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CANADA : La génération sacrifiée des autochtones d'Attawapiskat

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CANADA : La génération sacrifiée des autochtones d'Attawapiskat

Message par LARA BAÏKAL le Sam 16 Avr - 9:00

De l'autre côté de la frontière au Manitoba et en Ontario, la situation des Amérindiens n'est pas meilleure.
Le Canada tout comme les Etats Unis doivent absolument prendre soin des Amérindiens qui vivent encore dans les réserves. 
Les habitants doivent également aller à leur rencontre pour échanger et apprendre le savoir de ces Amérindiens qui leur apprendront beaucoup sur leur pays et dont ils n'ont aucune idée.


Les réticences ainsi que le racisme et la méfiance mutuelle peut-être tomberont comme je l'ai vu par moi-même en allant dans les réserves Indiennes.

 



La génération sacrifiée des autochtones d'Attawapiskat
Par Estelle Pattée — 14 avril 2016 à 14:55

Lord d'une manifestation en soutien à Theresa Spence, alors cheffe de la communauté d'Attawapiskat, en janvier 2013. Photo Michel Comte. AFP
 

Depuis six mois, une vague importante de suicides s'abat sur cette communauté du nord de l'Ontario. Une situation dramatique pour ces populations, révélatrice d'un passé lourd de blessures.


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     La génération sacrifiée des autochtones d'Attawapiskat



Depuis quelques jours, la petite communauté amérindienne autochtone d’Attawapiskat, dans la baie James du nord de l’Ontario, est sous le feu des projecteurs. Une situation peu habituelle pour ce village de 2 000 habitants auquel on n’accède que par avion ou, l’hiver, par une route glacée. La raison de cet intérêt soudain n’a rien d’heureux. Attawapiskat est frappée par une vague de suicides. Onze personnes ont tenté de mettre fin à leurs jours dans la seule journée du 2 avril, auxquelles s’ajoutent 28 tentatives en mars. Au total, le chef de la réserve d’Attawapiskat, Bruce Shisheesh, a recensé une centaine d’actes désespérés depuis le mois de septembre. Le plus jeune avait seulement 9 ans.
Face à cette crise, Bruce Shisheesh et le conseil de la communauté ont déclaré samedi 9 avril l’état d’urgence. «L’autorité de santé Weeneebayko envoie une équipe d’intervention de crise, composée de travailleurs sociaux et d’intervenants en santé mentale, Attawapiskat l’attend depuis octobre», a-t-il lancé lundi sur Twitter. 

Attawakispat est loin d’être un cas isolé. Les autochtones du village de Pimicikamak, une communauté du nord du Manitoba, avaient déjà sonné l’alarme, il y a un mois, après les suicides de cinq adolescents et d’une jeune mère de famille. La communauté inuit de Kuujjuak, dans l’Arctique québécois, a également été frappée par le suicide de cinq jeunes, âgés de 15 à 20 ans, sur les quatre derniers mois. «Attawakispat n’est qu’un exemple, ce n’est que la pointe de l’iceberg», commente Michèle Audette, ex-présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada (Afac).






«Conditions de vie du tiers-monde»


Mais qu’est-ce qui peut bien pousser un enfant de 9 ans à tenter de se donner la mort ? «Le suicide est pour ces jeunes la solution pour mettre fin à non pas une, mais plusieurs souffrances», témoigne Michèle Audette. Les maisons, insalubres et non adaptées au climat hivernal, sont surpeuplées. Quinze personnes peuvent vivre sous un même toit. Il y a peu de services sur place, le chômage est omniprésent. Le village a également dû faire face à la contamination de son eau potable et à la fermeture de son école. «On parle d’un des pays les plus riches du monde, mais ces gens ont des conditions de vie semblables à celles du tiers-monde», s’offusque Marie-Pierre Bousquet, directrice des programmes en études autochtones de l’Université de Montréal. Beaucoup d’individus sombrent dans l’alcool, la drogue et la violence pour oublier leurs problèmes ou leurs douleurs. Un effet d’entraînement est inévitable. «Attawakispat est une petite communauté. Quand on est exposé à autant de suicides, on commence à se dire que c’est peut-être la solution», explique Maïté Labrecque-Saganash, une militante des droits des autochtones née à Val-d’Or, dans l’ouest du Québec.

Une blessure intergénérationnelle 


«Il faut surtout se demander d’où viennent ces problèmes, déclare Marie-Pierre Bousquet. Ils sont reliés à une histoire assez lourde de cette communauté qui a brisé la fierté de ces personnes.» Pour comprendre cette histoire, il faut faire un bond de plusieurs siècles dans le passé. Les Premières Nations étaient des populations nomades. Mais à la suite de la colonisation, elles ont progressivement été contraintes de se sédentariser. «Ces gens qui faisaient de la chasse et du piégeage ont été parachutés dans l’économie capitaliste, sans comprendre la langue et sans avoir les outils pour survivre dans cette nouvelle réalité», décrit Marie-Pierre Bousquet.
La loi sur les Indiens, adoptée en 1876 et souvent modifiée depuis, enferme les Premières Nations dans un régime de tutelle et de dépendance aux subventions. Pire, entre la fin du XIXe siècle et 1996, les enfants sont arrachés à leurs parents et envoyés dans des pensionnats, pour la plupart sous l’égide de différentes communautés religieuses. Le père de Maïté Labrecque-Saganash, Romeo Saganash, actuel député d’Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou, a connu l’enfer de ces établissements. «Les enfants ont été traumatisés. Ils se sont fait battre, violer. Ils n’avaient même pas le droit de parler leur langue. A 54 ans, mon père commence seulement à mettre des mots sur ses maux», se désole Maïté Labrecque Saganash. «Ils ont développé une honte d’être eux-mêmes, d’être amérindiens. Cela a créé une blessure intergénérationnelle», poursuit Marie-Pierre Bousquet. En décembre, la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) a présenté un rapport sur ces pensionnats autochtones, qu’elle qualifie «d’outil central de génocide culturel à l’égard des premiers peuples du Canada». Ce n’est qu’en 2008 que le Premier ministre conservateur, Stephen Harper, présente les excuses officielles du gouvernement et du peuple canadien aux autochtones.

Gestion de crise 


Le gouvernement de Justin Trudeau (Parti libéral) s’est saisi du problème d’Attawapiskat dès le lundi suivant la déclaration de l’état d’urgence. Il a d’ores et déjà prévu une aide de 8,4 milliards de dollars (environ 5,8 milliards d’euros) dans les cinq ans pour des dépenses d’infrastructures, de logement et d’éducation. Une équipe multidisciplinaire de cinq travailleurs en santé mentale est arrivée en début de semaine. Des mesures d’urgence qui peinent à convaincre.«Cinq personnes pour un village de 2 000 habitants, ce n’est largement pas assez», déplore Marie-Pierre Bousquet. Après une visite de la communauté, Eric Hoskins, le ministre ontarien de la Santé, a annoncé que la province fournirait jusqu’à 2 millions de dollars pour un groupe de coordination régionale sur la jeunesse et enverrait des professionnels de la santé supplémentaires pour offrir à ces jeunes un soutien psychologique. 

«Avec la déclaration de l’état d’urgence, le gouvernement est obligé d’agir. Alors que ça fait vingt ans qu’on leur dit qu’on perd nos jeunes,commente Michèle Audette. Maintenant, j’invite les politiques de tous bords à s’asseoir avec les gens d’Attawapiskat pour commencer à parler de solutions de long terme.» Car le précédent gouvernement conservateur de Stephen Harper a souvent fait la sourde oreille face aux problèmes des autochtones. En 2011, Theresa Spence, cheffe à l’époque de la communauté d’Attawapiskat, avait déjà déclaré l’état d’urgence et fait venir la Croix-Rouge dans la réserve. Gêné, le gouvernement l’avait accusé de gestion douteuse en ce qui concerne des fonds alloués pour sa communauté. La cheffe avait été jusqu’à entamer une grève de la faim pour dénoncer cette politique gouvernementale. Mais avec l’arrivée de Justin Trudeau, fraîchement élu Premier ministre au mois de novembre 2015, les autochtones espèrent l’instauration d’un nouveau dialogue. Des manifestants pour les droits des autochtones occupent depuis mercredi les bureaux du ministère des Affaires autochtones et du Nord à Toronto. Ils demandent au Premier ministre de se rendre à Attawapiskat pour répondre aux besoins des jeunes de la communauté.

 Quitter la communauté ?


En attendant, ces populations restent confrontées à leurs démons. Lundi, un nouveau «pacte de suicide» entre 13 jeunes a été déjoué par les policiers. L’espoir réside-t-il dans l’abandon de la communauté ? Interrogé sur le plateau du Téléjournal de Montréal, le rappeur Samian, qui a grandi dans le village de Pikogan, prône cette idée. «Ma mère m’a fait sortir de la communauté quand j’avais 11-12 ans, ça a été une des plus belles choses qui me soient arrivées dans ma vie car on a réussi à nourrir nos rêves», se souvient-il. Des propos que rejette catégoriquement Maïté Labrecque-Saganash qui, si elle n’a pas grandi au sein de sa communauté, y retourne deux fois par an. «C’est plus compliqué que ça, il y a beaucoup de racisme envers les autochtones au Canada, explique-t-elle, ces gens aiment leur terre et leur mode de vie, on n’a pas à être punis comme ça.» 
Michèle Audette a vu nombre de jeunes qui, perdus dans la toxicomanie et en proie à des idées suicidaires, ont réussi à se prendre en main, grâce à un soutien de travailleurs sociaux. «Beaucoup m’ont dit : "Quand je prends le temps d’apprendre mon histoire politique et sociale, que je travaille sur mon estime de moi, que j’apprends à gérer ma colère contre le lourd passé des générations précédentes, le racisme, alors je peux m’en sortir"», témoigne-t-elle. Ces jeunes deviennent logiquement des mentors pour les autres, voire les leaders de leur communauté.
Si la solution à la crise devra donc forcément passer par une aide accrue au logement et à l’éducation, il faudra surtout rebâtir l’estime et la fierté de ces peuples, bafoués des siècles durant. «Si on ne travaille pas sur l’âme de la personne, même si on lui donne la plus belle réserve au monde, l’âme va rester malheureuse», conclut Michèle Audette.
Estelle Pattée


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