La Femme, dans la poésie française

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Message par cessybo le Ven 12 Jan - 10:27

vigillante a écrit:Si je peux me permettre,je dirais que chaque poète a écrit de beaux poèmes pour une dame,ou plusieurs.........On va vers une encyclopédie ...........


Je compte sur ta participation, Vigillante.
Il est vrai que le sujet est très vaste, mais nous n'avons pas tous/toutes la même approche du sujet, ni les mêmes gouts.
Pour avoir plus de variété, il faut une pluralité de choix.
Une encyclopédie, c'est trop, mais une anthologie signée par les participant(e)s de FFPT, ce ne serait peut-être pas mal, non ?

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Message par cessybo le Ven 12 Jan - 10:54

Mets ta chaise près de la mienne

Mets ta chaise près de la mienne
Et tends les mains vers le foyer
Pour que je voie entre tes doigts
La flamme ancienne
Flamboyer ;
Et regarde le feu
Tranquillement, avec tes yeux
Qui n'ont peur d'aucune lumière
Pour qu'ils me soient encore plus francs
Quand un rayon rapide et fulgurant
Jusques au fond de toi les frappe et les éclaire.

Oh ! que notre heure est belle et jeune encore
Quand l'horloge résonne avec son timbre d'or
Et que, me rapprochant, je te frôle et te touche
Et qu'une lente et douce fièvre
Que nul de nous ne désire apaiser,
Conduit le sûr et merveilleux baiser
Des mains jusques au front, et du front jusqu'aux lèvres.

Comme je t'aime alors, ma claire bien-aimée,
Dans ta chair accueillante et doucement pâmée
Qui m'entoure à son tour et me fond dans sa joie !
Tout me devient plus cher, et ta bouche et tes bras
Et tes seins bienveillants, où mon pauvre front las,
Après l'instant de plaisir fou que tu m'octroies,
Tranquillement, près de ton coeur, reposera.

Car je t'aime encor mieux après l'heure charnelle
Quand ta bonté encor plus sûre et maternelle
Fait succéder le repos tendre à l'âpre ardeur
Et qu'après le désir criant sa violence
J'entends se rapprocher le régulier bonheur
Avec des pas si doux qu'ils ne sont que silence.


Emile Verhaeren

La Femme, dans la poésie française - Page 2 5ce1e910

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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty François Coppée

Message par cessybo le Lun 15 Jan - 14:57

 Les yeux de la femme.





L'Éden resplendissait dans sa beauté première.
Ève, les yeux fermés encore à la lumière,
Venait d'être créée, et reposait, parmi
L'herbe en fleur, avec l'homme auprès d'elle endormi ;
Et, pour le mal futur qu'en enfer le Rebelle
Méditait, elle était merveilleusement belle.
Son visage très pur, dans ses cheveux noyé,
S'appuyait mollement sur son bras replié
Et montrant le duvet de son aisselle blanche ;
Et, du coude mignon à la robuste hanche,
Une ligne adorable, aux souples mouvements,
Descendait et glissait jusqu'à ses pieds charmants.
Le Créateur était fier de sa créature :
Sa puissance avait pris tout ce que la nature
Dans l'exquis et le beau lui donne et lui soumet,
Afin d'en embellir la femme qui dormait.
Il avait pris, pour mieux parfumer son haleine,
La brise qui passait sur les lys de la plaine ;
Pour faire palpiter ses seins jeunes et fiers,
Il avait pris le rythme harmonieux des mers ;
Elle parlait en songe, et pour ce doux murmure
Il avait pris les chants d'oiseaux sous la ramure ;
Et pour ses longs cheveux d'or fluide et vermeil
Il avait pris l'éclat des rayons du soleil ;
Et pour sa chair superbe il avait pris les roses.

Mais Ève s'éveillait ; de ses paupières closes
Le dernier rêve allait s'enfuir, noir papillon,
Et sous ses cils baissés frémissait un rayon.
Alors, visible au fond du buisson tout en flamme,
Dieu voulut résumer les charmes de la femme
En un seul, mais qui fût le plus essentiel,
Et mit dans son regard tout l'infini du ciel.


    

Poète : François Coppée (1842-1908)



Recueil : Les récits et les élégies (1878).          


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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Re: La Femme, dans la poésie française

Message par LARA le Lun 15 Jan - 16:10

Merci pour ces jolis poemes Cessybo et j apprecie l image de la premiere, les pieds au chaud  Very Happy
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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Extrait des Orientales

Message par cessybo le Mer 17 Jan - 17:01

Leïla

Il semble qu'aux sultans Dieu même
Pour femmes donne ses houris.
Mais, pour moi, la vierge qui m'aime,
La vierge dont je suis épris,

Les sultanes troublent le monde
Pour accomplir un de leurs voeux.
La vierge qui m'aime est plus blonde
Que les sables sous les flots bleus.

Le duvet où leur front sommeille
Au poids de l'or s'amoncela.
Rose, une rose est moins vermeille
Que la bouche de Leïla.

Elles ont la ceinture étroite,
Les perles d'or et le turban.
Sa taille flexible est plus droite
Que les cèdres du mont Liban !

Le hamac envolé se penche
Et les berce en son doux essor.
L'étoile au front des cieux est blanche,
Mais sa joue est plus blanche encor.

Elles ont la fête nocturne
Aux lueurs des flambeaux tremblants.
Ses bras comme des anses d'urne
S'arrondissent polis et blancs.

Elles ont de beaux bains de marbre
Où sourit le ciel étoilé.
Comme elle dormait sous un arbre,
J'ai vu son beau sein dévoilé.

Chaque esclave au tyran veut plaire
Comme chaque fleur au soleil.
Elle n'a pas eu de colère
Quand j'ai troublé son cher sommeil,

Dans leurs palais d'or, prisons closes,
Leurs chants endorment leurs ennuis.
Elle m'a dit tout bas des choses
Que je rêve tout haut les nuits !

Sa Hautesse les a d'un signe.
Il est le seul et le premier.
Ses bras étaient comme la vigne
Qui s'enlace aux bras du palmier !

Quand un seul maître a cent maîtresses,
Un jour n'a pas de lendemain.
Elle m'inondait de ses tresses
Pleines d'un parfum de jasmin !

Ce sont cent autels pour un prêtre,
Ou pour un seul char cent essieux.
Nous avons cru voir apparaître
La neuvième sphère des cieux !

Quelquefois les sultanes lèvent
Un coin de leur voile en passant.
Nous avions l'extase que rêvent
Les élus du Dieu tout-puissant !

Mais ce crime est la perte sûre
Des amants, toujours épiés.
Laissez-moi baiser sa chaussure
Et mettre mon front sous ses pieds !




Théodore de BANVILLE   (1823-1891)











La Femme, dans la poésie française - Page 2 65stxx







Traduction d'un poème arabe, Notes des Orientales.

Février 1841.
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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Aux femmes

Message par cessybo le Sam 20 Jan - 16:00

Aux femmes




Recueil : Premières poésies (1871).


S'il arrivait un jour, en quelque lieu sur terre,
Qu'une entre vous vraiment comprit sa tâche austère ;
Si, dans le sentier rude avançant lentement,
Cette âme s'arrêtait à quelque dévouement ;
Si c'était la bonté sous les cieux descendue,
Vers les infortunés la main toujours tendue ;
Si l'époux et l'enfant à ce cœur ont puisé ;
Si l'espoir de plusieurs sur elle est déposé ;
Femmes, enviez-la ! Tandis que dans la foule
Votre vie inutile en vains plaisirs s'écoule
Et que votre cœur flotte, au hasard entraîné,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la ! Qu'il souffre ou combatte, c'est Elle
Que l'homme à son secours incessamment appelle,
Sa joie et son espoir, son rayon sous les cieux,
Qu'il pressentait de l'âme et qu'il cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc qu'un vent du ciel ramène
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche d'olivier a rapporté l'amour.


  Poète : Louise Ackermann (1813-1890) 
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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Charles Baudelaire

Message par cessybo le Mer 24 Jan - 17:46

Chanson d'après-midi

Quoique tes sourcils méchants
Te donnent un air étrange
Qui n'est pas celui d'un ange,
Sorcière aux yeux alléchants,

Je t'adore, ô ma frivole,
Ma terrible passion !
Avec la dévotion
Du prêtre pour son idole.

Le désert et la forêt
Embaument tes tresses rudes,
Ta tête a les attitudes
De l'énigme et du secret.

Sur ta chair le parfum rôde
Comme autour d'un encensoir ;
Tu charmes comme le soir,
Nymphe ténébreuse et chaude.

Ah ! les philtres les plus forts
Ne valent pas ta paresse,
Et tu connais la caresse
Qui fait revivre les morts !

Tes hanches sont amoureuses
De ton dos et de tes seins,
Et tu ravis les coussins
Par tes poses langoureuses.

Quelquefois, pour apaiser
Ta rage mystérieuse,
Tu prodigues, sérieuse,
La morsure et le baiser ;

Tu me déchires, ma brune,
Avec un rire moqueur,
Et puis tu mets sur mon coeur
Ton oeil doux comme la lune.

Sous tes souliers de satin,
Sous tes charmants pieds de soie,
Moi, je mets ma grande joie,
Mon génie et mon destin,

Mon âme par toi guérie,
Par toi, lumière et couleur !
Explosion de chaleur
Dans ma noire Sibérie !







  • Charles BAUDELAIRE   (1821-1867)






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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Apollinaire et Lou

Message par cessybo le Lun 5 Fév - 16:13


C'est Lou qu'on la nommait

[size=32]
Il est des loups de toute sorte
Je connais le plus inhumain
Mon cœur que le diable l'emporte
Et qu'il le dépose à sa porte
N'est plus qu'un jouet dans sa main

Les loups jadis étaient fidèles
Comme sont les petits toutous
Et les soldats amants des belles
Galamment en souvenir d'elles
Ainsi que les loups étaient doux

Mais aujourd'hui les temps sont pires
Les loups sont tigres devenus
Et les Soldats et les Empires
Les Césars devenus Vampires
Sont aussi cruels que Vénus

J'en ai pris mon parti Rouveyre
Et monté sur mon grand cheval
Je vais bientôt partir en guerre
Sans pitié chaste et l'œil sévère
Comme ces guerriers qu'Épinal

Vendait Images populaires
Que Georgin gravait dans le bois
Où sont-ils ces beaux militaires
Soldats passés Où sont les guerres
Où sont les guerres d'autrefois
[/size]


[size=32]

La Femme, dans la poésie française - Page 2 Louise10

[/size]
Mon très cher petit Lou je t'aime


Mon très cher petit Lou je t’aime
Ma chère petite étoile palpitante je t’aime
Corps délicieusement élastique je t’aime
Vulve qui serre comme un casse-noisette je t’aime
Sein gauche si rose et si insolent je t’aime
Sein droit si tendrement rosé je t’aime
Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t’aime
Mamelon gauche semblable à une bosse du front d’un petit veau
qui vient de naître je t’aime
Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime
Fesses exquisément agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime
Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t’aime
Toison claire comme une forêt en hiver je t’aime
Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime
Chute des épaules adorablement pure je t’aime
Cuisse au galbe aussi esthétique qu’une colonne de temple antique je t’aime
Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime
Chevelure trempée dans le sang des amours je t’aime
Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime
Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime
Taille qui n’a jamais connu le corset taille souple je t’aime
Dos merveilleusement fait et qui s’est courbé pour moi je t’aime
Bouche Ô mes délices ô mon nectar je t’aime
Regard unique regard-étoile je t’aime
Mains dont j’adore les mouvements je vous aime
Nez singulièrement aristocratique je t’aime
Démarche onduleuse et dansante je t’aime
Ô petit Lou je t’aime je t’aime je t’aime.







[size=32]Guillaume Apollinaire
[/size]
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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Hugo : Toute la vie d'in cœur

Message par cessybo le Mar 6 Fév - 17:21

Toute la vie d'un cœur
1820


Un coup de vent passa, souffle leste et charmant

Qui fit tourbillonner les jupes follement.

Je la savais ailée, étoilée, azurée,

Je l'adorais ; mon âme allait dans l'empyrée

A sa suite. Oh ! l'amour, c'est tout ; le reste est vain.

Je ne supposais pas que cet être divin

Qui m'emportait rêveur si loin de la matière,

Eût des jambes ; soudain je vis sa jarretière,

Et cela me choqua. - Quoi ! me dis-je, elle aussi !

Je la contemple, ému, tremblant, brûlant, transi,

Et je vois de la chair où j'adorais une âme !

Soit. Le songe est fini. Ce n'est donc qu'une femme

Qui marche sur la terre, et se retrousse au vent !



Et je fus amoureux bien plus qu'auparavant.





  • Victor HUGO   (1802-1885)


La Femme, dans la poésie française - Page 2 Screen73








 

Toute la vie d'un cœur - 1819


Or, nous cueillions ensemble la pervenche.

Je soupirais, je crois qu'elle rêvait.
Ma joue à peine avait un blond duvet.
Elle avait mis son jupon du dimanche ;
Je le baissais chaque fois qu'une branche
Le relevait.

Et nous cueillions ensemble la pervenche.

Le diable est fin, mais nous sommes bien sots.
Elle s'assit sous de charmants berceaux
Près d'un ruisseau qui dans l'herbe s'épanche ;
Et vous chantiez dans votre gaîté franche,
Petits oiseaux.

Et nous cueillions ensemble la pervenche.

Le paradis pourtant m'était échu.
En ce moment, un bouc au pied fourchu
Passe et me dit : Penche-toi. Je me penche.
Anges du ciel ! je vis sa gorge blanche
Sous son fichu !

Et nous cueillions ensemble la pervenche.

J'étais bien jeune et j'avais peur d'oser.
Elle me dit : Viens donc te reposer
Sous mon ombrelle, et me donna du manche
Un petit coup, et je pris ma revanche
Par un baiser.

Et nous cueillions ensemble la pervenche.


Victor HUGO   (1802-1885)
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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Clément Marot - Un grand poète du XVI° siècle - Un peu coquin. Ce n'est pas pour me déplaire...

Message par cessybo le Lun 12 Fév - 17:18

Blason du tétin


Tétin refait, plus blanc qu'un œuf,

Tétin de satin blanc tout neuf,

Tétin qui fais honte à la Rose

Tétin plus beau que nulle chose

Tétin dur, non pas Tétin, voire,

Mais petite boule d'Ivoire,

Au milieu duquel est assise

Une Fraise, ou une Cerise

Que nul ne voit, ne touche aussi,

Mais je gage qu'il est ainsi:

Tétin donc au petit bout rouge,

Tétin qui jamais ne se bouge,

Soit pour venir, soit pour aller,

Soit pour courir, soit pour baller;

Tétin gauche, tétin mignon,

Toujours loin de son compagnon,

Tétin qui portes témoignage

Du demourant du personnage,

Quand on te voit, il vient à maints

Une envie dedans les mains

De te tâter, de te tenir:

Mais il faut bien se contenir

D'en approcher, bon gré ma vie,

Car il viendrait une autre envie.

Ô Tétin, ne grand, ne petit,

Tétin mûr, Tétin d'appétit,

Tétin qui nuit et jour criez:

Mariez-moi tôt, mariez!

Tétin qui t'enfles, et repousses

Ton gorgias de deux bons pouces,

À bon droit heureux on dira

Celui qui de lait t'emplira,

Faisant d'un Tétin de pucelle,

Tétin de femme entière et belle.

 

Clément Marot (1495-1544)















La poésie française s’ouvre au XVIe siècle par le nom de Clément Marot. Cet aimable poète résume en lui toutes les qualités de notre vieille poésie, il en possède tous les charmes. On retrouve en lui la couleur de Villon, le naturel de Froissart, la délicatesse de Charles d’Orléans, le bon sens d’Alain Chartier et la verve mordante de Jean de Meung. Marot est le premier type de l’esprit français, il semble que la poésie du XIVe et du XVe siècle, sur le point de s’éclipser devant l’éclat nouveau de la Renaissance, ait ramassé toutes ses richesses pour en douer cet heureux héritier des trouvères .



Marot naquit à Cahors à la fin du XVe siècle. Son père était poète en titre de la femme de Louis XI, et devint valet de chambre de François Ier. Il parait que le jeune Clément conçut de bonne heure du goût pour la poésie ; heureux de lui trouver ces dispositions précoces, son père le mena à Paris, dès l’âge de dix ans, pour le faire étudier ; mais le jeune élève fut assez mauvais écolier. Au sortir du collège, il entra comme page chez un seigneur de la cour, d’où il passa, en qualité de valet de chambre, chez Marguerite de Valois, sœur de François Ier, princesse aussi érudite qu’aimable et charmante.



Il suivit le roi François Ier dans plusieurs expéditions, fut blessé au bras et fait prisonnier à ses côtés à la funeste bataille de Pavie ; mais ayant été bientôt relâché, il revint en France où l’attendaient de nouveaux malheurs. À peine de retour, il eut des démêlés avec les Sorbonistes, théologiens pleins de pédanterie, et leur lança quelques épigrammes acérées. Pour se venger, les Sorbonistes irrités le dénoncèrent comme ayant donné dans les nouvelles idées de la Réforme.










Arrêté par l’ordre des inquisiteurs, il écrivit à cette occasion, à un ami, une de ses épîtres les plus spirituelles. Il lui raconte la fable du Lion et du Rat, qu’il applique fort à propos à sa situation, priant son ami d’être le lion et de délivrer le rat prisonnier. Il adressa aussi une charmante épître au roi, et François Ier, touché de cette spirituelle prière, écrivit de sa propre main pour le faire mettre en liberté.Les liaisons de Marot avec les Réformés ne tardèrent pas à lui attirer de nouvelles persécutions. Se voyant menacé une fois encore de la prison, et craignant que François Ier ne se lassât de le protéger, il prit la fuite et alla chercher un asile à la cour de Renée de France, sœur de la reine et duchesse de Ferrare.

Mais bientôt ennuyé de l’exil, il sollicita son retour qu’il acheta au prix de l’abjuration.De retour à Paris, il entreprit de se faire une réputation de bon chrétien, en traduisant les psaumes malheureusement, les Sorbonistes trouvèrent dans sa traduction des erreurs de doctrine. Marot, craignant de nouvelles persécutions, se réfugia à Turin, où il mourut à l’âge de quarante-neuf ans. Les psaumes, chantés d’abord par les catholiques et les protestants, furent finalement, grâce à Calvin, introduits dans le culte des Réformes. Ils furent plus tard complétés par Théodore de Gèze.
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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Paul Verlaine

Message par cessybo le Mer 14 Fév - 18:25

 Femme et chatte




Elle jouait avec sa chatte,
Et c'était merveille de voir
La main blanche et la blanche patte
S'ébattre dans l'ombre du soir.

Elle cachait - la scélérate ! -
Sous ces mitaines de fil noir
Ses meurtriers ongles d'agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.

L'autre aussi faisait la sucrée
Et rentrait sa griffe acérée,
Mais le diable n'y perdait rien...
Et dans le boudoir où, sonore,
Tintait son rire aérien,
Brillaient quatre points de phosphore.




Poète : Paul Verlaine (1844-1896)

Recueil : Poèmes saturniens (1866).


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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Re: La Femme, dans la poésie française

Message par Invité le Mer 14 Fév - 20:15

Je t'aime tant (1)

Recueil : Le délire de l'amour (1780)
Je t'aime tant, je t'aime tant :
Je ne puis assez te le dire,
Et je le répète pourtant
À chaque fois que je respire.
Absent, présent, de près, de loin,
Je t'aime est le mot que je trouve :
Seul, avec toi, devant témoin,
Ou je le pense ou je le prouve.


Fabre d'Églantine Haut de page


Je t'aime tant (2)

Recueil : Le délire de l'amour (1780)
Ton cœur m'est tout : mon bien, ma loi,
Te plaire est toute mon envie ;
Enfin, en toi, par toi, pour toi,
Je respire et tiens à la vie.
Ma bien-aimée, mon trésor !
Q'ajouterai-je à ce langage ?
Dieu ! que je t'aime ! Eh bien ! encore
Je voudrais t'aimer davantage.


Fabre d'Églantine

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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Re: La Femme, dans la poésie française

Message par cessybo le Mer 14 Fév - 20:52

C'est excellent Vigillante. Very Happy
Fabre d'Églantine n'est pas tellement connu. C'est une découverte intéressante.
Merci de ta participation.
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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Re: La Femme, dans la poésie française

Message par haroun 6259 le Mer 14 Fév - 21:25

cessybo a écrit:C'est excellent Vigillante. Very Happy
Fabre d'Églantine n'est pas tellement connu. C'est une découverte intéressante.
Merci de ta participation.
Fabre d'Eglantine, c'est l'auteur de " Il pleut, il pleut, bergère ". C'était peut-être un avertissement donné à Marie-Antoinette jouant à la bergère... Mais cette reine ne le comprit pas, . De toute manière, Fabre d'Eglantine ne survécut que quelques mois à Marie-Antoinette, la guillotine ne chômait pas !
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Message par cessybo le Mar 6 Mar - 16:30



Jules Laforgue (1860-1887)

Rondel sur ses mains .

Oh ! baiser ses petites mains,
Ses mains douces, pâles et fines
D'un nid délicat de malines
Sortant un peu leurs poignets fins.
En d'exquis et frêles dessins
Courent leurs veines azurines.
Oh! baiser ses petites mains,
Ses mains douces, pâles et fines.
Elles damneraient bien des Saints,
Et même bien des misogynes,
Avec leurs mollesses câlines.
Pour moi, j'en suis fou, je le crains,
Oh ! baiser ses petites mains.

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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Charles d'Orléans

Message par cessybo le Mer 7 Mar - 17:23

Dieu, qu'il la fait bon regarder

       


Dieu, qu'il la fait bon regarder,
La gracieuse, bonne et belle !
Pour les grans biens qui sont en elle,
Chacun est prest de la louer.

Qui se pourroit d'elle lasser ?
Toujours sa beauté renouvelle,
Dieu, qu'il la fait bon regarder,
La gracieuse, bonne et belle !

Par deça ne dela la mer
Ne sçay dame ne damoiselle
Qui soit en tous biens parfais telle ;
C'est un songe que d'y penser.
Dieu, qu'il la fait bon regarder !


  

Poète : Charles d'Orléans (1394-1465


Recueil : Rondeaux.           


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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty L'humour d'Alfred de Musset

Message par cessybo le Lun 12 Mar - 17:42

Conseils à une parisienne








Oui, si j'étais femme, aimable et jolie,
Je voudrais, Julie,
Faire comme vous ;
Sans peur ni pitié, sans choix ni mystère,
A toute la terre
Faire les yeux doux.

Je voudrais n'avoir de soucis au monde
Que ma taille ronde,
Mes chiffons chéris,
Et de pied en cap être la poupée
La mieux équipée
De Rome à Paris.

Je voudrais garder pour toute science
Cette insouciance
Qui vous va si bien ;
Joindre, comme vous, à l'étourderie
Cette rêverie
Qui ne pense à rien.

Je voudrais pour moi qu'il fût toujours fête,
Et tourner la tête,
Aux plus orgueilleux ;
Être en même temps de glace et de flamme,
La haine dans l'âme,
L'amour dans les yeux.

Je détesterais, avant toute chose,
Ces vieux teints de rose
Qui font peur à voir.
Je rayonnerais, sous ma tresse brune,
Comme un clair de lune
En capuchon noir.

Car c'est si charmant et c'est si commode,
Ce masque à la mode,
Cet air de langueur !
Ah ! que la pâleur est d'un bel usage !
Jamais le visage
N'est trop loin du coeur.

Je voudrais encore avoir vos caprices,
Vos soupirs novices,
Vos regards savants.
Je voudrais enfin, tant mon coeur vous aime,
Être en tout vous-même...
Pour deux ou trois ans.

Il est un seul point, je vous le confesse,
Où votre sagesse
Me semble en défaut.
Vous n'osez pas être assez inhumaine.
Votre orgueil vous gêne ;
Pourtant il en faut.

Je ne voudrais pas, à la contredanse,
Sans quelque prudence
Livrer mon bras nu ;
Puis, au cotillon, laisser ma main blanche
Traîner sur la manche
Du premier venu.

Si mon fin corset, si souple et si juste,
D'un bras trop robuste
Se sentait serré,
J'aurais, je l'avoue, une peur mortelle
Qu'un bout de dentelle
N'en fût déchiré.

Chacun, en valsant, vient sur votre épaule
Réciter son rôle
D'amoureux transi ;
Ma beauté, du moins, sinon ma pensée,
Serait offensée
D'être aimée ainsi.

Je ne voudrais pas, si j'étais Julie,
N'être que jolie
Avec ma beauté.
Jusqu'au bout des doigts je serais duchesse.
Comme ma richesse,
J'aurais ma fierté.

Voyez-vous, ma chère, au siècle où nous sommes,
La plupart des hommes
Sont très inconstants.
Sur deux amoureux pleins d'un zèle extrême,
La moitié vous aime
Pour passer le temps.

Quand on est coquette, il faut être sage.
L'oiseau de passage
Qui vole à plein coeur
Ne dort pas en l'air comme une hirondelle,
Et peut, d'un coup d'aile,
Briser une fleur.




  




Poète : Alfred de Musset (1810-1857)   




   Recueil : Poésies nouvelles (1850).    








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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Un peu de romantisme pour oublier le bruit des explosions

Message par cessybo le Lun 16 Avr - 18:15

Treize ans


Elle avait dix-neuf ans. Moi, treize. Elle était belle ;
Moi, laid. Indifférente, - et moi je me tuais...
Rêveur sombre et brûlant, je me tuais pour elle.
Timide, concentré, fou, je m'exténuais...
Mes yeux noirs et battus faisaient peur à ma mère ;
Mon pâle front avait tout à coup des rougeurs
Qui me montaient du coeur comme un feu sort de terre !
Je croyais que j'avais deux coeurs.

Un n'était pas assez pour elle. Ma poitrine
Semblait sous ces deux coeurs devoir un jour s'ouvrir
Et les jeter tous deux sous sa fière bottine,
Pour qu'elle pût fouler mieux aux pieds son martyr !
Ô de la puberté la terrible démence !
Qui ne les connut pas, ces amours de treize ans ?
Solfatares du coeur qui brûlent en silence,
Embrasements, étouffements !

Je passais tous mes jours à ne regarder qu'elle...
Et le soir, mes deux yeux, fermés comme deux bras,
L'emportaient, pour ma nuit, au fond de leur prunelle...
Ah ! le regard fait tout, quand le coeur n'ose pas !
Le regard, cet oseur et ce lâche, en ses fièvres,
Sculpte le corps aimé sous la robe, à l'écart...
Notre coeur, nos deux mains, et surtout nos deux lèvres ;
Nous les mettons dans un regard !

Mais un jour je les mis ailleurs... et dans ma vie
Coup de foudre reçu n'a fumé plus longtemps !
C'est quand elle me dit : " Cousin, je vous en prie... "
Car nous étions tous deux familiers et parents ;
Car ce premier amour, dont la marque nous reste
Comme l'entaille, hélas ! du carcan reste au cou,
Il semble que le Diable y mêle un goût d'inceste
Pour qu'il soit plus ivre et plus fou !

Et c'était un : " Je veux ! " que ce : " Je vous en prie,
Allons voir le cheval que vous dressez pour moi... "
Elle entra hardiment dans la haute écurie,
Et moi, je l'y suivis, troublé d'un vague effroi...
Nous étions seuls ; l'endroit était grand et plein d'ombre,
Et le cheval, sellé comme pour un départ,
Ardent au râtelier, piaffait dans la pénombre...
Mes deux lèvres, dans mon regard,

Se collaient à son corps, - son corps, ma frénésie ! -
Arrêté devant moi, cambré, voluptueux,
Qui ne se doutait pas que j'épuisais ma vie
Sur ses contours, étreints et mangés par mes yeux !
Elle avait du matin sa robe blanche et verte,
Et sa tête était nue, et ses forts cheveux noirs
Tordus, tassés, lissés sans une boucle ouverte,
Avaient des lueurs de miroirs !

Elle se retourna : " Mon cousin, - me dit-elle
Simplement, - de ce ton qui nous fait tant de mal ! -
Vous n'êtes pas assez fort pour me mettre en selle ?... "
Je ne répondis point, - mais la mis à cheval
D'un seul bond !... avec la rapidité du rêve,
Et, ceignant ses jarrets de mes bras éperdus,
Je lui dis, enivré du fardeau que j'enlève :
" Pourquoi ne pesez-vous pas plus ? "

Car on n'a jamais trop de la femme qu'on aime
Sur le coeur, - dans les bras, - partout, - et l'on voudrait
Souvent mourir pâmé... pâmé sous le poids même
De ce cors, dense et chaud, qui nous écraserait !
Je la tenais toujours sous ses jarrets, - la selle
Avait reçu ce poids qui m'en rendait jaloux,
Et je la regardais, dans mon ivresse d'elle,
Ma bouche effleurant ses genoux ;

Ma bouche qui séchait de désir, folle, avide...
Mais Elle, indifférente en sa tranquillité,
Tendait rêveusement les rênes de la bride,
- Callipyge superbe, assise de côté ! -
Tombant sur moi de haut, en renversant leur flamme,
Ses yeux noirs, très couverts par ses cils noirs baissés,
Me brûlaient jusqu'au sang, jusqu'aux os, jusqu'à l'âme,
Sans que je leur criasse : " Assez ! "

Et le désir, martyre à la fois et délice,
Me couvrait de ses longs frissons interrompus ;
Et j'éprouvais alors cet étrange supplice
De l'homme qui peut tout... et pourtant n'en peut plus !
A tenir sur mes bras sa cuisse rebondie,
Ma tête s'en allait, - tournoyait, - j'étais fou !
Et j'osai lui planter un baiser... d'incendie
Sur la rondeur de son genou !

Et ce baiser la fit crier comme une flamme
Qui l'eût mordue au coeur, au sein, au flanc, partout !
Et ce baiser tombé sur un genou de femme
Par la robe voilé, puis ce cri... ce fut tout !
Ce fut tout ce jour-là. - Rigide sur sa selle,
Elle avait pris mon front et avait écarté
De ses tranquilles mains, ce front, ce front plein d'elle,
Rebelle qu'elle avait dompté !

Et ce fut tout depuis, - et toujours. Notre vie
S'en alla bifurquant par des chemins divers.
Peut-être elle oublia, cet instant de folie,
Où de la voir ainsi mit mon âme à l'envers !
Elle oublia. Moi, non. Et nulle de ces femmes
Qui, depuis, m'ont le mieux passé les bras au cou,
N'arracha de ma lèvre, avec sa lèvre en flammes,
L'impression de ce genou !


Jules BARBEY D'AUREVILLY   (1807-1889)



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La Femme, dans la poésie française - Page 2 Empty Joachim du Bellay

Message par cessybo le Sam 5 Mai - 22:13

Villanelle




En ce mois délicieux,
Qu’amour toute chose incite,
Un chacun à qui mieux mieux
La douceur’ du temps imite,
Mais une rigueur dépite
Me fait pleurer mon malheur.
Belle et franche Marguerite
Pour vous j’ai cette douleur.
Dedans votre oeil gracieux
Toute douceur est écrite,
Mais la douceur de vos yeux
En amertume est confite,
Souvent la couleuvre habite
Dessous une belle fleur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ai cette douleur.
Or, puis que je deviens vieux,
Et que rien ne me profite,
Désespéré d’avoir mieux,
Je m’en irai rendre ermite,
Pour mieux pleurer mon malheur.
Belle et franche Marguerite,
Pour vous j’ai cette douleur.
Mais si la faveur des Dieux
Au bois vous avait conduite,
Ou, d’espérer d’avoir mieux,
Je m’en irai rendre ermite,
Peut être que ma poursuite
Vous ferait changer couleur.
Belle et franche Marguerite
Pour vous j’ai cette douleur.


Joachim Du Bellay


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