La Femme, dans la poésie française

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La Femme, dans la poésie française

Message par cessybo le Ven 5 Jan - 22:22

Bonsoir !

Il m'a semblé qu'un fil, dédié à la femme, manquait dans ce forum.

Je vous invite à y participer. Ce n'est pas difficile, les femmes ont inspiré tant de poètes.








Les cheveux


Simone, il y a un grand mystère
Dans la forêt de tes cheveux.

Tu sens le foin, tu sens la pierre
Où des bêtes se sont posées ;
Tu sens le cuir, tu sens le blé,
Quand il vient d'être vanné ;
Tu sens le bois, tu sens le pain
Qu'on apporte le matin ;
Tu sens les fleurs qui ont poussé
Le long d'un mur abandonné ;
Tu sens la ronce, tu sens le lierre
Qui a été lavé par la pluie ;
Tu sens le jonc et la fougère
Qu'on fauche à la tombée de la nuit ;
Tu sens la ronce, tu sens la mousse,
Tu sens l'herbe mourante et rousse
Qui s'égrène à l'ombre des haies ;
Tu sens l'ortie et le genêt,
Tu sens le trèfle, tu sens le lait ;
Tu sens le fenouil et l'anis ;
Tu sens les noix, tu sens les fruits
Qui sont bien mûrs et que l'on cueille ;
Tu sens le saule et le tilleul
Quand ils ont des fleurs plein les feuilles ;
Tu sens le miel, tu sens la vie
Qui se promène dans les prairies ;
Tu sens la terre et la rivière ;
Tu sens l'amour, tu sens le feu.

Simone, il y a un grand mystère
Dans la forêt de tes cheveux.



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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par LARA le Ven 5 Jan - 22:37

Tres joli poeme, je pense que Simone est une sauvageonne qui aime la campagne 
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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par cessybo le Ven 5 Jan - 22:43

LARA a écrit:Tres joli poeme, je pense que Simone est une sauvageonne qui aime la campagne 


C'est aussi le prénom de mon épouse... Very Happy
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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par LARA le Ven 5 Jan - 23:13

Alors il faut lui reciter souvent  Very Happy
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Les joues d'Amaranthe

Message par cessybo le Sam 6 Jan - 11:58

Les joues d'Amaranthe


Des roses et des lys filles et soeurs jumelles,
Qui sous un lait caillé doucement tremblotez,
Joues où l'amour joue en toutes privautés,
Et bâtit aux souris des demeures nouvelles,

Lors que vous rougissez, que vos roses sont belles,
Quand l'épine d'honneur veut armer vos beautés,
Le satin de vos lys montrant vos chastetés,
Donne aux amants la peur, et l'amour aux rebelles.

Petits creux, magasins et d'amours et d'appas,
La petite rondeur que vous avez en bas,
Fait que je vous compare aux pommes d'Atalante.

S'il faut pour ce beau fruit mourir, ou bien courir,
Ma course est inégale : il me faut donc mourir,
Si vous ne me donnez vos pommes, Amaranthe.

Pierre de MARBEUF   (1596-1645)
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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par LARA le Sam 6 Jan - 16:42

Superbe poesie que je ne connaissais pas, merci  Cessybo  Very Happy
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Marc Lavoine poète et chanteur

Message par cessybo le Dim 7 Jan - 15:40

Elle a les yeux revolver

Un peu spéciale, elle est célibataire
Le visage pâle, les cheveux en arrière
Et j'aime ça
Elle se dessine sous des jupes fendues
Et je devine des histoires défendues
C'est comme ça
Tell'ment si belle quand elle sort
Tell'ment si belle, je l'aime tell'ment si fort

Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue
Elle a tiré la première, m'a touché, c'est foutu
Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue
Elle a tiré la première, elle m'a touché, c'est foutu

Un peu larguée, un peu seule sur la terre
Les mains tendues, les cheveux en arrière
Et j'aime ça
A faire l'amour sur des malentendus
On vit toujours des moments défendus
C'est comme ça



Tell'ment si femme quand elle mord
Tell'ment si femme, je l'aime tell'ment si fort

Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue
Elle a tiré la première, m'a touché, c'est foutu
Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue
Elle a tiré la première, elle m'a touché, c'est foutu

Son corps s'achève sous des draps inconnus
Et moi je rêve de gestes défendus
C'est comme ça
Un peu spéciale, elle est célibataire
Le visage pâle, les cheveux en arrière
Et j'aime ça
Tell'ment si femme quand elle dort
Tell'ment si belle, je l'aime tell'ment si fort

Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue
Elle a tiré la première, m'a touché, c'est foutu
Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue
Elle a tiré la première, elle m'a touché, c'est foutu


Marc Lavoine

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Leconte de Lisle : La fille aux cheveux de lin.

Message par cessybo le Dim 7 Jan - 16:06




La fille aux cheveux de lin















Sur la luzerne en fleur assise,
Qui chante dès le frais matin ?
C'est la fille aux cheveux de lin,
La belle aux lèvres de cerise.

L'amour, au clair soleil d'été,
Avec l'alouette a chanté.

Ta bouche a des couleurs divines,
Ma chère, et tente le baiser !
Sur l'herbe en fleur veux-tu causer,
Fille aux cils longs, aux boucles fines ?

L'amour, au clair soleil d'été,
Avec l'alouette a chanté.

Ne dis pas non, fille cruelle !
Ne dis pas oui ! J'entendrai mieux
Le long regard de tes grands yeux
Et ta lèvre rose, ô ma belle !

L'amour, au clair soleil d'été,
Avec l'alouette a chanté.

Adieu les daims, adieu les lièvres
Et les rouges perdrix ! Je veux
Baiser le lin de tes cheveux,
Presser la pourpre de tes lèvres !

L'amour, au clair soleil d'été,
Avec l'alouette a chanté.


Leconte de Lisle





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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par LARA le Dim 7 Jan - 17:35

Merci beaucoup Cessybo, bien sur je connaissais cette premiere chanson, mais le second poeme est magnifique -  Very Happy
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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par Invité le Dim 7 Jan - 20:34

Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

Victor Hugo, Les feuilles d’automne

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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par cessybo le Dim 7 Jan - 21:14

vigillante a écrit:Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

Victor Hugo, Les feuilles d’automne


Merci Vigillante ! J'apprécie ta participation

et ce choix de Victor Hugo auquel j'ajouterai :


"Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là.
Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile ;
Qui pour vous donnera son âme s'il le faut,
Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut."
(Ruy Blas)
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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par LARA le Dim 7 Jan - 23:23

Merci a vous deux  Very Happy

A mon tour  Very Happy

Et je decore mon cahier moi ! Avec un Ondine Indienne  Very Happy



Ondine
 
 
" Ecoute ! - Ecoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui

frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta

fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ;

et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui

contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi. 




"Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant,

chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais,

et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le

triangle du feu, de la terre et de l'air. 




" Ecoute ! - Ecoute ! - Mon père bat l'eau coassante

d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de

leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls,

ou se moquent du saule caduc et

barbu qui pêche à la ligne ! "




Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son

anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et

de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle,




boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa

un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent

blanches le long de mes vitraux bleus.

 
 
 
Aloysius BERTRAND (1807-1841)
(Recueil : Gaspard de la nuit)
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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par Invité le Lun 8 Jan - 9:16

Cessybo,j'ai vu Ruy Blas ,en matinée ,à la comédie française..........je devais avoir 14 ans.....Et aussi ,ds les mêmes conditions,l'Aiglon,joué par une dame ds le rôle !
Ca rentrait ds notre culture littéraire au lycée......
J'ai été en adoration,j'ai acheté les livres,je connais encore des passages entiers.......
Et je déteste le théâtre ou ça cabotine,en criant ,s'agitant,claquant les portes........
Ca m'horripile!

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L'Aiglon

Message par cessybo le Lun 8 Jan - 11:51

Vigillante,

Dans les années 1900, Sarah Bernhardt avait obtenu un grand succès en interprétant l'Aiglon.

Il y a un passage très célèbre que j'aime bien, dans l'acte II, au moment ou Marmont, pour tenter de se faire pardonner  sa trahison invoque la fatigue, comme excuse :

Le Duc

L'avoir trahi, duc de Raguse - toi !

Oui vous vous disiez tous, je sais "Pourquoi pas moi ? "

En voyant empereur votre ancien camarade.

Mais toi ! Toi ! Qu'il aima depuis le premier grade !

- Car il t'aimait au point de rendre mécontents

Ses soldats ! - Toi qu'il fit maréchal à trente ans

…/…

Je voudrais pardonner! -Pourquoi l'as-tu trahi?

Marmont

Ah! Monseigneur!...

Le Duc

Pourquoi,- vous autres?...

Marmont

La fatigue!


Et c'est là que se situe la célèbre tirade de Flambeau, le Laquais :


 
Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades,

Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,

Sans espoir de duchés ni de dotations;

Nous qui marchions toujours et jamais n'avancions;

Trop simples et trop gueux pour que l'espoir nous berne

De ce fameux bâton qu'on a dans sa giberne;

Nous qui par tous les temps n'avons cessé d'aller,

Suant sans avoir peur, grelottant sans trembler,

Ne nous soutenant plus qu'à force de trompette,

De fièvre, et de chansons qu'en marchant on répète;

Nous sur lesquels pendant dix-sept ans, songez-y,

Sac, sabre, tournevis, pierres à feu, fusil,

-Ne parlons pas du poids toujours absent des vivres!-

Ont fait le doux total de cinquante-huit livres;

Nous qui coiffés d'oursons sous les ciels tropicaux,

Sous les neiges n'avions même plus de shakos;

Qui d'Espagne en Autriche exécutions des trottes;

Nous qui pour arracher ainsi que des carottes

Nos jambes à la boue énorme des chemins,

Devions les empoigner quelque fois à deux mains;

Nous qui pour notre toux n'ayant pas de jujube,

Prenions des bains de pied d'un jour dans le Danube;

Nous qui n'avions le temps quand un bel officier

Arrivait, au galop de chasse, nous crier :

"L'ennemi nous attaque, il faut qu'on le repousse!"

Que de manger un blanc de corbeau sur le pouce,

Ou vivement, avec un peu de neige, encor,

De nous faire un sorbet au sang de cheval mort;

Nous...

LE DUC (les mains crispées aux bras de son fauteuil, penché en avant, les yeux ardents.)

Enfin!

LE LAQUAIS

...qui, la nuit, n'avions pas peur des balles,

Mais de nous réveiller, le matin, cannibales;

Nous...

LE DUC (de plus en plus penché; s'accoudant sur la table, et dévorant cet homme du regard.) 

Enfin!...

LE LAQUAIS  

...qui marchant et nous battant à jeun

Ne cessions de marcher...

LE DUC (transfiguré de joie) 

Enfin! J'en vois donc un!

LE LAQUAIS

...Que pour nous battre, et de nous battre un contre quatre,

Que pour marcher, et de marcher que pour nous battre,

Marchant et nous battant, maigres, nus, noirs et gais...

Nous, nous ne l'étions pas, peut-être, fatigués?


C'est une scène d'une qualité exceptionnelle !
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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par cessybo le Lun 8 Jan - 12:03

Lara,

Je connais très peu Aloysius Bertrand, le chantre du poème en prose, mais j'ai bien aimé "Ondine".
Je vais essayer de retrouver d'autres œuvres de cet écrivain.
Merci de ta participation.
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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par Invité le Lun 8 Jan - 13:42

Et une pensée à une poétesse française,Louise Labbé,dite "la belle cordière"..........qui a tracé la voie.....

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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par Invité le Lun 8 Jan - 13:44

cessybo a écrit:Vigillante,

Dans les années 1900, Sarah Bernhardt avait obtenu un grand succès en interprétant l'Aiglon.

Il y a un passage très célèbre que j'aime bien, dans l'acte II, au moment ou Marmont, pour tenter de se faire pardonner  sa trahison invoque la fatigue, comme excuse :

Le Duc

L'avoir trahi, duc de Raguse - toi !

Oui vous vous disiez tous, je sais "Pourquoi pas moi ? "

En voyant empereur votre ancien camarade.

Mais toi ! Toi ! Qu'il aima depuis le premier grade !

- Car il t'aimait au point de rendre mécontents

Ses soldats ! - Toi qu'il fit maréchal à trente ans

…/…

Je voudrais pardonner! -Pourquoi l'as-tu trahi?

Marmont

Ah! Monseigneur!...

Le Duc

Pourquoi,- vous autres?...

Marmont

La fatigue!


Et c'est là que se situe la célèbre tirade de Flambeau, le Laquais :


 
Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades,

Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,

Sans espoir de duchés ni de dotations;

Nous qui marchions toujours et jamais n'avancions;

Trop simples et trop gueux pour que l'espoir nous berne

De ce fameux bâton qu'on a dans sa giberne;

Nous qui par tous les temps n'avons cessé d'aller,

Suant sans avoir peur, grelottant sans trembler,

Ne nous soutenant plus qu'à force de trompette,

De fièvre, et de chansons qu'en marchant on répète;

Nous sur lesquels pendant dix-sept ans, songez-y,

Sac, sabre, tournevis, pierres à feu, fusil,

-Ne parlons pas du poids toujours absent des vivres!-

Ont fait le doux total de cinquante-huit livres;

Nous qui coiffés d'oursons sous les ciels tropicaux,

Sous les neiges n'avions même plus de shakos;

Qui d'Espagne en Autriche exécutions des trottes;

Nous qui pour arracher ainsi que des carottes

Nos jambes à la boue énorme des chemins,

Devions les empoigner quelque fois à deux mains;

Nous qui pour notre toux n'ayant pas de jujube,

Prenions des bains de pied d'un jour dans le Danube;

Nous qui n'avions le temps quand un bel officier

Arrivait, au galop de chasse, nous crier :

"L'ennemi nous attaque, il faut qu'on le repousse!"

Que de manger un blanc de corbeau sur le pouce,

Ou vivement, avec un peu de neige, encor,

De nous faire un sorbet au sang de cheval mort;

Nous...

LE DUC (les mains crispées aux bras de son fauteuil, penché en avant, les yeux ardents.)

Enfin!

LE LAQUAIS

...qui, la nuit, n'avions pas peur des balles,

Mais de nous réveiller, le matin, cannibales;

Nous...

LE DUC (de plus en plus penché; s'accoudant sur la table, et dévorant cet homme du regard.) 

Enfin!...

LE LAQUAIS  

...qui marchant et nous battant à jeun

Ne cessions de marcher...

LE DUC (transfiguré de joie) 

Enfin! J'en vois donc un!

LE LAQUAIS

...Que pour nous battre, et de nous battre un contre quatre,

Que pour marcher, et de marcher que pour nous battre,

Marchant et nous battant, maigres, nus, noirs et gais...

Nous, nous ne l'étions pas, peut-être, fatigués?


C'est une scène d'une qualité exceptionnelle !
Merci pour ce passage,c'est celui dont je me souviens le mieux......avec cette phrase d'une autre scène: Le livre s'ouvre seul ,aux pages souvent lues.........




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La femme en poésie

Message par cessybo le Lun 8 Jan - 14:23

Après cette petite parenthèse, revenons au sujet de ce fil : "La femme dans la poésie française" :

Pour veiner de son front la pâleur délicate











Pour veiner de son front la pâleur délicate,
Le Japon a donné son plus limpide azur ;
La blanche porcelaine est d'un blanc bien moins pur
Que son col transparent et ses tempes d'agate ;

Dans sa prunelle humide un doux rayon éclate ;
Le chant du rossignol près de sa voix est dur,
Et, quand elle se lève à notre ciel obscur,
On dirait de la lune en sa robe d'ouate ;

Ses yeux d'argent bruni roulent moelleusement ;
Le caprice a taillé son petit nez charmant ;
Sa bouche a des rougeurs de pêche et de framboise ;

Ses mouvements sont pleins d'une grâce chinoise,
Et près d'elle on respire autour de sa beauté
Quelque chose de doux comme l'odeur du thé.




 Théophile Gautier (1811-1872)

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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par LARA le Lun 8 Jan - 16:12

Du meme auteur  Aloysius Bertrand  Very Happy



POÈME LES CINQ DOIGTS DE LA MAIN 
Le pouce est ce gras cabaretier flamand, d'humeur 
goguenarde et grivoise, qui fume sur sa porte, à 
l'enseigne de la double bière de mars. 

L'index est sa femme, virago sèche comme une merluche, 
qui, dès le matin, soufflette sa servante dont elle est 
jalouse, et caresse la bouteille dont elle est amoureuse. 

Le doigt du milieu est leur fils, compagnon dégrossi à 
la hache, qui serait soldat s'il n'était brasseur, et 
qui serait cheval s'il n'était homme. 



Le doigt de l'anneau est leur fille, leste et agaçante 
Zerbine, qui vend des dentelles aux dames et ne vend pas 
ses sourires aux cavaliers. 

Et le doigt de l'oreille est le Benjamin de la famille, 
marmot pleureur, qui toujours se brimbale à la ceinture 
de sa mère comme un petit enfant pendu au croc d'une 
ogresse. 

Les cinq doigts de la main sont la plus mirobolante 
giroflée à cinq feuilles qui ait jamais brodé les par- 
terres de la noble cité de Harlem.

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Victor Hugo

Message par cessybo le Mar 9 Jan - 21:41

Mon bras pressait ta taille frêle...

Mon bras pressait ta taille frêle
Et souple comme le roseau ;
Ton sein palpitait comme l'aile
D'un jeune oiseau.

Longtemps muets, nous contemplâmes
Le ciel où s'éteignait le jour.
Que se passait-il dans nos âmes ?
Amour ! Amour !

Comme un ange qui se dévoile,
Tu me regardais, dans ma nuit,
Avec ton beau regard d'étoile,
Qui m'éblouit.






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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par cessybo le Jeu 11 Jan - 15:53

L'andalouse


Avez-vous vu, dans Barcelone,
Une Andalouse au sein bruni ?
Pâle comme un beau soir d'automne !
C'est ma maîtresse, ma lionne!
La marquesa d'Amaëgui !

J'ai fait bien des chansons pour elle,
Je me suis battu bien souvent.
Bien souvent j'ai fait sentinelle,
Pour voir le coin de sa prunelle,
Quand son rideau tremblait au vent.

Elle est à moi, moi seul au monde.
Ses grands sourcils noirs sont à moi,
Son corps souple et sa jambe ronde,
Sa chevelure qui l'inonde,
Plus longue qu'un manteau de roi !

C'est à moi son beau col qui penche
Quand elle dort dans son boudoir,
Et sa basquina sur sa hanche,
Son bras dans sa mitaine blanche,
Son pied dans son brodequin noir !

Vrai Dieu ! Lorsque son oeil pétille
Sous la frange de ses réseaux,
Rien que pour toucher sa mantille,
De par tous les saints de Castille,
On se ferait rompre les os.

Qu'elle est superbe en son désordre,
Quand elle tombe, les seins nus,
Qu'on la voit, béante, se tordre
Dans un baiser de rage, et mordre
En criant des mots inconnus !

Et qu'elle est folle dans sa joie,
Lorsqu'elle chante le matin,
Lorsqu'en tirant son bas de soie,
Elle fait, sur son flanc qui ploie,
Craquer son corset de satin !

Allons, mon page, en embuscades !
Allons ! la belle nuit d'été !
Je veux ce soir des sérénades
A faire damner les alcades
De Tolose au Guadalété












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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par LARA le Jeu 11 Jan - 17:53

Merci Cessybo pour ces jolies poesies et la derniere est bien decoree par cette belle Andalouse  Very Happy
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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par Invité le Ven 12 Jan - 8:54

Si je peux me permettre,je dirais que chaque poète a écrit de beaux poèmes pour une dame,ou plusieurs.........On va vers une encyclopédie ...........

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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par cessybo le Ven 12 Jan - 10:27

vigillante a écrit:Si je peux me permettre,je dirais que chaque poète a écrit de beaux poèmes pour une dame,ou plusieurs.........On va vers une encyclopédie ...........


Je compte sur ta participation, Vigillante.
Il est vrai que le sujet est très vaste, mais nous n'avons pas tous/toutes la même approche du sujet, ni les mêmes gouts.
Pour avoir plus de variété, il faut une pluralité de choix.
Une encyclopédie, c'est trop, mais une anthologie signée par les participant(e)s de FFPT, ce ne serait peut-être pas mal, non ?
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Re: La Femme, dans la poésie française

Message par cessybo le Ven 12 Jan - 10:54

Mets ta chaise près de la mienne

Mets ta chaise près de la mienne
Et tends les mains vers le foyer
Pour que je voie entre tes doigts
La flamme ancienne
Flamboyer ;
Et regarde le feu
Tranquillement, avec tes yeux
Qui n'ont peur d'aucune lumière
Pour qu'ils me soient encore plus francs
Quand un rayon rapide et fulgurant
Jusques au fond de toi les frappe et les éclaire.

Oh ! que notre heure est belle et jeune encore
Quand l'horloge résonne avec son timbre d'or
Et que, me rapprochant, je te frôle et te touche
Et qu'une lente et douce fièvre
Que nul de nous ne désire apaiser,
Conduit le sûr et merveilleux baiser
Des mains jusques au front, et du front jusqu'aux lèvres.

Comme je t'aime alors, ma claire bien-aimée,
Dans ta chair accueillante et doucement pâmée
Qui m'entoure à son tour et me fond dans sa joie !
Tout me devient plus cher, et ta bouche et tes bras
Et tes seins bienveillants, où mon pauvre front las,
Après l'instant de plaisir fou que tu m'octroies,
Tranquillement, près de ton coeur, reposera.

Car je t'aime encor mieux après l'heure charnelle
Quand ta bonté encor plus sûre et maternelle
Fait succéder le repos tendre à l'âpre ardeur
Et qu'après le désir criant sa violence
J'entends se rapprocher le régulier bonheur
Avec des pas si doux qu'ils ne sont que silence.


Emile Verhaeren

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