3 juillet 1940 Mers-el-Kebir, une page sanglante pour la marine française

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3 juillet 1940 Mers-el-Kebir, une page sanglante pour la marine française

Message par cessybo le Lun 13 Nov - 15:45

Un petit rappel de la situation :

En 1939, la France possède une vraie puissance navale. Sous le commandement de l’amiral Darlan depuis 1937, la Marine
nationale a pour mission d'assurer le contact avec les territoires de l’empire colonial, rechercher et détruire les flottes ennemies et
mener une guerre de course contre les convois marchands ennemis. Elle comprend alors 76 navires de guerre (550 000 tonnes) :
2 cuirassés récents de type Dunkerque (26 500 t),
3 cuirassés de type Provence (23 000 t),
2 autres cuirassés en construction le Richelieu et le Jean-Bart(35 000 t), 18 croiseurs, 32 contre-torpilleurs*, 26 torpilleurs*, 1 porte-hydravions le Commandant-Teste,
1 seul porte-avions le Béarn
. Pour assurer sa sécurité, la France entreprend aussi la construction d'une vaste flotte sous-marine.
 Le sous-marin Surcouf*, construit en 1939 est le plus grand du monde (3 000 t). Il peut même embarquer un hydravion ! Grâce à ses ailes repliables, celui-ci est rangé dans un hangar étanche avant la plongée. C’est également le seul sous-marin à être armé d’une artillerie de gros calibre (tourelle double* de 203 mm). La Marine française possède 77 sous-marins plus petits, mais techniquement inférieurs aux U-Boot* allemands qui eux disposent de bases d’entraînement en mer Baltique.

En méditerranée, la Marine française dispose de 2 grands ports de guerre, Toulon en Provence,  et Mers-el-Kébir en Algérie.

Mers-el-Kébir est un  abri maritime  très prisé depuis des centaines d'années pour les raisons suivantes :

- Il s'agit d'une très belle rade de 7 Km de large entre les 2 abris naturels que sont d'un côte le Santon et de l'autre le Pic de l'Aïdour. Cette rade est également protégée côté terre par le Murdjadjo.
- Des fonds marins qui vont de 30 à 40 m de profondeur permettent aux gros navires d'y entrer.
- Les vents y sont rarement violents.
- Des courants favorables à la navigation.
- La très faible amplitude de la marée qui atteint au maximum 50 cm.
- Positionnement sur une route maritime très fréquentée.


Après la signature de l'armistice franco-allemand du 22 juin 1940, les Anglais craignent non sans raison que la flotte française, puissante et réputée, ne soit un jour réquisitionnée par les Allemands même si la convention d'armistice prévoit le désarmement des navires dans leur port d'attache.
Churchill décide en conséquence de s'emparer de tous les navires de guerre français à sa portée. À tout le moins, il demande que les Français les mettent hors de portée de l'ennemi, à la Martinique, par exemple. C'est l'opération « Catapult ».

Dès le 2 juillet 1940, par des ruses diverses ou par la menace, des officiers britanniques montent à bord des navires français amarrés dans leurs ports, à Portsmouth et Plymouth. Capturés, les marins et officiers se voient proposer de rejoindre de Gaulle. La plupart refusent, par fidélité au gouvernement légitime, et se font rapatrier.

Les Anglais excluent de s'en prendre aux navires français amarrés à Toulon, car leur attaque est risquée et d'autre part inciterait les Allemands à occuper ce port, pour l'heure épargné. L'escadre amarrée dans la rade de Mers el-Kébir, en Algérie, paraît davantage à leur portée.

Churchill doit résister dans son propre cabinet de guerre à ceux qui, tel Lord Halifax, conservent l'espoir d'amadouer Hitler ! Le Premier ministre voit donc dans l'attaque de Mers el-Kébir un double avantage : d'une part enlever aux Allemands toute chance de s'emparer des navires, d'autre part - le plus important sans doute à ses yeux - briser tout espoir d'accommodement avec le Führer et ses douteux comparses de Vichy.

Il veut prouver en particulier au président américain Franklin Roosevelt qu'il est déterminé à poursuivre la guerre envers et contre tout, au besoin contre son ancienne alliée la France, si celle-ci devait se rapprocher de l'Allemagne.

Churchill doit résister dans son propre cabinet de guerre à ceux qui, tel Lord Halifax, conservent l'espoir d'amadouer Hitler ! Le Premier ministre voit donc dans l'attaque de Mers el-Kébir un double avantage : d'une part enlever aux Allemands toute chance de s'emparer des navires, d'autre part - le plus important sans doute à ses yeux - briser tout espoir d'accommodement avec le Führer et ses douteux comparses de Vichy.



Il veut prouver en particulier au président américain Franklin Roosevelt qu'il est déterminé à poursuivre la guerre envers et contre tout, au besoin contre son ancienne alliée la France, si celle-ci devait se rapprocher de l'Allemagne.



Il câble à l'amiral Sir James Somerville, basé à Gibraltar : « Vous êtes chargé de l'une des missions les plus désagréables et les plus difficiles à laquelle ait jamais été confronté un amiral britannique ».



Il est vrai que ce dernier reçoit de mauvais gré l'ordre de mettre hors d'état de nuire ses anciens compagnons de combat. Il va tout tenter pour éviter l'irrémédiable... Le 3 juillet au matin, l'amiral se présente devant la rade de Mers el-Kébir, à la tête d'une puissante flotte de guerre.



Un plénipotentiaire anglais, le capitaine Cedric Holland, se rend auprès de l'amiral français Marcel Gensoul, sur le croiseur Dunkerque, et lui propose soit de suivre les Anglais, soit encore de se réfugier dans les Antilles, soit à la rigueur de se saborder.



L'amiral Gensoul fait traîner les négociations en longueur et met ses navires en position de combat ainsi que peut l'observer le plénipotentiaire. Il fait valoir qu'une attaque anglaise équivaudrait à une « déclaration de guerre ». À 15h, pour montrer sa détermination, Somerville fait miner l'entrée de la passe par ses avions de l'aéronavale.



Cependant que les discussions s'éternisent, les Anglais captent un message de l'amiral Darlan au vice-amiral Gensoul : le chef de la marine française lui fait savoir que les escadres de Toulon et d'Alger se portent à son secours ! À 17h30, Somerville fait savoir à l'amiral Gensoul que son ultimatum arrive à expiration. Les négociations s'interrompent et le plénipotentiaire regagne  aussitôt  la flotte anglaise, à l'abri derrière la jetée qui protège le port.




A suivre...
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La destruction de la marine française

Message par cessybo le Lun 13 Nov - 16:14

( Suite...)

Peu avant 18 heures, les Anglais ouvrent le feu sur l'escadre, composée de puissants et prestigieux croiseurs ou cuirassés : Dunkerque, Strasbourg, Provence, Bretagne, ainsi que de 15 torpilleurs, 6 sous-marins etc. Coulé à la troisième minute du combat, le Bretagne entraîne près d'un millier de marins dans la mort.

Au bout d'un quart d'heure, le tir cesse mais les avions anglais reviennent à la charge le 6 juillet et endommagent gravement le Dunkerque.

Les Anglais ont néanmoins la surprise de constater que le Strasbourg et trois contre-torpilleurs, dissimulés par la fumée des combats, ont réussi à franchir le barrage de mines. Ils regagnent Toulon, suivis quelques semaines plus tard du Provence et du Dunkerque. Ces navires vont en définitive se saborder avec le reste de la flotte le 27 novembre 1942 pour échapper cette fois aux Allemands.

L'attaque de Mers el-Kébir a un immense impact dans tous les pays. Le président américain Roosevelt tout comme Hitler comprennent que les Anglais ne renonceront pas à la lutte. Les députés anglais sont également rassurés et font une ovation à Churchill dans les Communes.

Côté français, les réactions sont amères. La brutalité de l'attaque réveille en France une anglophobie latente. C'est une aubaine pour les partisans d'une cohabitation avec l'occupant allemand. Une semaine plus tard, le 10 juillet, l'Assemblée nationale issue des élections de 1936 et du Front populaire vote à une écrasante majorité les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.






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(A suivre)



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Suite.2)

Message par cessybo le Lun 13 Nov - 16:38









































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Message par cessybo le Lun 13 Nov - 17:00

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Re: 3 juillet 1940 Mers-el-Kebir, une page sanglante pour la marine française

Message par mareaction le Lun 13 Nov - 17:19

Que de victimes innocentes, et pourquoi finalement!

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Re: 3 juillet 1940 Mers-el-Kebir, une page sanglante pour la marine française

Message par cessybo le Lun 13 Nov - 17:29

mareaction a écrit:Que de victimes innocentes, et pourquoi finalement!


C'est la question que l'on se pose à l'issue de toutes les guerres.

Et les bons apôtres répondent invariablement : "pour que ceux de la dernière ne soient pas morts pour rien !"

Sauf qu'avec des réflexions de ce genre, il n'y aura jamais de "dernière" !

Maréaction, je reviens sur ton mot "innocentes".

C'étaient des militaires... Il est du devoir d'un militaire d'accepter de mourir pour la Patrie.

Tout en pensant, comme Brassens : "Mourir pour ses idées ? D'accord, mais de mort lente..." mgreen
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Re: 3 juillet 1940 Mers-el-Kebir, une page sanglante pour la marine française

Message par LARA BAÏKAL le Lun 13 Nov - 17:42

Merci pour ce rappel historique Cessybo, c'est toujours intéressant de connaître ces passages dont on parle peu finalement.

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