à droite, entre eux, il y a leurs deux neveux : Irénée et Casimir. Ils ont le grand tablier bleu des épiciers.




On est au repas du soir et la tante sert le fromage.



L'oncle Baptiste, par hasard, n'est pas de bonne humeur, et il ronchonne.



L'ONCLE
C'est toujours la même chose. Et ça sera toujours la même chose. On ne saura jamais, on ne saura jamais qui c'est qui a laissé la corbeille de croissants sous le robinet du bidon de pétrole. Non, ça on ne le saura pas. Et j'aurais beau faire une enquête policière, voilà une affaire dont je ne saurai jamais rien.




CASIMIR
En tout cas, il y a une chose que je sais, c'est que ce n'est pas moi.




LA TANTE
Moi, j'étais à la messe. Je sais que ce n'est pas moi non plus.




L'ONCLE
Alors, qui est-ce ?
Il regarde Irénée d'un air soupçonneux.




IRÉNÉE (innocent)
C'est peut-être un client de l'épicerie qui en voulant prendre un croissant a tiré le panier sans faire attention, et de telle façon que le panier de croissants est venu se placer sous le robinet du bidon de pétrole ?




L'ONCLE
Tu en as pris, toi, des croissants ?




IRÉNÉE
Oui, naturellement, j'en ai pris ce matin pour mon petit déjeuner. Pour me nourrir.




L'ONCLE
Ça, non.




IRÉNÉE
Pourquoi ça non ?




L'ONCLE
Parce que tu manges, mais tu ne te nourris pas.
Celui qui te nourrit. c'est moi... Ton père. qui était mon frère, ne l'aurait pas fait. C'était un brave homme, oui, mais il n'aimait pas qu'on se fiche de lui.




IRÉNÉE
Tu me l'as déjà dit bien souvent.




L'ONCLE
Et ça n'a jamais servi à rien.




IRÉNÉE (souriant)



Alors à quoi ça sert de me le redire ?



L'ONCLE



Oh! Je sais bien que j'ai tort. J'ai tort d'espérer qu'un jour tu comprendras qu'il faut travailler pour vivre, et que le métier d'épicier est aussi honnête qu'un autre, et qu'un grand galavard de vingt-cinq ans pourrait fort bien aider son oncle, oncle qui l'a recueilli, qui l'a nourri, et qui continue à le nourrir, en s'esquintant le tempérament.



IRÉNÉE
Je vois clairement où tu veux en venir. Tu vas me dire que je suis un bon à rien.




L'ONCLE
Oh que non ! Bon à rien, ce serait encore trop dire. Tu n'es pas bon à rien, tu es mauvais à tout. Je ne sais pas si tu me saisis, mais moi, je me comprends.




IRÉNÉE
Je te saisis, et je suis profondément blessé.
Il essuie une larme.




L'ONCLE
Voilà comme il est! Il fait des grimaces et tout ce qu'on peut lui dire il s'en fout. Ton frère, au moins, lui, il est reconnaissant. Lui, il travaille dans le magasin, et il met un point d'honneur, lui, à se tenir au courant de nos difficultés. (A voix basse.) Le baril d'anchois qui était moisi, c'est lui qui a réussi à le vendre à M. Carbonnières, l'épicier des Accates... Et pourtant c'était difficile : les anchois avaient gonflé, ils étaient pleins de petits champignons verts, on les aurait pris pour des maquereaux. Eh bien, il l'a vendu, ce baril !




IRÉNÉE
Il est aveugle, Monsieur Carbonnières ?




CASIMIR (modeste)
Je lui ai dit que c'étaient des anchois des Tropiques.




L'ONCLE (ravi)
Voilà! Voilà l'idée, voilà l'imagination! Il a trouvé ça, lui !




IRÉNÉE
Oh lui, lui, moi je sais bien ce que c'est qui lui a monté l'imagination, à lui.




CASIMIR
Et qu'est-ce que c'est ?




IRENEE (à son frère)
Tu savais très bien que ces anchois, si tu ne les avais pas vendus, c'est nous qui les aurions mangés. Oui, ici, sur cette table, les anchois des Tropiques, nous les aurions vus tous les jours. Jusqu'à la fin du baril, ou jusqu'aux obsèques tropicales de la famille.[...]




LA TANTE
Irénée, tu sais que si l'oncle se met en colère...




IRÉNÉE
Oh! Si l'oncle se met en colère, il va s'étouffer comme d'habitude. Et ça me ferait de la peine parce que l'oncle, malgré sa sauvagerie envers moi, je l'aime beaucoup.




La porte sonne.



CASIMIR
Qu'est-ce que c'est ?
La.face d'un client paraît au guichet.




LE CLIENT
Vous en avez encore des anchois des Tropiques ?




L'ONCLE
Non. Pour le moment, nous en manquons.




LE CLIENT
Et quand c'est que vous en aurez ?




IRÉNÉE
Oh! Il faut du temps pour les faire! Dans deux ou trois mois, quand ils seront mûrs.




LE CLIENT
Et je pourrais en trouver ailleurs ?




IRÉNÉE
Impossible. Spécialité de la maison.




LE CLIENT
Alors-tant pis. Merci quand même !




On entend encore une fois la sonnette qui tinte, pour la sortie du client. L'oncle se lève, et serre la main de Casimir avec enthousiasme.



L'ONCLE
Bravo! (à Irénée) Voilà une fière leçon pour toi! Admire cet enfant! (il prend affectueusement Casimir par les épaules). Il nous arrive une catastrophe, un désastre. Cinquante kilos d'anchois se moisissent sans rien dire. Eh bien lui, de notre désastre, il fait une Spécialité. Il crée un poisson nouveau, un poisson auquel Dieu n'avait pas pensé, et il en fait une friandise inconnue !




IRÉNÉE
Il a peut-être eu tort de vendre tout le paquet au même épicier, celui des Accates. Parce que ce paisible village, sa friandise va peut-être le dépeupler en quinze jours, car le poisson nouveau va les empoisonner.




L'ONCLE (sarcastique)
C'est ça. Dénigre-le! Reproche-lui son initiative! Casimir, je te félicite. Voilà dix francs pour tes menus plaisirs. Et n'écoute pas les sarcasmes de l'Inutile (un temps). J'ai une envie terrible de me mettre en colère.




LA TANTE
Non, Baptiste, non. Tu vas t'étouffer.




L'ONCLE
Est-ce que ça ne vaut pas la peine que je m'étouffe une fois de plus quand j'entends des choses pareilles ? Mais nom de dieu de Trafalgar, est-ce que c'est imaginable ? Un individu qui ne veut pas travailler...




IRÉNÉE (il le coupe)
Pardon, je ne veux pas travailler à l'épicerie, c'est tout. Quand je me vois dans cette boutique....




 



L'ONCLE (violent)
Ce n'est pas une boutique. C'est un magasin. Je te le dis pour la cinq centième fois.




IRÉNÉE
Si tu veux. Quand je me vois dans ce magasin, entre la morue sèche et le roquefort humide, eh bien, ça me donne mal au cœur. De discuter sur la qualité des pommes de terre avec Madame Leribouchon, qui veut toujours les payer un sou de moins, ça ne m'intéresse pas. Je ne suis pas né pour ça.




L'ONCLE
Et pour quoi es-tu né ?




IRÉNÉE (mystérieux)
Pour une autre carrière. Je suis sûr que j'ai un don.




L'ONCLE
Si tu possèdes quelque chose, c'est certainement un don. Parce qu'avec l'argent que tu as gagné tu n'as pas pu t'acheter grand-chose.




IRÉNÉE
Je parle d'un don naturel. Un don de naissance. Un don de Dieu.




LA TANTE (sarcastique et souriante)
Ça nous fait bien plaisir d'apprendre que tu as un don de Dieu.




L'ONCLE
En dehors de ton appétit, de ta grande gueule et de ta paresse, qu'est-ce que Dieu a bien pu te donner ?




IRÉNÉE
Un talent, un talent caché.




L'ONCLE
Bien caché.
[….]




Et ça peut rapporter quelque chose, ce talent?



IRÉNÉE
Des millions, simplement.




L'ONCLE
Des millions de quoi?




IRÉNÉE
De francs.




L'ONCLE (navré)
Folie des grandeurs. Il ne lui manquait plus que ça !




IRÉNÉE
Tu ne me crois pas. Je le savais.

L'oncle se lève, brusquement exaspéré.
L'ONCLE
Tu sais combien il faut vendre de morues sèches pour gagner un million de francs ?




IRÉNÉE
Non, et je ne veux pas le savoir. Mais moi, je gagnerai des millions, parce que j'ai un don.
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Re: Recueil de belles histoires, par cessybo

Message par LARA BAÏKAL le Mer 6 Sep - 10:50

Ne vous inquiétez pas, Elaine passe beaucoup de temps ici, à recopier tout ce qu'elle a pu poster ici pour le répliquer ailleurs.


Comment nettoyer son micro onde etc...... rire
Une vrai pro, je me demande combien de temps il lui reste pour s'occuper de son mari  Smile

Quant à Marcel Pagnol, j'aime beaucoup !

_________________
Quand l'injustice devient une loi, la résistance devient un devoir.
When Injustice becomes law, resistance becomes duty

Jefferson. 
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Dans la série "lire, relire et écouter", la tirade du "NON, MERCI !" extraite de Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand

Message par cessybo le Ven 10 Nov - 17:26

CYRANO, saluant d’un air goguenard ceux qui sortent sans oser le saluer
Messieurs… Messieurs… Messieurs…
LE BRET, désolé, redescendant, les bras au ciel
Ah ! dans quels jolis draps…
CYRANO
Oh ! toi ! tu vas grogner !
LE BRET
Enfin, tu conviendras
Qu’assassiner toujours la chance passagère,
Devient exagéré.
CYRANO
Eh bien oui, j’exagère !
LE BRET, triomphant
Ah !
CYRANO
Mais pour le principe, et pour l’exemple aussi,
Je trouve qu’il est bon d’exagérer ainsi.
LE BRET
Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire,
La fortune et la gloire…
CYRANO
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
Grimper par ruse au lieu de s’élever par force ?
Non, merci ! Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci ! Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?…
Non, merci ! D’une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l’autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
S’aller faire nommer pape par les conciles
Que dans des cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes ?
Être terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : « Oh ! pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François » ?…
Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Préférer faire une visite qu’un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !
LE BRET
Tout seul, soit ! mais non pas contre tous ! Comment diable
As-tu donc contracté la manie effroyable
De te faire toujours, partout, des ennemis ?
CYRANO
A force de vous voir vous faire des amis,
Et rire à ces amis dont vous avez des foules,
D’une bouche empruntée au derrière des poules !
J’aime raréfier sur mes pas les saluts,
Et m’écrie avec joie : un ennemi de plus !
LE BRET
Quelle aberration !
CYRANO
Eh bien ! oui, c’est mon vice.
Déplaire est mon plaisir. J’aime qu’on me haïsse.



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cessybo

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