GRECS, IBÈRES, LIGURES ET GERMAINS DE GAULE - MARSEILLE

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GRECS, IBÈRES, LIGURES ET GERMAINS DE GAULE - MARSEILLE

Message par LARA BAÏKAL le Mar 28 Avr - 17:31

Les Grecs.


Lorsqu'ils ont conquis la Gaule, les Romains ne se sont pas trouvés face à un peuplement uniformément celtique. Plusieurs communautés ethniques, parfois très différenciées tant par la langue que par l'organisation sociale, y étaient implantées : la situation linguistique pré-romaine  de la Gaule ne se résume pas au gaulois. Même si l'élément celtique était de loin le plus important, quatre autres langues ou familles de langues principales se partageaient une partie du territoire : le grec, l'ibère et l'élément aquitain, le ligure et le germain.


En 620 av. J.C., des colons venus de la ville ionienne de Phocée en Asie Mineure fondent Massalia (Marseille). La période qui suit est prospère et la colonie ouvre plusieurs comptoirs sur le littoral méditerranéen et dans le delta du Rhône : Nice ( Nikaia, dédié à Nike, déesse de la victoire), Antibes (Antipolis V° siècle av. J.C., la ville située " en face de la cité " de Nice), Agde ( Agathé, la "bonne cité), Arles (Théliné). Si Marseille fut naturellement orientée vers la Méditerranée, ses relations avec l'intérieur des terres furent importantes. Les preuves d'échanges commerciaux actifs entre Phocéens et populations celtes sont nombreuses, même à haute époque.


Dernière édition par LARA BAÏKAL le Mer 29 Avr - 14:22, édité 4 fois
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Re: GRECS, IBÈRES, LIGURES ET GERMAINS DE GAULE - MARSEILLE

Message par LARA BAÏKAL le Mar 28 Avr - 18:07

L'influence linguistique de Marseille fut considérablement plus limitée que son influence culturelle et économique. Le Languedoc fut, il est vrai, partiellement hellénisé et la langue grecque était utilisée dans les environs de Massalia et sur la côte.


D'autre part les Celtes empruntèrent l'alphabet grec dans une partie de la Gaule correspondant à l'axe rhodanien. César nous apprend ainsi que lorsque les Romains en 58 av. J.C.  pénétrèrent dans le camp des celtes Helvètes, ils y trouvèrent des tablettes en
lettres grecques, où étaient relevés les noms de tous les émigrés, le nombre des hommes en état de porter les armes et séparément celui des vieillards, des femmes et des enfants.


Les druides gaulois se servaient de lettres grecques dans les comptes publics et privés. Mais cette écriture n'était pas comprise de toute la Gaule : lorsque César voulut faire parvenir une lettre à son lieutenant Quintus Cicéron, dans le pays des Nerviens (tribu installée dans les environs de Cambrai et de Tournai) sans prendre le risque que l'ennemi la déchiffrât, il l'écrivit en caractères grecs (litteris graecis). Le géographe grec Strabon, vers 19 av.J.C., confirme les propos de César, lorsqu'il écrit que Marseille " servait tout récemment d'école pour les barbares, qu'elle faisait des Gaulois des phihellénes , et que ces derniers, même, ne rédigeaient plus leurs contrats qu'en grec "


Marseille, plaque tournante entre la civilisation antique et les populations établies plus au nord fut donc une ville au moins trilingue, où l'on pratiquait principalement le grec, le latin et le gaulois.
Pourtant l'hellénisation des Celtes n'a laissé que d'infimes traces dans le latin des Gaules qui va devenir le Français. Le nombre de 80 mots grecs passés en latin de Gaule qui paraît aujourd'hui surestimé, concerne presque exclusivement le domaine occitan.

Même dans la toponymie, la part du grec est fort limitée. Bien des toponymes que l'on a crus grecs seraient en fait des noms pré-celtiques hellénisés.

Ainsi Gratianopolis (Grenoble) est formé du nom propre Gratianus (Gratien) empereur romain d'Occident au IV) siècle et du grec polis (ville). Le mode fut longue à se perdre puisque Charles le Chauve (mort en 877), petit fils de Charlemagne, tenta de substituer Karlopolim ( Carnopole est attesté au XIII° siècle) à Compendium (Compiègne).


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Re: GRECS, IBÈRES, LIGURES ET GERMAINS DE GAULE - MARSEILLE

Message par Kevin Kelvin le Mar 28 Avr - 22:11

Les druides gaulois se servaient de lettres grecques dans les comptes publics et privés. Mais cette écriture n'était pas comprise de toute la Gaule : lorsque César voulut faire parvenir une lettre à son lieutenant Quintus Cicéron, dans le pays des Nerviens (tribu installée dans les environs de Cambrai et de Tournai) sans prendre le risque que l'ennemi la déchiffrât, il l'écrivit en caractères grecs (litteris graecis). Le géographe grec Strabon, vers 19 av.J.C., confirme les propos de César, lorsqu'il écrit que Marseille " servait tout récemment d'école pour les barbares, qu'elle faisait des Gaulois des phihellénes , et que ces derniers, même, ne rédigeaient plus leurs contrats qu'en grec "

Il y a une confusion, là : les Gaulois pouvaient bien écrire le gaulois en caractères grecs dans toute la Gaule et ne pas comprendre une lettre rédigée en langue grecque par Jules César.
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Re: GRECS, IBÈRES, LIGURES ET GERMAINS DE GAULE - MARSEILLE

Message par LARA BAÏKAL le Mer 29 Avr - 6:55

Kevin Kelvin a écrit:
Les druides gaulois se servaient de lettres grecques dans les comptes publics et privés. Mais cette écriture n'était pas comprise de toute la Gaule : lorsque César voulut faire parvenir une lettre à son lieutenant Quintus Cicéron, dans le pays des Nerviens (tribu installée dans les environs de Cambrai et de Tournai) sans prendre le risque que l'ennemi la déchiffrât, il l'écrivit en caractères grecs (litteris graecis). Le géographe grec Strabon, vers 19 av.J.C., confirme les propos de César, lorsqu'il écrit que Marseille " servait tout récemment d'école pour les barbares, qu'elle faisait des Gaulois des phihellénes , et que ces derniers, même, ne rédigeaient plus leurs contrats qu'en grec "

Il y a une confusion, là : les Gaulois pouvaient bien écrire le gaulois en caractères grecs dans toute la Gaule et ne pas comprendre une lettre rédigée en langue grecque par Jules César.

Je pense que Jules César a écrit cette lettre en Grec littéraire (litteris graecis).. Smile
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Re: GRECS, IBÈRES, LIGURES ET GERMAINS DE GAULE - MARSEILLE

Message par LARA BAÏKAL le Mer 29 Avr - 14:38

Nous continuons notre voyage linguistiques, aujourd'hui avec les Ibères en commençant par la région du Languedoc....


Les Ibères.


Les Ibères ont occupé une vaste région littorale qui s'étendait de l'Andalousie au Languedoc occidental entre le Guadiana et l'Hérault, en englobant le sud de la Meseta et la moyenne vallée de l'Èbre. Si l'appellation de "race ibère" est impropre, une culture ibérique bien individualisée s'est forgée à partir du premier âge de fer, vers le VII° siècle av. J.C. Entre l'Hérault et les Pyrénées, cette culture n'est pas liée à une unité de peuplement avec l'Espagne qui aurait résulté de mouvements de populations. On pense aujourd'hui que l'unité de la culture ibérique est plutôt le résultat de l'évolution de cultures fondamentalement régionales qui auraient connu des évolutions parallèles sous le coup d'influences communes.


L'intégration du Languedoc dans la sphère culturelle ibérique s'explique par l'existence d'un courant d'échanges continu avec la Péninsule. À partir du VI° siécle av. J.C., divers produits originaires d'Espagne, comme des céramiques peintes et amphores, sont acheminés vers le Golfe du Lion par des négociants grecs ou phénico-puniques. La culture ibérique influence bientôt l'habitat, la métallurgie et l'architecture languedocienne. C'est sans doute également pour des raisons essentiellement commerciales que les sociétés languedociennes adoptent partiellement l'écriture ibérique, mi-syllabique et mi-alphabétique, à partir du V° siècle, comme en témoignent des inscriptions épigraphiques sur divers supports, tels que des plombs inscrits et des graffites originaires d'Ensérune ou de Pech Maho.
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Re: GRECS, IBÈRES, LIGURES ET GERMAINS DE GAULE - MARSEILLE

Message par LARA BAÏKAL le Mer 29 Avr - 15:25

.../...


La Langue Ibère dont on ne sait pas lire les caractères, mais qu'on ne comprend toujours pas, n'est pas indo-européenne. On a longtemps cru que, malgré l'apparence des Basques et des Ibères à des groupes ethniques différents, le Basque était un descendant de l'Ibére.
Or sur plus d'un millier de mots ibères déchiffrés, seules cinq coïncidences avec le basque paraissent certaines et douze autres sont douteuses.


La culture ibérique s'efface progressivement du Languedoc après la conquête romaine et la création de la province de Narbonne, en 121 av. J.C. Les modes de vie, l'organisation politique et sociale sont alors profondément bouleversés et la langue des Ibères disparaît, non sans laisser de nombreuses traces dans la toponymie.


Certains noms communs ibères (ou peut-être plus largement aquitains) passés, toujours sous la forme de nom commun en gaulois, puis en roman, enfin en occitan, sont devenus des noms de lieux.
C'est le cas de l'occitan artiga " terre défrichée ", d'origine pré-celtique, qui a donné des nombreux Lartigue (Gers, Gironde), Artigue (Haute Garonne), Artigues (Ariège, Aude, Gironde), Artiges (Cantal) etc...

De nombreux toponymes en -os, que l'on trouve principalement dans la plaine béarnaise, au sud de l'Adour puis autour de Pour et dans l'arrondissement d'Argelès, sont formés à partir d'un suffixe pré-celtique probablement d'origine ibère (ou aquitaine) passé en gaulois et en latin. Ce suffixe ainsi uni à des noms propres gaulois comme dans Argelos (Landes ; correspond au nom de personne gaulois Argailo+ suff. -oss). ou dans Giscos (Gironde ; nom de personne gaulois Gesacus +suff -oss). Mais on trouve également ce même suffixe associé à un nom propre romain dans Abos (Pyrénées Atlantiques ; latin Abossium : nom de personne romain Avus + suff. -oss) ou dans Aulos (Arriège ; nom de personne romain Aulus+suff. -oss).
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